mercredi 12 septembre 2012

"Cherchez Hortense", Pascal Bonitzer

On continue dans le petit film français. Celui-ci est nettement plus sympathique, là où son synopsis était pourtant peu attirant (heureusement donc que ma chère collaboratrice m'a convaincu de m'y emmener) : un homme est obligé par son épouse, artiste détachée, à demander à son père, Conseiller d'Etat, d'aider une inconnue depuis peu dépourvue de ses papiers. Quand il ne parvient pas à formuler cette requête, c'est tout son monde familial, professionnel et personnel qui s'écroule progressivement.


Le film se construit donc comme une course contre-la-montre vers un but indéfini : Damien tente de faire ce qu'on attend de lui et se retrouve vite piégé quand les circonstances jouent perpétuellement en sa défaveur. Il essaie, de façon itérative, de prodiguer l'aide qu'il a promis d'apporter, mais à chaque échec, il s'enlise un peu plus dans cette situation où tout le monde croit qu'il l'a déjà fait. Ces multiples tours de piste, de plus en plus angoissants pour le personnage, permettent au spectateur de s'attacher à cet homme, somme toute banal, qui regarde d'abord sa vie se détériorer. Jean-Pierre Bacri propose ici une interprétation pleine de nonchalance qui, si elle ne colle pas toujours à toutes les facettes du protagoniste, correspond très bien à l'enjeu du film et permet ainsi de contribuer à le porter. Et lorsque le récit brisera ce mouvement circulaire pour une soudaine trajectoire verticale, la reprise en mains de sa vie par cet homme sera on ne peut plus revigorante, lorsque dans ce grand mouvement vers l'avant, il arrête enfin d'être spectateur de sa vie pour en devenir acteur. Cependant, la résolution finale prendra une forme un brin décevante, avec notamment cette confrontation simpliste contre le personnage mal assumé de Claude Rich.


En attendant cela, le film saura toutefois maintenir l'intérêt avec malice, en jonglant habilement avec des instants de comédie humble et efficace, et d'autres plus mélo qui aident à construire des personnages, si ce n'est complexes, ni même parfois crédibles, au moins très attendrissants. Le scénario est surtout mieux construit que ce qu'il en a l'air : quelques petites révélations, caustiques et inattendues, pourront se pâmer du nombre d'indices qui parsemaient pourtant les scènes. De la même manière, une jolie poésie se cache  derrière l'ensemble, à travers une réalisation qui, bien que largement perfectible, apporte des moments bien pensés, et aussi portée par le personnage d'Isabelle Carré qui, si elle aussi peine à convaincre entièrement, apporte une fraîcheur plus que suffisante qui contraste avec le personnage faussement torturé et un peu cliché de l'excellente Kristin Scott Thomas. 


"Cherchez Hortense" fait donc partie de ses films sans trop de genre, sans trop de prétentions, résolument français, mais qui parviennent, malgré quelques manquements, à raconter quelque chose, tout en permettant de faire passer un bon moment, d'une part, et de faire en sorte que le spectateur s'en contente amplement, d'autre part.

mercredi 5 septembre 2012

"Superstar", Xavier Giannoli

Vous n'y croyiez plus et pourtant je suis revenu. C'est la rentrée pour tout le monde, dites donc. Enfin, si ce n'est que je suis en vacances pour un mois et que je vais pouvoir aller au cinéma et vous faire rêver comme au temps jadis. Et on commence tout de suite avec "Superstar", film franco-franchouillard de Xavier Giannoli, avec Kad Merad et Cécile de France dans l'histoire un peu absurde d'un parfait quidam qui devient célèbre du jour au lendemain sans la moindre raison apparente.



Le scénario du film tient donc sur une prémisse kafkaïenne : cet inconnu qui, du jour au lendemain, devient extrêmement célèbre, reconnu par tous et aimé du public alors qu'il n'a absolument rien fait pour. On pourrait croire que l'un des enjeux du long-métrage serait de comprendre la raison de ce succès aussi immédiat qu'immérité, et ce d'autant plus que le protagoniste répètera ad nauseam la question "Pourquoi ?", teaser épuisant qui ne trouvera en fait jamais de vraie réponse. Sans doute Giannoli se pâme-t-il de cet absurde assumé, mais cela affaiblit surtout le propos du film. Effectivement, le scénario, une fois posée son idée principale par une trame narrative un peu simpliste et peu subtile, se sert évidemment d'elle pour exprimer des critiques.


Des critiques du public qui aime sans savoir pourquoi, qui "aime et déteste" en même temps et regarde des émissions qu'il méprise, des médias qui se servent de ces engouements inopinés et éphémères, à la fois esclaves et marionnettistes des envies de ces "gens banals", qui sauront récupérer et marketiser le moindre écart des sentiers battus pour en faire un produit commercial. Si ces analyses sont bien entendu fondées (et tout le monde en était déjà convaincu, que les choses soient claires), elles s'épuisent vite, semblant à la fois hypocrites de la part d'un film grand public, et, finalement, plutôt vides, comme celles d'un râleur reclus qui ne fait rien pour changer les choses. Au total, elles paraissent surtout bien pâles à côté des brillantes démonstrations de l'excellente "Black Mirror", série de téléfilms britannique qui savait pour le même propos allier subtilité, violence et profondeur.



