vendredi 26 octobre 2012

"Keep The Lights On", Ira Sachs

C'est l'histoire d'une rupture. Une rupture longue, douloureuse, à corps et à cris, contre vents et marées, aussi peu désirée qu'inévitable. Une rupture entre deux hommes qui s'aiment mais qui finissent par apprendre que ce n'est pas assez. Une rupture qui est la seule solution depuis longtemps mais que personne n'ose regarder vraiment en face, avant qu'il ne soit trop tard, et même alors, l'amour est étiré jusqu'à la dernière goutte, jusqu'à ce qu'il soit complètement submergé par la fatigue, l'épuisement total qui rend la séparation totale et définitive la seule solution pour survivre en tant qu'individus.


C'est une histoire vraie. Enfin, plus ou moins, une œuvre autobiographique du réalisateur. Cela ne se ressent pas vraiment, et tant mieux ; la seule erreur commise à ce niveau est de s'être aussi peu épanché sur le début de la romance, passant très vite à la longue et agonisante problématique du couple. On manque de temps pour s'attacher aux deux personnages et surtout à leur relation, car à peine est-elle montrée qu'on la voit déjà flétrir. Alors qu'une passion aussi puissante est forcément basée sur un bonheur outrageux. Mais le soin accordé à l'image est délicieux et baigne dans une ambiance rétro, les plans aux couleurs automnales s'enchaînent avec grâce et donnent au récit une beauté précieuse malgré son manque d'éclat.


C'est l'histoire d'une épopée. Deux chevaliers dans une quête folle. D'un côté, Erik, incarné par l'attachant Thure Lindhardt, est un réalisateur de documentaire coincé dans son sujet et dans une vie étriquée. De l'autre, Paul, le changeant Zachary Booth, avocat dans le placard, addict et déchiré. Les personnages s'élèvent, se combattent et s'attirent irrémédiablement, toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus mal. Le jeu des acteurs principaux leur apporte les nuances nécessaires tout au long de la décennie de l'histoire. Le scénario s'embourbe et s'embellit de ce conflit constant, comme un merveilleux accident au ralenti ; il n'y a rien à faire, rien à dire, et pourtant on accroche, on suit, on continue, nous aussi.



C'est une histoire d'amour. Un amour passionné, qui malgré les cris et les disputes et les retours en arrière et les problèmes de chacun et l'incompréhension, restera pour toujours une des plus belles histoires d'amour de la vie de ces personnages, si ce n'est la plus belle. Et n'est-ce pas déjà complètement merveilleux ?


dimanche 30 septembre 2012

"Wrong", Quentin Dupieux

"Wrong" est ce genre de film qu'on ne peut pas résumer. Ainsi suis-je allé le voir, toujours en bonne compagnie, les yeux fermés, sous les bons conseils de Fifi Brindacier. Et je n'arriverai pas à vous raconter mieux qu'elle de quoi ce film parle : "C'est l'histoire d'un mec qui perd son chien... et après, c'est le bordel.". Ne restait donc à savoir que s'il s'agirait d'un bordel apocalyptique, épileptique ou magnifique.


Et, à vrai dire, c'est un peu de tout ça, bien évidemment. Prenons donc Dolph, interprété par Jack Plotnick, et qui semble un Américain tout à fait normal dans une maison américaine d'une rue américaine d'une ville américaine. Vous l'aurez compris, le film se fait quelque peu américanophile, mais en tire une esthétique qui n'est pas pour déplaire. Dolph perd son très cher chien - jusque là, je me répète et vous suivez. Ensuite, attention, ça se complique : cette disparition canine serait une grande conspiration qui aurait mal tourné ; le jardinier, l'inattendu Eric Judor (d'Eric & Ramzy), travaillera jusqu'à sa mort, ou peut-être pas, ou peut-être que si ; la livreuse de pizza tombe un peu trop amoureuse de Dolph quand il passe commande ; et les collègues de Dolph ont du mal à comprendre pourquoi il revient dans le bureau pluvieux trois mois après son licenciement. Pour résumer, parce que l'on est téméraire chez Assurément, c'est un florilège d'humour absurde que Dupieux nous présente pour ce long-métrage sans queue ni tête. Pari difficile...


