samedi 16 mars 2013

"The Sessions", Ben Lewin

La date de sortie résonne avec l'actualité, particulièrement injuste envers la situation des personnes en situation de handicap, demandeuses à juste titre de la légalisation de l'assistance sexuelle.



Il y avait fort à craindre qu'avec un tel sujet, le film tourne vite dans la comédie romantique mièvre, dans les clichés larmoyants et/ou dans le militantisme creux. Il n'en est rien ; "The Sessions" est avant tout une histoire vraie, avec tout ce que cela comporte toujours d'ajout fictionnel, certes, mais c'est sans doute de là qu'il puise une telle justesse. Il est basé sur un essai rédigé par Mark O'Brien, personnage principal du film, qui a existé : poète gravement handicapé dès le plus jeune âge par la poliomyélite, il a effectivement eu recours à Cheryl Cohen-Greene, assistante sexuelle qui lui a fait perdre sa virginité. Dans le film de Lewin, O'Brien est joué par un acteur valide, ce qui est peut-être regrettable, John Hawkes, brillant en paralysé ironique, et Cohen-Greene par Helen Hunt, entière et honnête. Le film, en abordant des sujets si intimes et complexes, se centrera sur le rapport humain, sous toutes ces formes, et à ce titre, les dialogues résonneront d'une évidence claire et directe, entre des personnages humbles et construits (mention à William H. Nacy et Moon Bloodgood), développant entre eux des relations profondes et respectueuses.


Aussi "The Sessions" est une réussite. S'il ne constitue pas un bijou de mise en scène, il parvient néanmoins à poser son histoire de façon extrêmement nette. Il n'impose pas son point de vue mais présente simplement celui du protagoniste, et il assume sereinement la vastitude de son thème. Cela ne le met pas à l'abri de quelques facilités, bien sûr, et certaines conséquences paraissent parfois un brin infondées, et d'autres points trop appuyés. Mais il sait faire preuve de suffisamment de réalisme et de franchise pour éviter les plus gros pièges, et la délicatesse avec laquelle le scénario se déploie corrige ces légers faux-pas. On suit avec plaisir et intérêt l'histoire d'un homme, qui finira par raconter, la tête froide, sans voyeurisme et sans dénonciation, l'histoire d'une multitude de personnes jamais entendues. Si cela peut faire se forger un avis aux spectateurs qui n'avaient pas encore eu l'occasion de réfléchir au problème, ce sera un plus loin d'être négligeable.


jeudi 14 mars 2013

"Blancanieves", Pablo Berger

Ben écoute, c'est très simple : c'est un drame muet en noir et blanc, qui réinterprète le conte de Blanche-Neige dans le monde des toreros en Espagne du Sud dans les années 20. Je ne vois pas où est le problème.


Tout d'abord, ce noir et blanc est magnifique, il s'accompagne de la photographie parfaite pour donner une image à la fois surannée et vive, floue et limpide. Le muet s'installe sans le moindre temps mort, on s'amusera de quelques panneaux superflus et aussi de cet étrange besoin d'accompagner ce format de quelques procédés de mise en scène particulièrement kitsch, "comme à l'époque", qui fonctionnent rarement. Mais ils sont occultés par des idées autrement plus efficaces, bien pensées et intéressantes, comme lors de cette entêtante séquence de fin. Et le tout est porté par un casting énergique, Macarena García et Maribel Verdú en tête. Quoi qu'il en soit, la comparaison n'est même pas légitime, mais qu'on se le tienne pour dit : d'un point de vue formel (et au niveau du fond aussi et d'autant plus, bien entendu), "Blancanieves" démonte "The Artist".



En ce qui concerne la réinterprétation mythique, il est délicieux de retrouver les éléments du célèbre conte réutilisés à d'autres endroits, dans d'autres buts. Le scénario allie ainsi à cette irrévérence narrative pleine de clins d’œil, une réelle intelligence dans le récit, avec notamment la préoccupation constante d'une clarté impeccable. Le réalisme et le plaisir rendent l'histoire plus forte, et on se retrouve à tenir pour les gentils autant qu'un enfant, mais pour des raisons d'adulte, et à soutenir la superbe romance qui se dessine subtilement. On regrettera parfois un certain manichéisme, mais cela sera rattrapé par une fin audacieuse. C'est d'ailleurs ce qui fera de ce film, loin de la répétition ou de la décontextualisation simples, une œuvre à part entière, pleine de malice, de cruauté, de vivacité et de beauté.



mercredi 13 mars 2013

"A la Merveille" ("To The Wonder"), Terrence Malick

Comment fait-on pour continuer après un chef-d’œuvre comme "The Tree Of Life", palme d'Or au Festival de Cannes 2011 ? Ben, je sais pas, mais pas comme ça, en tout cas.


Mais avant toute chose, rendons à César ce qui est à César : Terrence Malick est un réalisateur de génie. Chacun de ses plans est d'une beauté singulière, chaque prise de vue est colossale, intrigante et captivante. Malick est un virtuose de la forme. Que ce soit dans ces monologues qui flottent en équilibre sur les images, dans cette photographie toujours incroyablement nette et pure, pleine de couleurs chatoyantes sans être piquantes et de formes claires et droites, ou dans cette incroyable puissance de symbolisme. Malick est un artiste, en cela que son œuvre s'articule avec une intelligence suprême. On se sent tour à tour oppressé, enveloppé et porté par ses images. Malick est un esthète, et son film, comme le précédent, est un bijou visuel, de ces films qui font détester quatre-vingt-dix pour-cents des autres films à l'affiche tant ils n'ont, en comparaison, de toute évidence rien compris à l'image.