Au-delà de cela, l'histoire reste cela dit agréable à suivre, surtout grâce aux interactions des personnages qui se révèlent plutôt intéressantes : Cécile de France plaît, malgré une caractérisation souvent erratique et des costumes improbables et injustifiés, en journaliste a priori humaniste, tandis que Louis-Do de Lencquesaing repose une fois de plus sur la facilité en trouvant là encore un rôle sur mesure de fier salaud. Cédric Ben Abdallah, malgré un jeu souvent encore léger, correspond bien à ce rôle de journaliste télé. Enfin, Kad Merad, qui revient à un rôle sérieux, confirme qu'il devrait se contenter de comédies familiales sans prétention, car s'il a la tête de l'emploi, il n'en a guère les capacités. Finalement, on retiendra surtout Alberto Sorbelli, dont le personnage est sans doute le plus intéressant du lot, à la fois acteur du système voyeuriste et cruellement lucide quant à sa propre horreur.


Là où il aurait pu virer vers le thriller ou la polémique, la lente et attendue transformation du long-métrage en mélo un peu long et pleurnichard n'est pas sauvée par la morne et mauvaise mise en scène ni par les aspects techniques du film, affolants d'amateurisme par moments (et ce n'est pas ma fière accompagnatrice qui dira le contraire quant à l'ingé son). Ainsi, si le film part d'une idée directrice intéressante, il se contente d'un déroulement sans surprise, souffre d'une réalisation insignifiante, et crachouille quelques critiques peu constructives, laissant avant toute chose une puissante impression de gâchis.

samedi 21 juillet 2012

vendredi 15 juin 2012

"Barbara", Christian Petzold

Barbara est médecin, coincée en RDA en 1980. Elle doit s'adapter à l'hôpital de province où elle a été affectée, dans une campagne où elle est observée jour et nuit, et où un de ses collègues lui montre un intérêt qui la déstabilise. Mais pendant ce temps, elle prépare son évasion avec l'aide de son amant qui réside à l'Ouest...



C'est la plongée dans l'Allemagne de l'Est d'il y a trente ans qui captive d'abord : les décors sont soignés, notamment celui de l'hôpital, minutieusement éclairé et accessoirisé. Avec cohérence, cette reconstitution passe aussi par le choix consciencieux des costumes, des coiffures et des intérieurs. L'ambiance ainsi recréée est surtout sublimée par une réalisation intelligente, qui offre des plans dont la composition est d'une beauté marquante, avec un travail remarquable sur la lumière et surtout sur les couleurs, représentant notamment une nature luxuriante tout autour de la ville. C'est bien là la force de "Barbara" : une forme plastique réussie, pour recapturer une époque passée qui est habituellement caricaturée. Ici, on préfère s'attarder sur les conséquences quotidiennes des mesures politiques : la surveillance constante, la limitation des moyens et des libertés, l'humiliation mentale et physique au quotidien, la méfiance généralisée qui en découle. Un constat simple et efficace, comme une jolie piqûre de rappel, qui souffre cela dit parfois de son manque de subtilité.




Et on touche là au vrai problème du long-métrage : l'histoire de cette femme, personnage froid et décidé, aurait pu passionner, aidée par le jeu distancé de Nina Hoss et la façon dont elle était filmée, comme dans un écrin. Mais le récit se concentre sur des aspects beaucoup moins intéressants : souhaitant apparemment insuffler de la vie dans cette femme meurtrie, le scénario souhaite d'abord exalter la facette "médecin dévoué" de Barbara. Si les patients sont intéressants, la relation que la doctoresse noue avec eux apparaît trop facile et trop rapide, beaucoup trop niaise et infondée. Les conséquences qu'elles auront sur les choix de Barbara seront prenantes à l'heure du choix, lorsque l'étau se refermera sur elle, entre sa motivation première et son devoir professionnel et humain, mais ses décisions finales seront aussi attendues que décevantes. Au lieu d'achever de montrer la cruauté du monde dans lequel Barbara est contrainte de vivre, le film préfère faire de sa protagoniste un modèle de droiture, mais perd en intérêt.



De la même façon, le film choisit de s'articuler avant tout sur la relation entre Barbara et son collègue, André. Le côté unidimensionnel de ce personnage, conséquemment interprété de façon monotone par Ronald Zehrfeld, lèse tout suspens quant aux appartenances politiques de ce dernier. Là encore, son côté profondément juste et droit, en chevalier déchu, agace plus qu'il n'attache. Si quelques scènes seront réussies, l'enjeu amoureux est quant à lui absent : si la narration fait preuve d'une certaine retenue et d'une pudeur, elle passe étrangement à côté de la subtilité, menant à une mixture hétérogène entre la mièvrerie et le détachement. Au total, cette relation n'aura rien eu d'exceptionnel, à l'image d'un film qui partait d'une idée intéressante, que Petzold avait su mettre en place dans un environnement convaincant et sous une caméra virtuose, mais qui fait finalement l'effet d'un pétard mouillé car son déroulement se concentre sur les mauvaises choses et son dénouement n'en est que plus frustrant.


vendredi 8 juin 2012

"Moonrise Kingdom", Wes Anderson

"Moonrise Kingdom" raconte l'histoire un brin farfelue de Sam, jeune scout orphelin de douze ans, qui décide de fuguer avec son amoureuse Suzy, jeune fille renfermée et rêveuse. Il quitte son camp et part à l'aventure dans l'île où ils habitent, alarmant les insulaires...



