mercredi 30 janvier 2013

"Anna Karenine", Joe Wright

Ouch. L'adaptation du chef d’œuvre de Tolstoï. Pire : la treizième adaptation du roman. Avec la fatigante Keira Knightley dans le rôle-titre. Un film distribué à l'UGC, évidemment. Aïe, aïe, aïe. Mais n'ayez crainte : Joe Wright a déjà aussi adapté "Pride & Prejudice", de façon plutôt goûtue, et aussi l'excellent "Atonment", qui faisait preuve d'une réalisation intelligente, fière et astucieuse. Essayons, donc.



Ce qui frappe avant tout, c'est justement la réalisation : c'est elle qui portera le film tout entier, et le rendra finalement bon. Wright se surpasse, en mélangeant, virtuose amusé, les codes du théâtre, du cinéma dramatique et de la comédie musicale. S'en suivent de multiples scènes d'un esthétisme probant, à travers un éclairage brillant, des couleurs foisonnantes et une composition précise ; mais c'est surtout cette succession millimétrée et rythmée des décors, qui se font et se défont de façon à la fois poétique et spectaculaire. Anna Karenina, plus que jamais, se retrouve au milieu d'une scène de théâtre où le public de ses contemporains scrutent chacun de ses mouvements et s'apprêtent à la huer. La portée symbolique de l'ensemble du long-métrage en fait une œuvre d'art à part entière, qui finit de faire de Wright un réalisateur d'une créativité passionnante.



Cette formidable machinerie vole en fait la vedette aux acteurs. Si Knightley est certes meilleure que ce à quoi elle nous a habitués récemment, notamment moins schématique que dans "A Dangerous Method" et plus impliquée que dans "Last Night", c'est moins sa performance que sa beauté utilisée comme parure et sertie dans l'écrin que lui assortit son directeur, qui marquera. Les autres acteurs semblent instrumentés de la même manière ; on remarquera seulement la toujours excellente Olivia Williams. Tous ne sont que pions sur l'échiquier de l'artiste, qui veut ainsi retranscrire la passion aussi spéciale qu'universelle de cette célèbre histoire. Cela dit, toute cette majesté contre-indique l'intimité, et la narration finit par s'essouffler. Alors faisons fi de cette impossible prouesse de faire tenir ce millier de pages dans deux heures bien tenues, et que tout le monde continue de tenter. En reste surtout la grandiloquence : c'est déjà bien.



mardi 29 janvier 2013

"Tabou", Miguel Gomes

Un film portugais en noir et blanc distribué dans le plus petit cinéma d'arts et d'essai du centre-ville. Vous pensez bien que j'étais obligé d'y aller.


Je ne sais pas définir ce qui constitue toute la qualité de "Tabou", et qui lui a valu les éloges méritées des critiques. L'histoire est simple, son schéma narratif pourrait même paraître simpliste et bancal : deux parties, la fin de vie de la protagoniste âgée, puis l'épisode le plus important de sa vie, des décennies plus tôt. Là, l'amour, la désillusion, la passion, l'interdit, la tragédie, tous ces thèmes galvaudés des amours impossibles. La réalisation, dans ce noir et blanc assumé assorti au temps colonial représenté, est tout aussi résolument kitsch que l'époque en question. Elle donne une teinte surannée à la pellicule, qui fréquemment semble elle aussi d'un autre temps, et le décor exotique crée une ambiance tantôt étouffante, tantôt paradisiaque. Il y a une triste évidence, nonchalante et mélancolique, dans la narration des événements : ils semblent regardés par un œil impuissant et une caméra aussi silencieuse que forte.