Là où "The Tree Of Life" s'attachait avec passion et complétude à la vie, "A la Merveille" se présente comme son jumeau consacré à l'amour. Ainsi découvre-t-on deux personnages, joués par Ben Affleck et Olga Kurylenko, tous deux excellents. Ils s'aiment et décident de partir vivre ensemble aux États-Unis (merveilleusement filmés, donc). Mais très vite le bât blesse. Si le procédé de la voix-off éthérée permet d'accéder aux doutes des personnages, on n'a pas le temps de s'attacher à ces personnages, toujours trop lointains, trop immatériels, ni à leur relation, que son mauvais traitement rend banale. Malick semble passer à côté de quelque chose, en ce qui concerne l'amour : la beauté des scènes ne fait pas exister la relation, il manque le sentiment, il manque les viscères.


On pourrait s'accorder alors à retrouver là une volonté d'universalité : offrir un couple peu dessiné pour permettre de parler au nom de toutes les relations. Mais il n'en est rien, quand les phrases sans cesse déblatérées en voix-off sombrent la plupart du temps (à l'exception de quelques citations profondes mais peu explorées), dans la mièvrerie la plus décevante. Ainsi l'amour déchiré de Neil et Marina n'émeut pas, n'inquiète pas, ne touche pas. Leur histoire devient ordinaire, et la tragédie de l'incompatibilité amoureuse a déjà été dépeinte des milliers de fois, parfois avec une urgence et une justesse qui font cruellement défaut ici. Par ailleurs, les personnages de Javier Bardem et de Rachel McAdams, aux rôles en fait minimes, manquent encore plus de direction que le couple-titre. Alors, quand on ne peut plus se raccrocher à la forme à cause de l'absence de fond, ne reste que l'ennui, d'autant plus âpre que l'on sait Mallick capable de mieux. Il n'aura ici qu'appliqué en vitesse la recette de "The Tree of Life", mais ces moyens ne sont pas adaptés à "To The Wonder", et cette incongruence rend l'ensemble pataud. En espérant que la prochaine fois, le thème sera traité avec la minutie qu'on lui connaît, et non pas en rapidité, sans trouver l'adéquation entre la forme et le fond, il faudra attendre le long-métrage suivant, alors, sans faute.


mercredi 6 mars 2013

"Happiness Therapy" ("The Silver Linings Playbook"), David O. Russell

Alors, oui. Je suis allé voir un film type comédie romantique américaine. Je ne sais pas très bien pourquoi, alors même que j'avais prévu de l'éviter, sentant revenir l'éternel schéma hyper précis et sclérosant du genre, réactualisé à la sauce psychiatrique à laquelle je serais forcément trop sensible (en raison de mon orientation professionnelle, hein, pas en raison de potentielles anciennes hospitalisations, non mais je préfère préciser, c'est comme ça que les rumeurs débutent, et tout, bon, on se comprend, voilà.) et qui risquait donc de moyennement m'amuser. Et puis les mecs, clairement, c'est un BLOCKBUSTER, là. Si, si. Attendez, il a même un titre VO en anglais traduit par un titre VF différent mais en anglais aussi ! Je le range dans la catégorie des blockbusters, et je fais bien, et je ne vais normalement voir qu'un blockbuster par an, tellement je suis snob, tout ça. Bon.



En fait, pour un blockbuster (car c'en est un, j'y tiens), il est relativement peu blockbusterisant, il a même un aspect "indé" assez développé (oui j'oppose de façon schématique indé et blockbuster, c'est complètement réducteur, on est d'accord, mais je fais ce que je veux, on est d'accord). Je pense que c'est ce qui explique son succès, d'ailleurs : le public habitué aux blockbusters a dû être agréablement surpris par l'originalité relative dont celui-ci fait preuve. En ce qui me concerne, ça reste quand même un blockbuster, avec pas mal des défauts qui vont avec, et surtout la prévisibilité complètement aberrante de certains retournements de situation que l'on était, apparemment, pas censé deviner. Merci de nous prendre pour des cons.


Au-delà de ça, c'est effectivement un bon film dans son genre (voilà, je l'ai mis en gras, n'allez pas me faire dire ce que je n'ai pas dit). Reprenons : d'un côté, Pat, diagnostiqué bipolaire après un incident qui lui aura valu la perte de son épouse et de sa maison, ainsi qu'une hospitalisation forcée en psychiatrie ; de l'autre côté, Tiffany, au trouble psychiatrique peu défini par le film, admettons qu'elle est borderline et qu'elle fait un deuil pathologique après la mort prématurée de son mari. Pat n'a qu'un objectif : reconquérir sa femme, et Tiffany a besoin d'un partenaire de danse pour un concours régional. Ensemble, ils passeront un marché assurant leurs intérêts. Si le film pouvait aisément s'alléger d'une bonne demi-heure, il faut reconnaître que le scénario se tient à peu près, même si beaucoup de moments manquent cruellement de l'enjeu nécessaire, donnant lieu à beaucoup de situations en demi-teinte.