Il y a dans les films qui mettent avant tout en scène des enfants, cette sorte d'injustice qui veut que l'on nomme surtout comme têtes d'affiche les acteurs adultes connus de tous. Ici, il est vrai que Tilda Swinton est comme un poisson dans l'eau dans son rôle de cruelle représentante des Social Services, tandis que Bruce Willis continue sur sa lancée de "je veux prouver que je suis capable de faire autre chose que des blockbusters d'action", même si tout le monde en est déjà suffisamment convaincu et que plus personne ne l'écoute. Edward Norton campe quant à lui un personnage qu'il sait rendre attendrissant, malgré les amusantes caricatures volontaires. Mais c'est avant tout les deux protagonistes principaux qu'il faut féliciter : Jared Gilman parvient à n'être que très rarement agaçant (ce qui, avouons-le, pour un enfant acteur, est un exploit suffisant) et incarne avec aisance le rôle de ce jeune garçon lunaire. Face à lui, la merveilleusement bien castée Kara Hayward révèle des yeux charbonneux, une gueule à suivre et une sensibilité écorchée, surprenante pour son âge.





Quoi qu'il en soit, la vraie friandise du film, ce qui le cale comme vraie oeuvre d'art cinématographique et le différencie de toute comédie de bas-étage, c'est bien évidemment le travail léché de Wes Anderson. Concernant la réalisation, on ne sait même plus par quoi commencer : le travail sur les couleurs automnales est divin, et les plans, surtout dans la nature, sont magnifiques. Les mouvements de caméra sont précis, recherchés et parfois jouissifs tandis qu'ils évoluent dans des décors soignés, entre le kitsch et le surréalisme. Le tout est de surcroît parsemé de petites trouvailles relevées, dans la meilleure veine indie : les événements cocasses et originaux rythment tout le film, laissant le spectateur entre l'amusement et l'admiration. Les dialogues sont évidemment ciselés avec goût, l'humour est omniprésent et la caractérisation des personnages est aussi fantasque que sensible.





La forme est donc, pour ainsi dire, irréprochable ; concernant le fond, on peut être plus nuancé. Si les personnages sont riches et les thèmes explorés profonds, on regrettera la dérive vers un schéma narratif trop traditionnel. Alors même que la fugue des deux pré-adolescents est à son meilleur, elle est interrompue, et le long-métrage a à peine dépassé sa moitié. La suite des événements prend donc un goût certes inattendu, mais moins exaltant, car la recherche effrénée des jeunes amoureux devient presque redondante. Le tout converge vers une fin se voulant un peu trop spectaculaire, là où la simplicité dont le film faisait preuve délicate à son début aurait sans doute été préférable, plutôt que de succomber, semble-t-il, à l'appel des attentes du grand public. La cohabitation de ces deux tendances dans le film grève la plus méritoire, celle qui représente le mouvement indie à son apogée, et qui fait malgré tout de "Moonrise Kingdom" une œuvre intéressante, réfléchie et indéniablement jolie.




lundi 4 juin 2012

Ce que l'on écoutait au Printemps 2012, à usage de nos descendants.

(See what I did there?)

Anaïs - "A L'Eau de Javel"

Anaïs a toujours été un cas à part. Son spectacle inédit "The Cheap Show" a connu un succès grandissant jusqu'à la consécration soudaine aux Victoires de la Musique 2006. Puis est venu le moment du "après", avec un deuxième album, cette fois studio, en demi-teinte, où Anaïs peine à trouver sa place dans des chansons plus conventionnelles. Quand on a appris qu'elle revenait avec un album de reprises des années 1930 à 1960, il y avait de quoi être inquiet. Mais après écoute, si l'on aurait préféré, pour le principe, des créations originales, il faut admettre qu'on ne voit presque pas la différence : la chanteuse a sélectionné avec soin ses morceaux pour qu'ils lui ressemblent, et leur réorchestration est extrêmement moderne et efficace. Le tout est légèrement barré et parfaitement dans la veine Anaïs. On trouvera donc des pistes très vitaminées, comme "Si j'étais une cigarette" ou "Je n'embrasse pas les garçons", ou encore "Sombreros et Mantilles". Des morceaux plus doux tels que le très bon "Et le reste" ou "En douce" soulignent le côté irrévérencieux qu'avait déjà la chanson il y a soixante ans, et qui paraît d'autant plus subversif maintenant. Si beaucoup de chansons se font plus oubliables, notamment à cause d'une adaptation manquant alors d'audace ("Mon Dieu", "Ouragan"), on sourira aux nombreux clins d'oeil humoristiques qui, s'ils grèvent un peu l'aspect musical, sont bien la signature d'une chanteuse drôle et insouciante.