Pourtant, en regardant "Tabou", on se retrouve happé. C'est ici une façon innovante de faire du cinéma : de manière inexplicable, le film est exceptionnel. Peut-être est-ce dans le traitement sensible et déchirant de ses personnages, principaux comme secondaires, dont le portrait se construit, grand et évident, par touches subtiles et intelligentes. Alors sans doute est-ce aidé par une direction d'acteurs tout en retenue et une interprétation conséquemment fascinante, de la touchante Isabel Cardoso à la douce Teresa Madruga, du brûlant Carloto Corro à l'impassible Ana Moreira. Ou peut-être est-ce aussi dans la chaude délicatesse dialogues concis, poétiques et directs, qui semblent chuchoter entre leurs lignes. Peut-être est-ce dans ce point de vue clair et ému que le film porte sur la passion, avec une efficacité fiévreuse. Ou peut-être encore n'a-t-on pas besoin de comprendre de quelle façon Gomes s'y est pris pour rendre étrangement passionnante cette histoire-là, à cette période-là, avec ces personnages-là, dans cette couleur-là. Peut-être qu'on peut juste, pour une fois, accepter que l'artiste a compris quelque chose, sans s'interroger davantage, et simplement le laisser nous emporter.


jeudi 24 janvier 2013

"La Parade", Srdjan Dragojevic

Il y aurait fort à parier que la date de sortie du film ne soit pas tombée par hasard. Et pour cause : ce film traite d'homophobie... S'il s'agit de la dramatique situation en Serbie, la résonance avec les actualités parfois aussi peu glorieuses en France se fait claire.


Pendant les premières scènes, les personnages sont présentés, puis des liens improbables rapidement les unissent. Ce sont ces relations absurdes qui vont finir par créer l'histoire, touchante, drôle et originale, quand Lemon, un criminel de renom, pour sauver son histoire d'amour avec l'ingénue Pearl, se voit contraint de protéger la première Gay Pride de Belgrade, organisée par Mirko et son petit-ami Radmilo, qui très rapidement doit accompagner Lemon tout autour de la Serbie pour rameuter les autres peuples contre lesquels le malfrat s'est battu, afin de défendre cette cause qu'il a lui-même beaucoup de mal à soutenir... L'intelligence des rapports et l'aisance avec laquelle un scénario futé se construit ornent ce scénario d'une fraîcheur et d'une singularité rares. Au-travers de cela est parsemé un humour toujours potache, souvent attendu, parfois fin, globalement efficace.


Et puis soudain ce joyeux bordel, ce méli-mélo narratif bien maîtrisé, cette succession de gags et d'échanges inattendus stoppe net. De comédie, le film devient engagé. En fait pas du tout feel-good movie, "La Parade" surprend par un réalisme assumé et cruel. Le message de tolérance scandé avec force rires et coups de coude depuis le début du film, celui qui soulignait avec ironie et légèreté que l'on est tous la minorité de quelqu'un, se trouve soudain gravé dans la chair. Un éclat de rire brutalement interrompu. Le dénouement qu'on voyait se profiler ne pointe pas alors que l'histoire fait enfin dans la subtilité pour une conclusion en demi-teinte. Le film se renfrogne, son propos est évident et sans appel, et ses personnages hauts en couleur n'ont plus de poids face à lui. Il montre tout de même que l'espoir existe, mais qu'en attendant, tout le temps, partout, la lutte continue. A bon entendeur.


mardi 22 janvier 2013

"Yossi", Eytan Fox

Yossi est un vieux pédé. (Et bim, avec cette phrase, "Assurément" conservera, si besoin en est, sa top place dans Google avec le mot-clé bien connu.) 


 Vieux parce qu'il a plus de trente ans et que dans la cruauté du monde gay hyper-narcissique, si tu es trentenaire et que tu ne passes pas le plus clair de ton temps à forger ton corps selon les critères très précis du canon de beauté homo, tu es vieux et dégueu. C'est sans doute là la première réussite du film d'Eytan Fox : montrer la difficulté pour un homo pas forcément magnifique d'avoir une vie sexuelle et affective. Et ce même en Israël, car c'est à Tel-Aviv que Yossi exerce en tant que cardiologue bourreau de travail et esseulé. A un rythme lent et contemplatif, des scènes sombres et sèches suivent sa vie d'homme qui ne sait plus s'assumer, qui rate les occasions qu'il prend et qui ne sait pas prendre les occasions dont il pourrait tirer profit. Pendant longtemps, le film se contente de dépeindre avec goût cette vie pleine d'hésitations et d'errances, cette vie à côté de laquelle Yossi passe. 