La représentation de la "folie" est effectivement réductrice : si certains aspects sont réalistes, notamment la difficile observance, la bipolarité est dépeinte de façon assez peu authentique. En réalité, le film tombe souvent dans le piège de simplifier la folie et de la rendre soit comique, soit inquiétante, là où elle n'est souvent ni l'un, ni l'autre. Cependant, les deux acteurs principaux se débrouillent très bien : Bradley Cooper semble investi dans un rôle difficile, et donc mal dirigé, et Jennifer Lawrence surprend par la diversité de son jeu (à l'extrême opposé de sa performance dans "Hunger Games" (ah oui voilà, c'était celui-là, mon blockbuster de l'an dernier, je me souvenais plus, je me demande depuis le début de l'article)). Que les choses soient claires, sa victoire aux Oscars reste une honte totale et absolue, surtout face à Emmanuelle Riva (infiniment plus convaincante) et Quvenzhané Wallis (désarmante de naturel), mais il est vrai que l'actrice a fait du chemin.


Comme de bien entendu, la réalisation est brouillonne, peu réfléchie et souvent vomitive : arrêtons notamment de faire joujou avec le zoom, cher David, cela porte peu souvent ses fruits. Le montage est lui-même erratique, et, de façon assez impardonnable, le réalisateur peine à mettre en évidence ce sur quoi il semble vouloir se focaliser. C'est probablement la raison principale pour laquelle, comme évoqué plus haut, beaucoup de moments n'atteignent pas l'intensité voulue, les scènes de danse en tête. Allez, arrêtons de tourner autour du pot : c'est très mal filmé. Cependant, quelques scènes se couronnent d'une réussite inattendue, certains moments parviennent à être amusants, d'autres quasiment touchants (on citera  pour cela l'excellente Jacki Weaver, même si la pauvre s'est vue demander trop de fois d'abuser de ses grands yeux mouillés). Pour tout vous dire, je me suis même retrouvé à attendre le bisou final (qui était mal filmé, cela va sans dire), c'est pas rien. Aussi, finalement, disons que pour un mauvais film, ce n'est pas trop mal.

mardi 5 mars 2013

"Gimme The Loot", Adam Leon

Encore en mode très en retard, encore une critique rapide. Je pense que même mon accompagnatrice/traîneuse (oui j'avais pas trop, trop prévu d'y aller, mais globalement, après, j'étais content qu'elle m'y ait contraint par la force) ne l'attendait plus. (Vous aurez par ailleurs remarqué que je n'ai pas parlé des Oscars, ça viendra sûrement en passant avec la critique de demain, mais, globalement, retenez que C'EST DE LA MERDE. Merci, bisous.)


Sofia et Malcolm sont deux graffeurs à New York City, qui se mettent en tête, pour se constituer une superbe dans la compétition, de taguer la pomme géante du Shea Stadium. Pour cela, ils ont une journée pour se constituer un pactole suffisamment conséquent pour soudoyer le gardien et accomplir leur coup d'éclat. S'en suit donc un film au rythme effréné, suivant les tribulations incessantes des deux amis dans leur quête ardue. Les dialogues salés et les péripéties rapides empêchent tout ennui, dans un film à la fois très indé par son sujet et son traitement, mais virtuose dans la réalisation, s'équipant d'images baignées du soleil new-yorkais harassant et de plans sur la ville à se damner.


Se révèle alors devant nos (mes) yeux de bobo ébahi tout un monde de la rue, invisible et angoissant, où rien n'est jamais sûr, mais dont les acteurs ne se soucient pas, acceptant les terribles règles du jeu. Ainsi si cet univers est représenté comme globalement bénin pour les personnages, la violence morale dont il fait constamment preuve est assez anxiogène pour le spectateur européen-de-la-classe-moyenne, d'autant plus que le tout est porté par des acteurs très bien castés. Si le film se perd parfois un peu, cela ne l'empêche pas de se classer aisément dans la catégorie des feel-good movies, enchaînant des séquences enthousiasmantes et prenantes. Il saura cependant s'armer d'une fin parfaitement adéquate qui en constitue le message réaliste, inattendu et authentique.


samedi 2 mars 2013

"Touristes !" ("Sightseers"), Ben Wheatley

En mode très en retard, une critique rapide.


Autant le dire tout de suite : "Touristes !" était chouette mais ne m'aura laissé le souvenir que d'un sous-"God Bless America" à la sauce britannique. Ici aussi, il s'agit d'un duo qui se met à tuer les gens qui les embêtent pour des raisons souvent futiles et quotidiennes, sans remords et sans questionnement. Chris emmène son amoureuse Tina dans un vaste tour britannique des musées et des monuments insolites, en camping-car. Le couple bénéficie immédiatement d'un grand capital sympathie, par leur relation touchante, leur enthousiasme mignon pour le kitsch et leur physique loin des canons hollywoodiens, auxquels les productions anglaises parviennent encore et toujours à échapper. En cela, le jeu ambivalent de Steve Oram et la lente bascule hystérique d'Alice Lowe accompliront l'exploit de rendre les personnages de plus en plus inquiétants mais toujours attachants.



Très rapidement, les vacances dévient vers une tuerie absurde et étrangement assumée, dans un humour britannique le plus total et le plus délicieux. Mais les règles qu'ils tentent de s'imposer dans leur épopée gore seront de plus en plus difficiles à tenir, et ils sombreront dans une spirale de meurtres dans un second degré délectable, jusqu'à un final toujours plus cruel. Le scénario, s'il souffre de la comparaison immédiate avec "God Bless America" que je venais de voir, est donc appréciable, bien qu'il s'apparente rapidement à un n'importe-quoi pas forcément contrôlable. Il s'accompagne d'une réalisation sensible et charmante, avec une image qui retranscrit à merveille la campagne britannique. L'ensemble constitue donc une comédie noire agréable, qui aurait pu s'investir d'une tournure plus ample, mais qui se contente, comme ses personnages, de peu.


mercredi 27 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 5.