Lana Del Rey - "Born To Die"


Il est difficile de parler de Lana Del Rey, tant tout le monde en a déjà discuté, tant tout a déjà pu être dit à son sujet - le pire comme le meilleur. Dans ce champ de bataille dévasté, ne reste que sa musique comme unique preuve. Celle qui s'est fait connaître par l'infiniment mélancolique "Video Games" délivre ici un album tout entier, et fait alors le choix de la diversité. Les influences sont diverses et les genres varient d'un morceau à l'autre ; seuls demeurent les rythmes hypnotiques et cette indéfinissable ambiance road trip 70s. Ainsi imagine-t-on Lana Del Rey en madonne post-adolescente dans "Off to the Races", "National Anthem" ou "This Is What Makes Us Girls", tandis que l'émotion boudeuse jaillit encore dans le très bon hymne "Born To Die" ou le puissant "Dark Paradise". Les balades, comme "Carmen" ou l'entraînante "Summertime Sadness", brouillent les limites musicales en ajoutant à la moue triste un sentiment de fuite active vers l'avant. Au total, l'album de Lana Del Rey apparaît divers et hétérogène, sans doute décousu et s'il ne sait pas construire un ensemble cohérent, il aura su dépeindre un sentiment universel de perdition passionnelle. Le tout sonne comme un cri de naissance et un chant du cygne à la fois ; il y a fort à parier que Lana Del Rey, personnage artificiel, ne saura pas refaire parler d'elle, mais elle aura su porter la voix des doutes d'une génération, et peu pourront en dire autant.





PJ Harvey - "Let England Shake"
Ma connaissance de PJ Harvey est, au mieux, lacunaire. Après avoir découvert et adoré le profondément rock "Stories From The City, Stories From The Sea", cinquième album de l'idole, je sautai directement au huitième et dernier en date, "Let England Shake". L'évolution de la musique de la chanteuse entre ces deux disques est telle qu'il y avait de quoi être d'abord décontenancé. La voix, d'abord, n'est plus aussi grave et dense, elle s'amuse, s'envole, se fait aigüe, douce, voire lyrique ("On Battleship Hill"), tandis que la musique préfère aux guitares électriques à foison des sonorités bien plus modernes et britanniques, selon le thème même de l'album. Mais une fois cette période d'adaptation passée, on se réjouit de voir que la qualité est toujours là et que, mieux, la musique est toujours animée par ce désir puissant de rébellion artistique. On appréciera les choeurs entraînants et hypnotiques de "The Words That Maketh Murder", le rythme enchaînant de début avec "Let England Shake", le trip aérien de "Written On the Forehead" ou encore la voix déchirée de "England". Le morceau le plus représentatif de cet album et de l'identité enrichie de la chanteuse est sans doute "The Last Living Rose". PJ Harvey s'est renouvelée, elle expérimente des voies entièrement nouvelles, sur le plan de la musique, de la voix comme de l'écriture. Par ce pari osé, elle ne fait finalement que confirmer son talent, tant la métamorphose est une réussite, à la fois fidèle à son identité et témoin d'une sensibilité ré-explorée. Maintenant, me reste l'envie de découvrir les autres albums qui ont vu la progression de cette transformation.






Regina Spektor - "Soviet Kitsch"

Regina Spektor sort cette semaine son sixième album studio (j'y reviendrai) ; l'occasion rêvée de parler, en tout logique, de son petit troisième, datant de 2004. Si Regina étonne toujours par sa capacité à transmettre sa joie de vivre tout en multipliant les chansons tristes, ce paradoxe est à son apogée dans ce disque. L'album débute en effet par quatre lents morceaux au piano évidemment endiablé, avec notamment le magnifique début "Ode To Divorce", dont l'expressivité des paroles, pourtant à la fois cryptiques et concrètes, est incroyable. Ensuite vient le tour de la célèbre "Us", notamment utilisée dans "(500) Days Of Summer", délicieusement dynamique et poétique et de "Sailor Song", où la frêle chanteuse se glisse dans la peau d'un docker. Après un intermède doux et fantasque, la dernière partie de l'album révèle l'énergique "Your Honor", le profond "Ghost Of Corporate Future" ("People are just people / They shouldn't make you nervous / People are just people like you"), et enfin, le bijou de l'album : "Chemo Limo", où une mère s'imagine atteinte de cancer, trop pauvre pour payer la chimiothérapie, et décide d'utiliser plutôt son argent pour une promenade en limousine avec tous ses enfants. Les textes de Regina Spektor sont mystérieux et beaux, chaque mot possède un vaste capital imaginatif, et la poésie qui en émane est évanescente. La musique quant à elle se tient toujours entre la joyeuse improvisation contrôlée et la maîtrise absolue de son instrument, tandis que sa voix se montre aussi claire que puissante. Si cet album est, de prime abord, moins accessible que ses deux successeurs, il est en fait beaucoup plus intime et peut-être encore plus réussi.


dimanche 3 juin 2012

"Once Upon A Time", Saison 1.

Pendant mon isolement socio-culturel, j'ai tout de même jeté un œil entre incontinence urinaire et ulcère gastrique à certaines séries. Notamment cette nouvelle série d'ABC, créée par Edward Kitsis et Adam Horowitz : "Once Upon A Time". Le pitch est le suivant : les habitants d'une ville de Maine sont en fait des personnages de contes de fée, emprisonnés par la Reine dans notre monde, sans souvenir de leur identité. Henry, le fils adoptif de la Reine (maire de la ville dans notre monde), ramène sa mère biologique, Emma, à Storybrooke, car elle est censée être la seule capable de briser la malédiction.


Cette virée dans le fantastique est avant tout toujours profondément divertissante, sans être stupide, et c'était tout ce qui me convenait en cette période. L'histoire est malheureusement un peu trop plagiée sur celle de l'excellente "The Tenth Kingdom", qui n'aura pas bénéficié d'un tel développement ni d'une visibilité aussi importante. Les ressemblances sont multiples, mais l'univers de Simon Moore était suffisamment passionnant pour qu'en marchant sur ses plate-bandes, "Once Upon A Time" y trouve un certain avantage.