Et puis, au fil de ce voyage flânant, une rencontre, inespérée et impossible. Yossi, le très bien choisi Ohad Knoller, admire Tom (Oz Zehavi) un jeune et beau militaire homo, dont le train de vie n'a rien à voir avec le sien. L'histoire qui en naît tant bien que mal est sûrement un peu poussive, un peu facile même, mais la sensibilité avec laquelle elle finit par s'établir est un touchant et délicat message d'espoir. Notamment dans une scène où les deux hommes se mettent à nu, finalisant le portrait d'un homme qui a fini par se détester à cause de tous ceux qui l'ont rejeté, des deux côtés, lui interdisant l'accès aux communautés hétéro comme homosexuelle. C'est pourquoi on aura donc apprécié ce film sans prétention, baigné par l'excellente musique de Keren Ann, et qui réussit la tâche difficile de conduire avec intérêt un récit simple, mais qui sait finalement prouver qu'il a son importance, à sa manière. A l'image exacte de son protagoniste.


dimanche 20 janvier 2013

"Le Monde de Charlie" ("The Perks Of Being A Wallflower"), Stephen Chbosky

Je l'ai souvent dit, il y a des films dont on attend peu. Probablement à cause de critères bobos, par exemple qu'ils ne sont diffusés qu'à l'UGC et pas dans les cinémas d'art et d'essai de la ville, ou bien ils ont des acteurs ultra-connus en tête d'affiche, ou bien l'affiche, ou bien le titre, etc. Et puis en fait, on y va quand même. Et puis en fait, c'est merveilleux. Et puis en fait fait, du film probablement blockbuster-téléphoné-décevant, on donne sur un petit bijou, de ceux dont la réussite artistique reste avec nous et nous porte longtemps après la séance.


"The Perks Of Being A Wallflower", ou "Le monde de Charlie" en V.F. (pffff), fait partie de ceux-là. En apprenant qu'il s'agit de l'histoire d'un jeune garçon qui entre au lycée, et qui, timide et sensible, se sent bien différent de ses camarades, avant de rencontrer des terminales super cools qui l'initient à la fête, la drogue et le sexe, bon, bon, bon, il y avait de quoi faire demi-tour : on voyait déjà les clichés, les messages bien-pensants et la morale puritaine remporter le tout, une sorte de "Glee" sans la musique. Stephen Chbosky, en adaptant son propre roman au grand écran (faites que chaque adaptation de livre soit réalisée par l'écrivain!), évite gracieusement tous ces pièges. Il dépeint un lycée effectivement cruel, empli de castes et d'intolérance, avec au milieu de ça, Logan Lerman jouant Charlie, jeune ado effectivement timide et sensible. Mais cette différence n'est jamais niaise : elle trouve au contraire ses racines dans un développement clair, profond et complexe du personnage. Et d'un coup, "Le monde de Charlie" passe de l'autre côté.


Charlie rencontre Patrick et Sam. Ezra Miller, redoutable dans "We Need To Talk About Kevin", habite ici un rôle diamétralement différent avec légèreté et maîtrise, d'un personnage extrêmement touchant dans un univers intolérant. Emma Watson, quant à elle, est lumineuse : on oublie tant son rôle précédent que je ne le citerai même pas... Elle est, sans nul doute, la seule des trois de "Harry Potter" qui, grâce à son talent, saura se forger une carrière intéressante. Si beaucoup de personnages secondaires verront leur rôle un peu sacrifié, les dialogues sont percutants, amusants, rarement à côté. Et l'épopée des trois protagonistes dépasse très rapidement le voyage initiatique de base : en réalité, le film brasse avec humanité et intelligence de nombreux thèmes, tout en faisant preuve d'une subtilité et d'une délicatesse rares. Les plus grandes horreurs seront murmurées avec tact, les plus petits plaisirs seront rugis avec passion, avant de tous se réunir dans un récit complexe, réaliste, et, ô surprise : surprenant.