The Lightnin 3 - "Morning, Noon & Night"

J'ai déjà parlé de Brisa Roché, une de mes chanteuses préférées. Ici, elle forme un groupe, l'espace d'un album, avec Rosemary Standley, chanteuse émérite du groupe Moriarty, et Ndidi Onukwulu. Les énergies des trois chanteuses sont différentes mais se révèlent puissamment complémentaires, voire finalement presque similaires. Elles reprennent ensemble des chansons anciennes et connues, à la sauce jazz (à laquelle Brisa avait déjà goûté avec brio au début de sa carrière), et choisissent de se les répartir en ce qui concerne le lead-singing. On aurait peut-être préféré qu'elles entonnent les morceaux ensemble, mais leurs voix finissent par se ressembler étrangement tout en gardant une pointe d'identité. La réinstrumentation, quant à elle, est bien pensée et souvent insolite, remplissant parfaitement le contrat de la reprise en apportant des couleurs inédites à des chansons choisies avec soin et originalité. Cela donnera lieu à des morceaux surprenants comme leur "Cherry Bomb" revisité, ou encore "The Safety Dance", "The Light Pours Out Of Me", "I Want Your Sex"... Au total, cet album de reprises, réalisé avec audace et spontanéité, constitue une parenthèse enthousiasmante dans le parcours des trois chanteuses, et s'écoute avec plaisir, matin, midi et soir.









Vive la Fête - "Jour De Chance"

Comment définir Vive la Fête ? Oui, bon, ok, éminemment gay, pour commencer. Et puis, c'est l'électro et l'absurdité d'un groupe qui n'en a rien à foutre. Vive la Fête, ils te balancent leur musique dans la gueule, et si t'es pas content, c'est pareil, mais autant être content, parce que c'est alors quand même totalement plus extatique. Ainsi sur "Jour de Chance", ils te scandent leurs "Bêtises" sur des rythmes simples et efficaces. Alors tu te retrouves à n'en avoir rien à foutre avec eux, tu chantes que "les images sont toutes floues, les discours sont tout fous", que "je suis fâchée avec toi", que "il pleut et je pleure", et puis
ils te sortent une reprise de "Love Me, Please Love Me" décalée, inattendue et étonnamment touchante, et, une fois que tu as baissé tes barrières, la naïveté volontaire des paroles, tout à coup, te touche, et tu danses sur la forme avec encore plus d'enthousiasme, parce qu'avec Vive la Fête, la vie semble aussi belle que dans un film de Xavier Dolan, et c'est déjà parfaitement suffisant.








Lou Doillon - "Places"

La demi-sœur de LA MEILLEURE ACTRICE AU MONDE (oui je suis conscient que mon lien mène vers une critique de sa musique et pas de son jeu, mais je suis fatigué.) valait forcément que l'on se penche sur son cas (et ma propre sœur s'en est bien rendue compte en m'offrant cet album, coeur bisous). Je ne savais cependant pas trop à quoi m'en tenir : de ce que j'en avais entendu, les critiques étaient très partagées, entre "album de l'année" et "'fille de' inintéressante". Le premier aspect à juger, donc, sera la voix. Elle hante, étonnamment, par un timbre très particulier. Elle se pose avec nonchalance sur des instrumentations très rock, et aussi un peu jazz - c'est Etienne Daho qui s'en est chargé, il y avait de quoi avoir un peu peur, mais en fait, la musique est agréable, un peu trop homogène, pas toujours originale, mais faisant preuve d'un bon goût appréciable. Les morceaux lents et contemplatifs, comme "Jealousy" ou "One Day After Another", sont les plus représentatifs de ce que l'on retient de cet album, malgré les essais plus rythmés de "Make A Sound" ou "Defiant". Mais c'est en fait le single, doux rock déchirant, qui marquera le plus, la première chanson de l'album, la perle "ICU", qui fait de Lou Doillon une chanteuse à potentiel et de "Places" un album assez intéressant.



dimanche 24 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 4.


Lykke Li - "Wounded Rhymes"

Toujours dans la catégorie "après la guerre", j'ai découvert cet album comme beaucoup de monde grâce au tube "I Follow Rivers" (d'ailleurs témoin d'un grand moment de bonheur). En se penchant plus activement sur la chanteuse suédoise, on retrouve certes dans son deuxième album d'autres morceaux aux rythmes cathartiques, les excellents "Youth Knows No Pain", "Rich Kids Blues" ou "Jerome", tous teintés d'une voracité dévorante face aux incompréhensions du monde. Et ce sont ces mêmes thèmes qui s'exprimeront aussi dans des balades hypnotiques et sauvages, "Silent My Song" et "Sadness Is A Blessing" en tête, complètement hallucinants d'émotion à fleur de peau assumée et portée aux nues. Lykke Li mérite son succès non pas pour son tube répondant à la mode de la répétition des mots, mais pour cette douleur magnifique, retranscrite dans des chants toujours sur le fil, en parfait équilibre instable.







Rose - "Et puis juin"

C'est comme quand vous rencontrez quelqu'un que vous n'aimez pas. Vous n'aimez pas ses opinions, sa façon de parler, de marcher, de s'habiller. Vous n'aimez pas son rire, son sourire, ses intérêts. Et pourtant vous sentez que vous partagez quelque chose d'autre, quelque chose d'indicible. Je n'aime pas l'album de Rose. J'avais adoré "Rose", le premier album, je maintiens que son écriture était géniale; j'avais moins aimé "Les souvenirs sous ma frange", même si "Je guéris" et "Les frangines" m'émeuvent encore à ce jour. "Et puis juin"... Rose n'a pas évolué. Je n'aime plus sa musique, acoustique, répétitive, discrète. Le personnage est parfois détestable. Parfois la forme n'est pas au rendez-vous, donc, mais pourtant il y a quelque chose dans le fond, quelque chose qui me touche. C'est sa sensibilité, sa souffrance, ses doutes. Elle les exprime, parfois très mal, parfois très bien, mais même quand elle n'en dit rien, elle me touche. Alors j'ai écouté son nouvel album une fois, sans l'aimer, mais en le comprenant.