Cela ne compense toutefois pas les divers défauts habituels d'une série de network : la réalisation est tout bonnement inexistante, et le jeu d'acteur globalement lisse et peu intéressant. Jennifer Morrison a certes ses moments, tout comme Lana Parilla, alors que Ginnifer Goodwin, si elle bénéficie progressivement d'une exposition au moins aussi importante que Morrison, peine à marquer. On préfèrera Robert Carlyle, ou certains des rôles secondaires, comme la toujours délicieuse Amy Acker. Les autres sont passablement oubliables.


Ce qui différencie la série des autres de son genre, c'est son écriture de bonne facture. Par l'alternance entre le monde réel et le monde des contes de fée se crée un véritable rythme. Il est par ailleurs agréable de voir, sur une saison de vingt-deux épisodes, que chaque moment est une pierre à un édifice bien conçu. La progression de l'histoire est savamment réfléchie, ce qui est extrêmement rare pour une série type ABC : cela rend d'autant plus plaisantes les révélations témoignant de la préparation en amont.


Il est cela dit regrettable que le tout baigne dans une ambiance irrémédiablement mièvre et niaise : là où il aurait été bien plus captivant d'explorer la nature originelle éminemment sombre des contes de fée, les scénaristes préfèrent se tourner vers les clichés de Walt Disney, et ce jusqu'au choix des costumes ! On nous rabâchera épisode après épisode l'importance fondamentale de l'amour et de la famille, plus forts que tout le mal ; l'épuisement vomitif n'est pas très loin.



Alors que l'intérêt commence donc à fléchir, et que l'on s'attendait à une conclusion molle destinée à continuer l'utilisation d'une recette routinière, le final se montre plus ambitieux que prévu, et ose exploser en une demi-heure toutes les bases de la série, pour laisser un suspense alléchant pour la suite, assurant mon retour en saison deux.

lundi 28 mai 2012

Oui donc voilà. (3)

"Bullhead" / "Rundskop", Michael R. Roskam

Les films flamands qui arrivent jusqu'aux salles françaises sont étrangement assez rares ; s'ils y parviennent, c'est alors que quelque chose a dû se produire : le film en question doit être excellent. C'est le cas de "Bullhead". Ce film purement flamand raconte l'histoire d'un éleveur de bétail qui commence à se mêler malgré lui à une affaire surveillée par la police de trafiquants d'hormones ; mais il cache un secret d'enfance qui a pour toujours changé sa vie, le conduisant à sans cesse se piquer lui-même à la testostérone. Roskam signe avec ce film un tour de force artistique d'une envergure incroyable. La profondeur du récit est vertigineuse, le long-métrage offrant une réflexion passionnante sur le sujet de la virilité, auquel est évidemment mêlé le thème tabou de la castration masculine. Jacky est-il encore un homme, sans testicules ? Est-ce la testostérone qui fait de lui un homme ? Ou devient-il comme ses bêtes, un bœuf inerte qui ne peut espérer que s'épaissir sous l'effet des piqûres ? Le sujet est traité entre les lignes du récit, mais avec une puissance et une réflexion magistrales. La performance monstrueuse de Matthias Schoenaerts porte toutes ces questions sur ses fortes épaules. Dans ce milieu rural difficile, le sujet de l'homosexualité masculine est également abordé via les autres personnages : l'homme qui aime les hommes est-il inévitablement féminin ou au contraire hautement viril ? Toute cette dimension anthropologique aussi rare que fascinante est entremêlée avec aisance à une enquête policière, à de la comédie, et au portrait d'un homme déchu, détruit par un "accident" d'enfance. Ainsi, si le thème est particulier et l'histoire a priori redondante, "Bullhead" est en fait un chef-d’œuvre d'écriture à côté duquel il ne faut surtout pas passer.

"Elena", Andrei Zviaguintsev
Elena et Vladimir sont un couple d'un certain âge, tous deux ont des enfants issus de précédents mariages : le fils d'Elena a fondé une famille mais peine à réunir l'argent nécessaire pour envoyer son fils aîné à l'université, tandis que la fille de Vladimir n'a jamais eu de souci financier et mène une vie volage et bohème. Vladimir veut tout céder à sa fille et refuse d'aider monétairement la famille d'Elena, laissant son épouse face à un terrible dilemme, déchirée entre les deux bras de sa famille. Zviaguintsev synthétise évidemment en cette famille la lutte des classes russe : désormais forcées à cohabiter, le riche et la pauvre vivent une vie agréable ensemble, mais leur loyauté va uniquement envers leurs propres racines. Les niveaux de lecture du film sont nombreux grâce à une écriture précise, efficace, cruelle et géniale. Elle nous mènera à un retournement de situation inattendu et tragique, qui parviendra à être amené avec une franchise et une froideur qui transcenderont l'horreur. L'image elle-même est lisse et glaciale, les plans millimétrés de l'appartement vide s'enchaînent avec magnificence et c'est toute la mise en scène qui replace ce décalage entre la pauvreté et la richesse, par un travail plaisant sur les couleurs, les lumières et les cadrages. La sombre histoire d'Elena n'est ni triste ni gaie : grâce à la performance remarquable de Nadezhda Markina, elle apparaît juste comme une malheureuse obligation dans une société qui ne se comprend plus.