Ajoutons à cela le charme suranné des années 80, une chaleur généreuse de l'image, cet aspect toujours un peu plus lisse, net et brillant du grain qu'ont les films à plus gros budget, une bande originale à se damner, de multiples savoureuses références culturelles, "The Rocky Horror Picture Show" en tête. Et puis encore cette sensibilité à fleur de peau qui traverse tout, les personnages, les images, la narration fébrile, cette subtilité pleine de goût dans la réalisation, les couleurs, la lumière. Et voilà : là où l'on s'attendait à un film d'ados faisant moins bien que les récentes figures de proue ayant renouvelé le genre ces dernières années (Gus Van Sant, "Skins"...), on se retrouve avec une œuvre puissante de poésie, d'intelligence, de beauté.


dimanche 30 décembre 2012

Classement tant attendu des films vus en 2012!

Je pense que nous sommes d'accord : vous l'attendiez tous fébrilement. Je comprends. Mais l'attente est terminée, mes très chers amis. Voilà le classement Assurément des films vus en 2012...

Oui, bon, alors.

J'ai fait totalement comme j'ai eu envie de faire niveau inclusion des films. Certains sont sortis en cette toute fin d'année, d'autres sont sortis fin 2011 mais ont été vus cette année, d'autres ont été exclus alors qu'ils dataient de fin 2011... Mais rappelons-nous tous d'une chose : je fais ce que je veux, je suis chez moi. Non mais.

Le classement me surprend moi-même mais c'est parce que, contrairement à la majorité des critiques que je poste, il prend en compte un facteur fondamental dans le cinéma : l'impression que le film laisse. Un très beau film peut laisser un souvenir morne, tout comme un film plein de jolis défauts laisse parfois un souvenir assez impérissable. C'est surtout sur ce critère que le classement est fondé : la trace.

Mais jugez plutôt.


Catégorie tout en bas (mais tout en haut pour le suspens) : "Comment te dire."

Pauvre Juliette.

Oui, alors, non. J'ai fait tout ce que j'ai pu, j'y ai mis toute la bonne volonté du monde, mais j'ai été tellement déçu par cet amas de clichés et de blagues pas drôles, dans un film mal joué et aussi peu réalisé qu'un téléfilm, que je l'ai inclus exprès dans mon top 2011 pour bien lui faire la misère. Voilà, voilà.

63. "Elles", Malgorzata Szumowska
Sujet pseudo-iconoclaste et toutes les erreurs et les clichés qui vont avec. L'ensemble devient aussi vaniteux que bête. Pauvre Juliette.

Oui bon alors ça c'est nul, voilà. Mal joué, mal filmé, des dialogues pourris, et jamais on ne saura quoi faire de l'assez bonne idée d'origine.

Intérêt du sujet ? Non mais, vraiment. Intérêt du sujet ?

On a compris que tu avais peur de te faire enculer, mais très clairement, c'est ton problème. Alors oui c'est parfois joli, mais c'est surtout extrêmement irritant.

C'était joli, disons. Par moments ; l'environnement futuriste, surtout. Sinon, c'était attendu, cliché, unidimensionnel et donc inintéressant.



Catégorie des underdogs : "Bien essayé…"
Pauvre Meryl.
 
58. "Sur la Route", Walter Salles
Ou comment faire d'une œuvre culte de la littérature, un film potache, un peu vulgaire et provoc, et complètement à côté de la plaque.
Un biopic qui passe plus de temps à montrer la démence vasculaire de son héroïne plutôt que sa vie hors-du-commun ? Non merci. Pauvre Meryl.

Bâillement saphique. Le film lui-même ne sait pas de quoi il parle; il se contente de se regarder.

Adapter un livre compliqué, c'est bien. Le rendre clair à l'écran, c'est mieux. De très beaux moments de cinéma mais l'ensemble reste bien trop confus.



54. "Robot & Frank", Jake Schreier
Tellement de potentiel, gâché par une histoire moyenne qui met l'accent sur les mauvais aspects. On retiendra cependant une fin très touchante.