The Ting Tings - "Sounds From Nowheresville"


Le premier album des Ting Tings était une bombe. Vraiment. Il y a quelques années, j'ai été en overdose musicale et je ne supportais plus aucun des groupes que j'adorais pourtant. Et alors, pendant des semaines, je n'ai plus su écouter que la musique de The Ting Tings. "Sounds From Nowheresville" est leur second opus. On y regrettera deux choses ; d'abord, la clarté sonore du précédesseur : ici, l'électro semble peu focalisé, se perdre parfois, en faire juste un peu trop. Ensuite, ils peinent à corriger l'erreur qui était déjà celle du premier opus, à savoir ne pas parvenir à fournir un ensemble complètement intéressant : si beaucoup de morceaux marquent, d'autres y parviennent beaucoup moins. Cependant, si la qualité du précédent n'est pas égalée, on décèle avec plaisir des morceaux entraînants, comme le séduisant "Hang It Up", l'énervé "Guggenheim" ou l'affamé "Give It Back". The Ting Tings a perdu un peu de sa superbe, mais conserve cette véhémence musicale qui fonctionne encore parfaitement.


samedi 23 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 3.

Bon. Je ne ferai AUCUN commentaire quant aux Césars d'hier, vous avez entendu, aucun, BORDEL D'INCOMPETENTS QUI COMPRENNENT RIEN A LA VIE ET QUI RECOMPENSENT UNE SEULE PERSONNE QUI N'EST MEME PAS LA ET QUI SE LA PETE (JE SUIS SUR QU'IL SE LA PETE) ALORS QU'IL Y A DES GENS QUI LE MERITENT AUTANT VOIRE PLUS ET MERDE. Bon et donc puisque le cinéma c'est de la MERDE, continuons à parler musique. Bordel.




Crystal Fighters - "Star Of Love"

Le génie du groupe réside dans sa capacité à produire un album extrêmement cohérent mais composé de morceaux totalement différents. Chaque piste est un renouvellement dans la forme et dans le fond, mais Crystal Fighters semblent y exprimer une velléité commune. Que ce soit dans l'électro cathartique du (désormais mythique) "I Love London", la montée angoissante et libératrice de "Xtatic Truth", l'enthousiasme presque pop de "Plage", les beats hypnotiques in-your-face de "Solar System", les percussions entraînantes de "I Do This Every Day"... La liste continue, et à chaque fois, le groupe électro convainc par son originalité naturelle, ses sons exutoires, son lâcher-prise maîtrisé. Au total, le disque entier semble s'emparer de l'auditeur, l'habiter, le dévorer, y vivre sa propre vie. Et c'est une sensation assez exceptionnelle que cet effet fort, inexplicablement exaltant, passant par une telle diversité qui se couronne à chaque fois d'une réussite.






Emily Loizeau - "Mothers & Tygers"

Il est intéressant de constater que celles qui constituaient il y a presque dix ans ce que tout le monde appelait "La Nouvelle Scène Française", mettant dans le même sac quelques poignées d'artistes qui n'avaient sans doute pas grand-chose à voir les uns avec les autres, s'individualisent, maintenant la notoriété assurée et l'étiquette dépassée. Aussi Camille, par exemple, a su s'affranchir de tout cela pour devenir une des meilleures artistes de sa génération. Quant à Emily, son "Mothers & Tygers" suit le chemin amorcé par la difficile transition de "Pays Sauvage", qui semblait répéter ce qu'elle disait dans "L'autre bout du monde" tout en pensant à autre chose. Cet "autre chose", c'est avec ce troisième album qu'elle semble s'en approcher. La musique s'assume plus sombre, l'acoustique se fait encore plus sauvage et organique, les textes se réfugient dans un symbolisme de plus en plus secret. Des morceaux comme "Tyger", "Garden of Love", "Vole le Chagrin des Oiseaux" ou encore "Parce que mon rire a la couleur du vent" réussissent en cela, s'entourant d'un mystère séduisant. On regrettera le manque d'énergie de l'ensemble trop homogène, mais dans ce long album, on sent qu'Emily Loizeau continue à faire son chemin, discrètement, et si elle n'est pas encore parfaitement arrivée à destination, elle est en bonne voie.






Mika - "The Origin Of Love"