dimanche 27 mai 2012

Oui donc voilà. (2)

"Terraferma", Emmanuele Crialese

Après le très bon "Golden Door", qui réussissait le pari d’inclure Charlotte Gainsbourg au milieu de Siciliens du xème siècle, en sublimation décalée du contraste entre la bourgeoise et les paysans, tous en quête ensemble du Nouveau Monde,  Crialese revient avec "Terraferma", qui se situe cette fois encore sur une île italienne, cette fois de nos jours. L'occasion de dépeindre des décors marins magnifiques, parfaitement sublimés par la caméra de Crialese qui livre des images aux couleurs profondes et majestueuses, elles-mêmes partagées entre la modernité par la qualité de l’image, et un certain esthétisme kitsch. Au même titre, les habitants de l’île, pêcheurs par tradition, doivent choisir entre rester fidèles à leurs racines et s’adapter à la nouvelle source de revenus principale de l’île : le tourisme. Ce conflit qui les divise prend une autre tournure quand l’île abrite soudain une troisième population : celle des immigrés illégaux. La rencontre entre ces trois mondes au milieu de la mer plonge les personnages dans l’indécision et ouvre la porte à des questionnements humains et profonds qui nous interrogent directement. L’interprétation des comédiens relève encore ces divergences, entre le passé et le futur, le stable et le changement, l’entraide et la survie, le soi et les autres. Au total, "Terraferma" arrive à être profond sur la forme comme sur le fond, et parvient à conclure son récit de manière sensée et intelligente, pour en faire une œuvre aussi belle que captivante.


"La Terre Outragée" / "Land of Oblivion", Michale Boganim


On suit d'abord le mariage d'Anya, qui a la mauvaise idée d'avoir lieu le 26 avril 1986 à Pripiat, quelques heures avant ce qui serait vite connu mondialement comme la catastrophe de Tchernobyl. Il est évidemment toujours passionnant de suivre l'effet microscopique d'un événement aux telles répercussions, d'en étudier à échelle humaine les conséquences concrètes sur la vie des habitants alentour. C'est avec la même horreur fascinée que lors d'un accident au ralenti, que l'on regarde ces condamnés en une journée ensoleillée s'amuser et s'aimer, avant de devoir être évacués. Les paysans et les ouvriers doivent quitter leurs maisons sans qu'on leur explique pourquoi : tout à coup, l'aberration de telles mesures apparaît flagrante. Les morts commencent et les proches restent dans le noir, et la pluie tombe, chargée de radioactivité... Boganim parvient à rapporter ce récit avec humanisme, empathie mais suffisamment de recul pour ne jamais tomber dans le sentimentalisme. Un peu trop rapidement cependant, on coupe à dix ans plus tard, pour une deuxième partie de film plus longue et moins passionnante, car éternellement figée. Anya, interprétée par la très belle Olga Kurylenko, est maintenant guide pour les étudiants, les touristes et les curieux qui viennent visiter les lieux désertés. Là, un jeune homme recherche son père, des immigrés squattent ces maisons qui n'ont plus d'existence juridique et Anya rêve seulement de partir. Le regard porté par la caméra blafarde est contemplatif : à la façon des habitants, il reste passif, morne et blasé. Le récit piétine tout simplement parce qu'il n'y a plus rien d'autre à dire face à l'horreur dans laquelle les habitants sont enfermés pour toujours, malgré eux. Emprisonnés dans cet accident au ralenti jusqu'à la fin de leur vie. Le constat est simple et triste ; on s'attend à des péripéties mais leur vie est aussi fantomatique que les lieux où ils habitaient. Le film se termine et aura cristallisé le drame.

samedi 26 mai 2012

Oui donc voilà.

Bon. Je me retrouve avec un certain nombre, voire un nombre certain, de brouillons d'articles composés uniquement d'un titre de films. Films vus il y a un certain temps, voire un temps certain, et dont j'ai donc oublié une bonne partie des composantes. Cela rend leur critique détaillée difficile, certainement, assurément. Et je doute de l'intérêt de parler en long, en large et en travers de métrages qui ne sont plus à l'affiche depuis déjà quelque temps. Alors bon. Je vous propose (et vous impose) des critiques courtes et concises. Vous apprécierez sans doute le fait de réussir enfin à lire une de mes interminables diatribes jusqu'au bout, mais vous n'imaginez sans doute pas le défi pour moi, logorrhéique chronique, toi-même tu sais. Regardez, j'ai déjà passé six lignes juste pour vous dire ça. Tout ça n'est qu'une très mauvaise idée.