53. "Take Shelter", Jeff Nichols
Oui/non/oui/non/oui/non... Certaines scènes étaient prenantes bien sûr, et puis, Jessica Chastain. Mais on nous l'a déjà trop fait, le coup de la réalité qui est peut-être un rêve schizophrène mais quand même peut-être vrai.

52. "A Dangerous Method", David Cronenberg
Ok, et sinon, on pouvait aussi s'attarder sur les théories passionnantes des protagonistes plutôt que sur leurs histoires de cul. Et éviter de caster Keira, par pitié.

51. "Rengaine", Rachid Djaïdani
Caméra mal de mer pour sujet intéressant mais au message assimilé en dix minutes...


50. "2 Days in New York", Julie Delpy
La redite inutile et ratée... ce qui avait fonctionné dans son prédécesseur fonctionne encore un tout petit peu maintenant, ce qui sauve l'ensemble du désastre, mais pas du superflu.

49. "Faust", Alexandr Sokurov
Ohlalala que je suis compliqué, complexe, gigantesque... Je vais faire un film bien opaque et élitiste pour avoir l'air intelligent. Parfois la force symbolique écrasera effectivement, le reste du temps, qu'est-ce qu'on se fera chier.
 
Catégorie passable : "Oui bon voilà c’est mignon."




48. "Cherchez Hortense", Pascal Bonitzer
Sympa, mais je l'avais oublié... ce qui n'est pas trop bon signe.

Le "Oui bon voilà c'est mignon" incarné. Un peu plus de sombre, la prochaine fois... Mais très jolie musique par Emilie Simon.

Assez chouette et bien pensé. Souffre probablement de son rang de presque-blockbuster dans un classement de bobo.

Il y a du mieux, des vrais moments de poésie et quelques très bonnes idées, mais répétons-le : dialogues, jeu de Donzelli, exhibitionnisme.

44. "Let My People Go !", Mikael Buch
C'était plutôt rigolo et mignon, après c'était aussi un petit peu naze.

Joli, agréable, bien filmé, prometteur, mais tombe dans le piège de l'adaptation du fait divers : bien, bien trop léger.

42. "Parlez-moi de vous", Pierre Pinaud
Pas trop mal. Un film humble, sans trop de genre, qui se contente d'exister. Youpi Karin.

41. "Starbucks", Ken Scott
Assez drôle et bien pensée, cette comédie indé multipliera les moments agréables, mais pour finir se fera trop peu ambitieuse (et en VF!).

40. "En Secret", Maryam Keshavarz
Parce qu'il peine à cerner son sujet, ce film prometteur ne saisira pas tout son potentiel et ne laissera pas un souvenir impérissable.



39. "De Rouille et d'Os", Jacques Audiard
Niveau traitement du handicap moteur, c'est déjà largement mieux que "Intouchables". Pour le reste, la dualité entre les deux personnages fonctionne étonnamment bien, l'interprétation est au rendez-vous et quelque chose d'éminemment matériel émane du film.

38. "La Terre Outragée", Michale Boganim
Souvent poétique, ce film-souvenir sera sans doute, en fin de compte, et comme souvent quand on évoque ce sujet, trop fataliste, un brin trop larmoyant.

Plutôt joli, un peu simple, mais plutôt joli, pour un portrait de deux jeunes hommes qui se demandent s'ils doivent vraiment grandir.

36. "Barbara", Christian Petzold
Intéressant, parfois très beau dans la forme, mais souvent trop cliché dans le fond...



35. "Hors Les Murs", David Lambert
Cliché inexplicablement séduisant.

34. "Bye Bye Blondie", Virginie Despentes
Plein de bonnes idées, une réalisation dynamique et sans concession, mais pourquoi réunir les deux bouches les plus effrayantes du cinéma français avec les monstrueuses Dalle et Béart ?

33. "The We And The I", Michel Gondry
Une mignonne parenthèse dans l’œuvre du cinéaste.

Trop produit, un peu décevant pour un Daldry, mais d'une complexité claire, et très émouvant.