Oui, bon. Okay. J'ai écouté le dernier album de Mika. Vous voyez bien, le chanteur dont on a tous entendu la pop acidulée du premier album (dont presque tous les titres ont tourné en radio !) et qui était à l'époque une bouffée d'air dont on s'est vite étouffé. Par la suite, il a sorti un album copié-collé du précédent, il a ensuite révélé à un monde choqué son homosexualité (Mika si tu lis ça, ta musique a beau me gaver en deux minutes, contacte-moi, je suis là, je suis dispo, je suis gentil et je fais des gâteaux au chocolat). Pour "The Origin Of Love", il est clair que le chanteur ressentait le besoin de se renouveler : peut-être que cette envie ne venait pas de lui-même, mais elle lui était en tout cas imposée. C'était soit ça, soit disparaître. En ressort un album sans trop de direction. L'enthousiasme du chanteur est certes toujours aussi agréable, rendant des morceaux comme "Lola" ou "Origin Of Love" assez appréciables et entraînants. Pour le reste, Mika fait tout et n'importe quoi : un premier single, "Celebrate", ultra produit qui ne ressemble plus à rien, une balade électro "Make You Happy", à potentiel d'hymne mais tout de même un peu raté, une resucée de "Cendrillon" de Téléphone avec "Karen", un morceau énervé, cruel, à la fois entraînant et irritant ("Love You When I'm Drunk"), des poèmes vocalisés en français ("Comme un Soleil", "L'amour dans le mauvais temps"), et j'en passe... A force de ne pas savoir où il va, le disque est inégal et fatigant : on sent qu'il veut bien faire mais il sonne bâclé et désespéré. Alors, pour l'énergie qui résonne encore sympathiquement dans quelques chansons, on l'écoutera à toutes petites doses et on espérera pour lui qu'il saura trouver ce qu'il veut dire.
(Et qu'il restera tout nu sur ses pochettes d'album.)


vendredi 22 février 2013

Césars 2013 dans ta face.

Oui bon voilà. Pression sociale, j'écris ton nom. C'est bien mignon de parler de musique avec les mêmes dix mots de vocabulaire (grands jeux : listez-les, vous allez voir, c'est facile, dedans y'a genre cathartique, exaltant, hypnotique et quelques autres), mais là les Césars arrivent ce soir et c'est compliqué, pour eux, quoi, tu comprends, déjà qu'ils ont basé leurs nominations sur Assurément, là ils ont besoin de savoir qui récompenser (Noémie Lvovsky! c'est pourtant simple). Du coup, dans un grand moment de sacrifice de moi-même, je lâche la stomatologie quelques instants (ou une demi-heure) pour vous donner ce que chaque bloggueur kikoolol fait : LES PRONOSTICS. Non attendez, c'est pas des pronostics. Mes résultats ne sont pas ceux qui seront récompensés, ce n'est jamais le cas, y'a qu'à voir les Victoires de la Musique (Camille ne décroche pas la meilleure tournée de l'année ? SERIEUSEMENT ?). Bon, donc c'est pas des pronostics. C'est LES RESULTATS QUE LES CESARS DEVRAIENT ADOPTER S'ILS ETAIENT INTELLIGENTS. Voilà voilà. En gros ça vaut beaucoup mieux que les Césars. Je mise sur quelques millions de visiteurs pour cette page. Normal.

Meilleur film:

Choix de la rédaction (moi, quoi) : "Camille redouble" de Noémie Lvovsky (au cas où vous n'auriez pas compris les 250 premières fois)

Toléré :
"Amour", de Michael Haneke
"Holy motors" de Leos Carax (je l'ai pas vu ok mais comparé aux autres... et puis je le sens bien, non vraiment, oui bon ok je sors, je le regarderai après mes examens, promis, ne me jugez pas)

Surtout pas ou je pète un câble :
"Les Adieux à la reine", de Benoît Jacquot
"Le Prénom" de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière (oui bon ok je l'ai pas vu non plus mais c'est pour le PRINCIPE.)

Bien essayé mais non, vraiment pas :
"Dans la maison", de François Ozon
"De rouille et d'os" de Jacques Audiard

Meilleur réalisateur:

Choix de la rédaction : Noémie Lvovsky pour "Camille redouble"

Compréhensible :
Michael Haneke pour "Amour"

Non :
Benoît Jacquot pour "Les Adieux à la reine" (vraiment pas!)
François Ozon pour "Dans la maison" (c'est sympa mais bon voilà quoi)
Jacques Audiard pour "De rouille et d'os" (je ne te pardonnerai jamais tes fondus au noir dégueulasses.)

Pas vus et c'est la honte :
Leos Carax pour "Holy motors"
Stéphane Brizé pour "Quelques heures de printemps"

Meilleure actrice:

Choix de la rédaction :
Noémie Lvovsky dans "Camille redouble" (qui a dit monomaniaque?! c'est vrai mais c'est pas très sympa.)
Mais bon je veux bien aussi :
Emmanuelle Riva dans "Amour"
Et à la limite :
Corinne Masiero dans "Louise Wimmer"

Et surtout pas :
Marion Cotillard dans "De rouille et d'os" (faut pas déconner)
Léa Seydoux dans "Les adieux à la reine" (achète-toi une expression faciale autre que "passablement ennuyée" et on en reparle, chérie)

Autres :
Catherine Frot dans "Les saveurs du palais"
Hélène Vincent dans "Quelques heures de printemps"

Meilleur acteur:

Choix de la rédaction : Jean-Louis Trintignant dans "Amour"

Bien essayé mais non, vraiment pas :
Jean-Pierre Bacri dans "Cherchez Hortense"
Fabrice Luchini dans "Dans la maison"

Lol :
Patrick Bruel dans "Le prénom"

Autres :
Denis Lavant dans "Holy motors"
Vincent Lindon dans "Quelques heures de printemps"
Jérémie Renier dans "Cloclo"

Meilleure actrice dans un second rôle:

Choix de la rédaction : Isabelle Huppert dans "Amour"

Mais je suis loin d'être contre, en raison de ma monomanie :
Judith Chemla dans "Camille redouble"
Yolande Moreau dans "Camille redouble" (surtout)

Autres :
Valérie Benguigui dans "Le prénom"
Edith Scob dans "Holy motors"

Meilleur acteur dans un second rôle:

Choix de la rédaction : Je sèche un peu, mais on va dire Claude Rich dans "Cherchez Hortense"