"Oslo, 31 août" / "Oslo, 31. August", Joachim Trier


Le fait que je me souvienne encore du nom du réalisateur sans avoir eu à tricher est déjà très bon signe, ma foi. Ce film était très beau. Il fait partie de ces œuvres étrangement intelligentes tant elles parviennent à dresser le portrait d'un personnage, d'un état d'esprit, d'une société et d'une ville à la fois. Oslo apparaît belle et ensoleillée, sinueuse et profonde, étonnamment éclairée même dans ses recoins les plus sombres. Une sorte de déclaration d'amour évident, appuyée par des témoignages de Norvégiens, natifs ou de passage. Le décor est en fait construit à travers les mots ; et ces mots ne font que souligner davantage les ombres du contraste avec le visage de Anders, protagoniste, qui retourne à Oslo après sa cure de désintoxication. Là, il va essayer de reconstruire sa vie, de retrouver un chemin. Mais les amis se sont assagis, les connaissances se dédouanent, les employeurs ont fermé leurs portes, l'amoureuse est perdue, la famille s'est éloignée. En fait, ne reste que la ville. Dans cette journée magnifiquement filmée, où le froid soleil norvégien imprègne les pellicules, Anders Danielsen Lie, qui partage le prénom de son personnage, l'habite entièrement et nous emmène par la main à travers ce voyage de rédemption jusqu'à son inévitable arrivée. Joachim Trier fait de son œuvre quelque chose de beau et de triste, sans jamais trancher sur l'un ou l'autre :  tout est suffisamment mesuré pour que même les tragédies soient sublimes et que même les extases soient mélancoliques, infiniment, irrémédiablement.


"La Taupe" / "Tinker, Tailor, Soldier, Spy", Tomas Alfredson

Cette adaptation, qui fit beaucoup parler d'elle, a en effet tous les atouts d'un film d'espionnage réussi : ses personnages sont complexes, son interprétation est remarquable, avec mentions spéciales à Gary Oldman et Colin Firth, évidemment, et son récit est rythmé et surprenant. Mais il souffre de cette sale habitude que nous, pauvres humains, avons pris en matière de cinéma : s'acharner à adapter les romans à succès au cinéma. Si cet exercice permet parfois de donner, avec le nouveau format, une peau neuve à l’œuvre, il la dénature le plus souvent. Pour ce genre d'histoire où les personnages se multiplient, où leurs interactions sont subtiles au possible, où le récit se densifie à chaque chapitre, il est toujours difficile d'être parfaitement clair face aux non-initiés. On retrouve alors la séquence de présentation des personnages, et attention, spectateur, tu dois immédiatement retenir toutes les informations qu'on te fait ingurgiter, car on n'y reviendra plus, faute de temps. Et si tu n'es pas au top de ta concentration, tu seras largué le reste du long-métrage, on te laisse sur le bord de la route, on a trop de rebondissements à caser en trop peu de temps. Heureusement, l'histoire est tout de même appréciable, par un florilège de situations intenses et captivantes, et une réalisation légèrement tarantinoïde, dans une photographie grisâtre fort bienvenue. Mais avec tout ça, le film en oublie son plus grand atout : prendre le temps de créer du vivant, de l'habité, de l'humain : "La Taupe" reste un film froid, dont l'histoire est racontée aussi bien que possible, mais qui en oublie ses personnages, qui en oublie, à la façon du système qu'elle dépeint, que l'on peut, que l'on doit s'attacher aux gens pour pouvoir aimer le reste.

samedi 19 mai 2012

"Buffy the Vampire Slayer", Saison 2, Joss Whedon, 1997.

Oui voilà je reviens enfin... Je vais parler pas mal de séries et de quelques films en retard, avant de reprendre la route du cinéma et de vous revenir dans toute ma gloire. Ouais ouais ouais.

Commençons tout de suite avec la saison 2 de "Buffy". Cette saison, si elle n'est pas la meilleure de la série, marque un tournant historique dans son histoire, car c'est elle qui en fera pleinement une excellente série : c'est là que le potentiel florissant de la série s'exprime vraiment pour la première fois.

Mais reprenons : la saison commence avec les conséquences du final tragique de la saison précédente. Buffy revient de ses vacances d'été, rentre au lycée mais le traumatisme d'être morte sous les coups du Master quelques mois auparavant n'est pas passé. On découvre une Buffy froide, dure et mauvaise : un pari risqué pour les scénaristes qui choisissent là de rendre leur personnage principal complètement antipathique pour un retour en tant que série conventionnée avec vraie saison à 22 épisodes. Mais on apprécie en fait la volonté d'avoir voulu traiter des résultats de la saison précédente. Buffy flirte avec son côté sombre, comme cela lui arrivera encore, avant de reprendre le droit chemin.




Ce chemin, c'est d'abord, dans la première partie de saison, celui qui a déjà été tracé en saison une : les épisodes s'enchaînent avec un méchant à abattre à chaque fois. Si une routine s'installe presque, les scenarii sont toujours aussi intéressants, et parviennent à toujours reposer sur au moins un retournement de situation inattendu et bien amené, prodiguant divertissement et intérêt. On regrettera cependant une résolution toujours trop facile : après presque 40 minutes de sévices perpétrés par le monstre hebdomadaire, Buffy s'en débarrasse fréquemment avec une facilité un peu déconcertante. Il faudra encore attendre avant que la Slayer trouve des défis à sa taille... Heureusement, ce rythme est pimenté par l'arrivée des nouveaux Big Bad de la saison, les délicieux Spike et Drusilla (brillamment interprétée par Juliet Landau), dont l'arrivée a des tenants et aboutissants captivants dans la vie des héros. Ils amènent notamment des épisodes inattendus, comme "School Hard" qui montre leur invasion de la rencontre parents/professeurs du lycée. Ou encore le surprenant double épisode "What's My Line", où Buffy rencontre Kendra, Slayer activée après la mort du personnage principal en saison 1. L'univers de "Buffy" s'épaissit et les histoires sont toujours passionnantes.