"Ah oui tiens."


Ce réquisitoire quant au système éducatif américain est méritoire et joliment sombre, mais sans doute un peu trop défaitiste pour faire passer pleinement son message.

Bonnes idées, Ozon parvient même à rendre Luchini peu insupportable. La limite entre la réalité et la fiction fond délicieusement, mais tout est gâché par une piètre fin.

Une comédie d'une incroyable légèreté, une sorte de bouffée de couleur sans prétention et très efficace.

Intéressant. Soko convainc une fois de plus, et si les partis pris sont parfois douteux, ce premier film laisse sa trace.

Une adaptation assez bonne, intelligente, haletante qui réalise un bon thriller.


26. "Wuthering Heights", Andrea Arnold
Passionné, rageur et enivrant ; une ambiance parfaitement retranscrite, Scodelario toujours aussi belle.

L'éternel charme sud-américain s'allie à une poésie presque pas glauque... L'humour noir a beau ne pas être loin, on est surtout touché.

24. "Moonrise Kingdom", Wes Anderson
Coloré et imaginatif, ce film souffre d'un peu de populisme et quitte trop vite ce qui le rendait vraiment passionnant, mais marque par une mise en scène d'un rare esthétisme.

Quel talent sur la forme, quelle horreur sur le fond : on se réjouit d'une réalisation incroyable avec une abondance de plans-séquences parfaits, on s'offusque d'une histoire aussi sombre et dénuée d'espoir sans raison.
Si l'interprétation par Corinne Masiero, très justement révélée par ce film, est incroyable, le scénario est finalement trop simple.

21. "Télé gaucho", Michel Leclerc
Engagé, le successeur de l'excellent "Nom des Gens" pêche dans la comédie mais touche sans que l'on ne s'y attende.

20. "Wrong", Quentin Dupieux
Un absurde délicieux sur le fond se lie à une forme irréprochable, pour un moment de cinéma inédit, amusant et poétique.

19. "Elena", Andrey Zviaguintsev
D'une froideur immaculée, ce film plonge dans l'effroi d'une lutte des classes au sein du couple. Un message fort sur l'origine.
Très touchant, ce film impressionne par le grain de son image et sa fabuleuse économie des mots.

Un portrait de la violence dans l'art, ça ne se refuse pas... Surtout quand c'est filmé à juste hauteur et servi par une musique aussi entêtante.

Sale juste ce qu'il faut... Ce film qui a fait beaucoup parler de lui jouit de son caractère éminemment malsain et obscur.

Pour son dernier film, Miller nous offre une œuvre étonnamment captivante dans la beauté simple de sa mise en scène.

L'image sublime d'un bleu profond qui colore tout le film.

Tellement chouette ! Enthousiasmant, ce petit film indé revient de loin et reste longtemps.

Catégorie tout en haut (mais tout en bas pour le suspense) : "Complètement."



C'est en quelque sorte une épopée amoureuse, le récit d'un long accident. En fait, une autopsie ; autant pleine de chagrin que d'espoir.

Mastodonte audiovisuel, ce film conceptuel marque par la puissance de son propos, de ses images et de son phrasé inédit.

10. "Vous n'avez encore rien vu", Alain Resnais
Effectivement.

9. "In Another Country", Hong Sang-Soo
Oh la poésie...
Et Isabelle Huppert, évidemment.

8. "Martha Marcy May Marlene", Sean Durkin
Une histoire étrangement prenante, glauque et angoissante, portée par une somptueuse photographie brune.

7. "Week-End", AndrewHaigh
Alternativement doux et cruel, ce film se distingue par un réalisme appuyé qui aide à rendre ce couple éphémère plus beau, plus vivant.

6. "Amour", Michael Hanneke

Déchirant, évident. A l'intérieur d'un huis-clos étouffant, les scènes gagnent en force alors que la décrépitude atteint de plus en plus les protagonistes.

La brillante autodestruction intimiste. Les couleurs, l'hommage à une ville, la déchéance d'un homme. Une œuvre très, très jolie.