Mais bon comme toujours Noémie mériterait :
Samir Guesmi dans "Camille redouble"
Michel Vuillermoz dans "Camille redouble"

Autres :
Benoît Magimel dans "Cloclo"
Guillaume de Tonquedec dans "Le prénom"

Meilleur espoir féminin:

Choix de la rédaction : Julia Faure dans "Camille redouble"

Autres :
Alice de Lencquesaing dans "Au galop" (mais toi par principe je t'aime pas.)
Lola Dewaere dans "Mince alors!"
India Hair dans "Camille redouble" (coeur)
Izia Higelin dans "Mauvaise fille"

Meilleur espoir masculin:

Choix de la rédaction : Matthias Schoenaerts dans "De rouille et d'os" (parce que je suis sympa, mais en vrai je trouve qu'il mérite davantage une nomination pour "Bullhead", même si c'est pas français, bon, voilà) ou bien Félix Moati dans "Télé gaucho" (parce que t'es trop beau)

Autres :
Kacey Mottet Klein dans "L'enfant d'en haut"
Pierre Niney dans "Comme des frères"
Ernst Umhauer dans "Dans la maison" (je suis pas convaincu, il était surtout  très dirigé)

Meilleur film étranger:

AAAAH NON C'EST TROP DUUUUUUUR!!! (ah bah oui, dès qu'il n'y a pas "Camille Redouble", on fait moins le malin.)

Choix de la rédaction : on va dire "Bullhead" de Michael R. Roskam, notamment parce qu'il arrive devant dans mon top 2012 sur lequel les Césars se sont évidemment basés, mais vous pouvez complètement récompenser "Oslo, 31 août" de Joachim Trier, il le mérite grave, et puis j'ai pas encore vu (la honte) "Laurence anyways" de Xavier Dolan, mais promis je me rattrape bientôt, c'est prévu, un mercredi soir après la piscine avec ma copine Soso qui n'arrive pas à se souvenir qu'elle s'appelle Laurence et pas Maxence.

Ceux que j'ai pas vus et c'est trop la honte, je suis en train de me décrédibiliser totalement, je vais perdre mes visiteurs, NON AIMEZ MOI J'AI BESOIN DE VOUS :
"Argo" de Ben Affleck
"La part des anges" de Ken Loach
"A perdre la raison" de Joachim Lafosse

Bon, voilà, ça n'en vaut pas trop le coup, hein (celui-là je l'ai vu! je vous promets! revenez!) :
"Royal Affair" de Nikolaj Arcel

Voili voilou. Ok ok je récompense pratiquement que "Camille Redouble", mais d'une part, c'est trop bien, d'autre part, c'est tellement trop bien que les Césars EUX-MÊMES l'ont nommé treize fois. ALLOOOO. Dans de telles conditions, vous comprenez  bien. Bon, on mettra probablement ça à jour demain avec les résultats, parce que ce sera quand même bien plus intéressant que de réviser. Et puis on recommencera dimanche avec les Oscars, parce que ce sera quand même bien plus intéressant que de réviser.

Merci, bisous.

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 2.



Kate Nash - "Made Of Bricks"

On a tous entendu "Foundations", il y a déjà plusieurs années, c'était frais et sympathique, mais il y avait de bonnes chances que le reste de l'album soit parfaitement oubliable. Après enquête, il n'en est rien. Kate Nash, pour son premier album (alors que le troisième sort bientôt) faisait preuve de cette même irrévérence. Elle teinte ses textes d'une légère absurdité, et de la franchise qui la caractérise, donnant lieu à des morceaux acidulés comme "Skeleton Song", ou "Mariella", probablement les deux perles de l'album. Et puis tout à coup, elle nous mène par le bout du nez, utilisant les images fortes dont elle est experte, avec "Nicest Thing", dont la simplicité quotidienne émeut. Si encore quelques chansons marquent moins, Kate Nash a en fait signé avec son premier opus un vrai témoignage d'une vie instable, aléatoire, amusée et sensible, le récit véritable et enthousiaste d'une londonienne de vingt ans.






Gossip - "A Joyful Noise"

Le titre est prometteur, et assez représentatif de Gossip. Après le grand succès de "Music for Men", le nouvel album du groupe de Beth Ditto était pour le moins attendu. Il s'inscrit dans la même lancée que son prédécesseur, perdant peut-être un peu de l'originalité Gossip pour se fondre davantage dans la musique actuelle que le groupe a paradoxalement lui-même forgée, mais reste parfaitement appréciable. Des tubes en puissance comme l'entraînant "Get a Job" parsèment le disque, et chaque morceau marque inconsciemment, par les rythmes intelligents, l'instrumentation précise et adaptée, la voix toujours forte et maîtrisée de la chanteuse. On ne se situe plus vraiment dans la danse éperdue de "Music for Men", plutôt dans un lâcher-prise en douceur, les beats bercent autant qu'ils excitent, les chansons ("Into the Wild", "Melody Emergency", "Get Lost"...) invitent à se balancer, à, comme Ditto le conseillait sur le précédent album, "dance like nobody's looking". Meilleur conseil au monde.





The xx - "xx"

On en a tous entendu parler, alors autant y prêter une oreille plus attentive. C'est, bien entendu, planant, doux, souvent assez entêtant. Cet album est comme un murmure quelque part dans l'espace. Certains morceaux atteignent un très bon niveau, comme "Intro" et "VCR". Toutefois, l'ensemble s'essouffle très rapidement : on a très vite compris ce que le groupe avait à dire, et qu'il exprime de façon similaire et répétitive sur toutes les pistes, qui finissent par se confondre. Cela vient grêler le plaisir que l'on avait à écouter les voix timides, les percussions discrètes, la guitare sensible, et qui finissent par paraître tellement artificielles, que l'on préfère écouter l'album en fond, car à force de ne pas vouloir s'affirmer, malgré ses qualités musicales indéniables, il ennuierait presque.



jeudi 21 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 1.