Parallèlement, les personnages sont davantage approfondis : Willow est enfin confrontée de pleine face à son attirance pour Xander, alors qu'elle rencontre le merveilleux personnage d'Oz et doit se résoudre à mettre un terme à ses rêves d'enfance. Le tout toujours à travers des répliques exquises et des dialogues parfaitement ciselés, qui confirment même lors de cette deuxième saison qu'ils sont la plus grande force de la série : "Well, you know, I have  choice. I can spend my life waiting for Xander to go out with every other girl in the world until he notices me, or I can just get on with my life." "Good for you." "Well I didn't chose yet." Xander et Cordelia apparaissent comme un couple étrangement évident, tandis qu'Angel se rapproche de Buffy. L'exploration du passé de Giles et la continuation de sa romance avec Jenny Calendar apportent une profondeur inestimable au personnage, jusque là un peu trop unidimensionnel.


A travers ces amourettes et autres soucis du quotidien adolescent, se dressent les métaphores surnaturelles. Elles sont parfois poussives, comme celle de ce serpent géant auquel des étudiants offrent des jeunes filles sans défense après les avoir droguées... Mais elles sont globalement amusantes, rafraîchissantes et intelligentes. En réalité, les épisodes parviennent à être à la fois drôles, rythmés et étrangement réalistes. Les personnages commencent leur lent processus de maturation alors qu'il est temps de grandir. Des épisodes comme "Lie To Me" le prouvent : dans un monde où les forces du Bien combattent le Mal, rien ne sera jamais manichéen. Même les épisodes en apparence déconnectés des autres sont d'une qualité irréprochable, comme celui de "Ted", où, avant la révélation un peu capillotractée, Buffy se retrouve coupable de meurtre, ou encore "Halloween", où une idée originale amène un nombre incalculable de situations cocasses tout en faisant avancer ses personnages.




Et soudain, tout change pour toujours. Dans le double épisode "Surprise" / "Innocence", en milieu de saison, on découvre à Jenny une facette insoupçonnée, et rapidement, Angel se métamorphose complètement, en une autre métaphore cette fois bien plus puissante. La malédiction qui lui a rendu son âme, le condamnant à regretter éternellement ses crimes vampiriques, a été lancée par la famille de Jenny ; et elle lui interdit le bonheur. En couchant avec Buffy, il touche l'extase et la malédiction est levée, le rendant Angelus à nouveau, vampire cruel et sadique. Contre toute attente, c'est en fait lui qui sera le nemesis de Buffy cette saison. Le pari était osé, les conséquences sur les personnages sont dévastatrices. Buffy trouve ici sa première vraie blessure, et il lui faudra tout le reste de la saison pour accepter qu'en tant que Slayer, c'est son devoir d'anéantir celui qu'elle aimait. L'intrigue est soudain sombre, complexe et intense. La menace Angel plane sur l'intégralité des épisodes restants... et se déploie ponctuellement, notamment dans l'excellent épisode "Passions", où Angelus sévit soudain. La série montre alors toutes ses tripes en tuant un personnage grandement aimé, des personnages comme du public, et en le faisant d'une manière à la fois cruelle, hypnotique et incroyable.




Il est là, ce moment où une série qu'on regardait d'un œil certes intéressé mais pas encore complètement  convaincu, devient un chef-d’œuvre. Tout à coup on se redresse sur son canapé, presque incapable de croire ce qui est en train de se produire. La série grandit tout à coup et emmène tous ses personnages avec elle, qu'ils le veuillent ou non. Cette plongée obscure se conclura naturellement par une descente aux Enfers au sens littéral du terme, dans un double épisode final magistral. "Becoming" est une œuvre d'art : ce final explose absolument tous les repères du spectateur. A chaque minute, une nouvelle catastrophe se produit, et l'ensemble de la saison se déroule parfaitement. En quelques instants, chaque personnage est en mauvaise posture, la mère de Buffy apprend l'identité de sa fille, la jalousie de Xander lui fait commettre l'impardonnable, Willow ouvre des portes en elle qui ne seront jamais refermées, Buffy se fait exclure du lycée et rechercher par la police, Giles se fait capturer, Spike retourne sa veste, et pire encore. Les acteurs sont comme toujours impeccables, et l'épisode est spectaculaire et choquant, et il mène à la confrontation tant attendue de Buffy et Angel, qui se termine de la façon la plus tragique que l'on aurait pu imaginer. Le spectateur est laissé en état de choc sur le bord de la route, et Buffy aussi, dans une conclusion parfaitement mélancolique.


Je me souviens de la première fois (qui date maintenant!) que j'ai vu ce double épisode final. Aujourd'hui encore, je lui découvre des traits jamais remarqués, comme cette quête frénétique de l'identité. Mais je me souviens qu'il s'agissait là de ma première vraie expérience télévisuelle. Je venais de témoigner d'un moment de télévision aussi fort qu'inattendu, avec une écriture remarquable et indescriptible. "Buffy" avait enfin montré ce qu'elle avait dans le ventre et le résultat était sans appel. Ne restait plus qu'à reprendre son souffle en attendant la suite de ce récit épique et puissant.

dimanche 6 mai 2012

Oups...

Promis, je reviens bientôt. Donnez-moi juste encore une dizaine de jours !
En attendant, allez voter !!
(Attention, la couleur de fond de ce blog n'est en aucun cas une consigne de vote. Bien au contraire.)