L'art est là : une oeuvre entièrement transpercée par son sujet. La virilité est abordée sous chaque angle, dans chaque plan, à chaque seconde.

Enthousiasmant, jouissif. Une comédie iconoclaste qui prône un délicieux jenfoutisme assumé et dynamique et qui parvient à mettre en scène les fantasmes de meurtre avec humour noir et intelligence.

Fort, très fort. Un film aussi intime que spectaculaire, aussi inattendu que bouleversant. Once there was a Hushpuppy, and she lived with her daddy in the Bathtub.


Comment a-t-elle fait pour rendre une histoire somme toute banale aussi incroyablement poétique, douce, touchante, belle ? Sûrement en comprenant que ce n'est pas le récit le plus important, mais ce qu'il enclenche chez son auteur, ses personnages et ses spectateurs. Une leçon.


vendredi 28 décembre 2012

"Les Bêtes Du Sud Sauvage" ("Beasts Of The Southern Wild"), Benh Zeitlin

La voilà donc, la bonne surprise de cette fin d'année. Si vous allez au cinéma, allez donc jeter un œil sur ce film, spectaculaire à sa manière, inédit, inénarrable.


"Once, there was a Hushpuppy, and she lived with her daddy in the Bathtub." Il est difficile de résumer l'histoire de "Beasts of the Southern Wild". La première chose que l'on pourrait dire, c'est que c'est celle de Hushpuppy, avant toute chose : une petite de six ans, incarnée par l'incroyablement intense Quvenzhané Wallis, alors qu'elle est mise, pour le dire grossièrement, face à son destin. On suit ses doutes, ses choix, ses craintes et ses croyances sans que jamais ce ne soit niais, simpliste ou solennel. Au contraire, c'est tout le film qui s'adapte à ce point de vue : filmé à juste hauteur, il aide à entrer dans l'esprit de la protagoniste avec une aisance inouïe. La petite fille vit dans "the Bathtub", un bassin où une communauté a toujours vécu et a construit ses maisons et sa vie de bric et de broc, mais aujourd'hui condamné par les autorités à être évacué pour causes sanitaires. Au-delà de la résonance politique, l'enjeu est avant tout frappant par le point de vue de Hushpuppy, partagée entre la peur, l'incompréhension, l'envie de bien faire et la simplicité. La réalisation aussi humble que magnifique sublime une œuvre désarmante de puissance et de sincérité.


Ainsi le premier long-métrage de Zeitlin réussit, avec un petit budget qui le confine à des trucages aussi précaires que génialement réussis, à être spectaculaire. Aussi spectaculaire qu'un blockbuster. Plus spectaculaire, même. En fait, le film est produit avec la grâce et la classe des plus grands, mais conserve un regard intimement indépendant sur son thème. Il parvient à allier des moments d'une ampleur dramatique considérable, à des instants d'une poésie inédite, parfois aux mêmes moments, avec bien sûr cette inclusion des aurochs, animaux imaginés par Hushpuppy et symboles de tout ce qui est mauvais dans la vie : de la tempête à la maladie de son père, en passant par les doutes sur la longévité du bassin. Il y a là tout un hommage à une communauté dont d'autres décident de la vie sans en demander l'avis, il y a là la puissance effrayante de l'imagination infantile et la belle tristesse des chagrins d'adulte. Il y a là l'enfance, la maturation et pourtant l'enfance encore. Il y a là l'amour, la beauté, l'absence, le bonheur.


Il est en fait difficile de parler des "Bêtes du Sud Sauvage", parce que c'est un film qui surprend. Avant de la voir, difficile de savoir s'il sera très produit ou très indé, s'il parlera de son sujet avec pathos ou méticulosité, s'il saura trouver sa voie. En réalité, il évite toutes les erreurs et remporte tout. Il cloue au fauteuil comme peu de films parviennent encore à le faire, il réquisitionne toute l'attention, ne laissant que l'unique pensée qu'on est en train d'être témoin de quelque chose de très, très beau. On est devant un chef-d’œuvre et on ne saura pas expliquer pourquoi.