Oui, bon. 

Je n'ai pas posté depuis trois semaines, et pour cause : l'affiche de ce début 2013 est incroyablement décevante. Très peu de films semblent intéressants. Je suis à deux doigts de me faire des blockbusters - et c'est d'ailleurs ce que le plus grand des deux cinémas d'art et d'essai du centre de Lille est obligé de diffuser, tant l'actualité cinématographique est maigre. Et les quelques films que je voudrais voir, il faut pour cela attendre la fin de mes satanés examens. Enfin bon, tout ça pour dire que je suis encore là, je sais que je vous manque, mais il va falloir être patient.

Ou pas tant que ça, puisque je viens de passer un temps bien trop important au vu de mon programme de révisions du jour pas encore commencé, à chroniquer un nombre d'albums bien trop important au vu de mon programme de révisions du jour pas encore commencé. Ben oui, avec aussi peu de choix et aussi peu de temps pour les films, autant se tourner vers la musique, vous êtes d'accord ? Mais si, vous êtes d'accord. Ça tombe bien, je vais vous parler ces prochains jours de tout ce que j'ai écouté depuis la dernière fois.


Clarika - "La tournure des choses"

Quelle sera la tournure des choses ? C'est la question qu'on pouvait se poser. L'évolution de Clarika est simple, elle trouve progressivement sa façon de dire les choses, jusqu'à "Joker", pic de grâce et de célébrité. Et dans la foulée, sortira "Moi en mieux" : l'album qui résume tous les autres, l'album de la stagnation, qui n'apporte rien de nouveau, hormis une première déception. Alors pour "La tournure des choses", j'étais un peu sceptique. Et pourtant... Certains thèmes sont crispants de bobo-tude : la volonté de retour à des valeurs plus simples ("Je veux des lettres", "C'était mieux avant"...), l'intérêt mal venu pour ces pauvres personnes du Tiers-Monde ("Sumangali"), autant de sujets qui feront dire aux journaux que Clarika est une femme de son époque. Mais en réalité, on la préfère dans sa sincérité, avec le délicat "Mais non mon chat", l'attendu mais efficace "Même si". On la préfère quand elle lâche prise, quand elle ne s'efforce pas à raconter quelque chose, comme dans l'exutoire "Oualou" et l'absurde "Je suis bad". On la préfère surtout dans sa capacité à la subtilité, avec l'excellente conclusion "Tout est sous contrôle". La voix est bien sûr toujours au rendez-vous, la musique s'éloigne un peu plus de ses tendances clocloïsantes. L'évolution est lente, mais elle est là, l'espoir est de retour, les choses tourneront sûrement bien.






Lilly Wood & the Prick - "The Fight"

Le deuxième album tant attendu constitue comme toujours une étape dangereuse. Et le duo relève le défi avec brio, avec un album direct et entêtant, sombre et exaltant. Un second opus encore plus mûr, encore plus juteux que le premier. Les textes sont d'une clarté évidente, emplis d'une désillusion nonchalante complètement délicieuse, alliés à une musique sombre, riche et établie. Cela commence avec "Long Way Back", hymne à la résilience, "Mistakes", vengeur et franc, et cela se sublime avec l'exceptionnel "Joni Mitchell", chronique d'une génération perdue. La beauté de Lilly Wood & the Prick se situe là, dans cette capacité à rapporter des doutes actuels et intimes, mais sans jamais verser dans le sentimentalisme, préférant un penchant combattif... "the fight". Ainsi quand on écoute les incroyables balades folk-pop "No Mark", "Briquet" ou "Into Trouble", on ne sait pas si on doit être ému par la dureté des sentiments, ou entraîné par les rythmes généreux, sans doute les deux, mais très vite on comprend qu'en fait, on s'en fiche, on suit le mouvement, on continue, on combat.







Soko - "I Thougt I Was An Alien"

Ah, je l'aurai attendu, cet album, pendant mon adolescence, alors que Soko se rendait célèbre par "I'll kill her". Sans doute trop longtemps : il se fait trop attendre et sort plusieurs années plus tard, un peu après la fête. Soko choisit un son acoustique, parfaitement dépouillé et un peu sale, mettant en avant une voix éraillée, spontanée, loin des bidouillages habituels, qui scande des textes immédiats, qui gueule et regrette, qui pleure et exige. L'ensemble est aussi uni par le son, qu'inégal sur la portée, et le résultat esthétique n'est pas toujours au rendez-vous, mais ce n'est pas le but : Soko semble assumer parfaitement ce qu'elle fait. Elle n'est pas là pour faire plaisir, elle est là parce qu'elle a envie de partager ses pensées : "We Might Be Dead By Tomorrow", "I've Been Alone Too Long". Ses balades résolument folk convainquent ou non, mais Soko, égale à elle-même, continue. Elle touche parfois la corde sensible, avec "No More Home, No More Love", "Happy Hippie Birthday", "Destruction Of The Disgustingly Ugly Hate"... parfois, les morceaux ne font aucune impression. Mais elle s'en fout, et nous, étonnamment, un peu aussi. Alors j'écoute distraitement un album que j'aurais probablement adoré il y a sept ans (bim le coup de vieux dans ta face).