Et pourtant plutôt tenu. Les dialogues sont ciselés à la perfection, rendant délicieuse chaque interaction entre les personnages farfelus : les mots qu'il prononce semblent aussi hallucinants qu'hallucinés, d'une drôlerie  bizarre, d'une bizarrerie drôle. Les petites pépites d'idées surréalistes sont innombrables et émaillent cette histoire résolument "WTF" (comme disent les jeunes). On suit donc en souriant ces événements aléatoires qui s'enchaînent, régis par le hasard et le manque d'explication, dans un environnement lumineux, clairs et précis. L'absurde à la Ionesco s'immisce aussi bien sûr dans les accessoires, les décors, ce qui n'empêche pas les plans d'être d'un esthétisme soigné où, pour l'heure, rien n'est laissé au hasard. C'est d'ailleurs ce décalage étonnant qui fait toute la saveur du film : une réalisation léchée, emplie de plans réfléchis, maîtrisés et savamment dessinés, contraste avec un scénario volontairement chaotique.


Ah, ce qu'on aurait aimé que derrière ce scénario se cache un travail de recherche aussi poussé que pour la forme ! Car si "Wrong" ne s'était pas reposé (caché ?) derrière un absurde assumé, si Dupieux ne répétait pas à qui veut l'entendre qu'il aime que l'art surgisse de nulle part, au milieu du hasard, si on touchait là à un absurde à la Lewis Carroll, mystérieux, épais mais porteur de sens, alors ce film serait un chef d’œuvre. Au lieu de cela, on finit par s'ennuyer un peu face à tous ces moments, certes drôles et inattendus, mais qui prennent surtout un tournant de facilité ; à force de mettre un point d'honneur à ne rien vouloir dire, on finit par n'avoir pas grand-chose à dire. Ne reste que le mérite d'avoir créé quelque chose, quelque chose qui ne ressemble à rien d'autre.


vendredi 28 septembre 2012

"Robot & Frank", Jake Schreier

J'ai souvent dit apprécier les films qui se passaient dans un autre temps mais ne racontaient pas l'Histoire, préférant s'attarder sur ce qu'on n'apprend pas dans les livres : la vie des gens autour de ces grands événements politiques et économiques. Pour "Robot & Frank", c'est un peu le même principe, à l'exception du fait que cela se déroule dans le futur : "dans un avenir proche", les robots sont suffisamment perfectionnés pour servir d'auxiliaire de vie. Et Frank, ancien cambrioleur maintenant acariâtre et râleur, voit son fils lui en offrir un, pour palier aux pertes de mémoire récurrentes dont il souffre. S'il est plus que réticent au début face à ce compagnon non désiré, il apprend vite que l'androïde peut être très utile... suffisamment pour le convaincre de reprendre ses activités passées.


Et c'est en fait là la mauvaise idée du film : très vite, on s'enlise dans des histoires peu passionnantes de cambriolage, sans intérêt, sans suspense et sans souffle. Le moyen pour y arriver est bancal et illogique, et le film prend le parti de refuser de commenter réellement l'aspect moral du projet de Frank, dessinant mal le personnage, et laissant le récit dans une sorte d'entre-deux inconfortable. Si cela permet de réaliser quelques scènes haletantes, et même si le long-métrage en reste plus ou moins divertissant, on sent surtout le potentiel gâché, d'abord de cette affaire de vol qui fascinera bien peu et dont le but narratif semble bien simpliste, mais aussi du concept même du robot auxiliaire de vie. Il y avait pourtant de quoi développer : et si le personnage de la jolie mais un peu transparente Liv Tyler se rebelle d'abord quant à l'utilisation de machines pour des tâches humaines, cette problématique sera vite éludée et la belle changera d'avis sans plus d'explication.


Par ailleurs, on finit par se dire qu'on aurait même préféré une histoire, simple mais jolie, d'un vieil homme grincheux qui est tellement seul qu'il s'attache à une machine. A la place, la relation n'est pas claire : Frank semble davantage abuser du robot que l'aimer, et s'ils développent une complicité certaine, on peine à croire à son entêtement à ne pas l'abandonner. Ajoutons à cela que le 'personnage' du robot n'est pas bien cerné par ailleurs : durant presque tout le film, il semblerait que le scénariste n'a jamais su décider entre lui donner une personnalité humaine, une absence de personnalité due à son état de machine, ou quelque chose entre les deux, une intelligence artificielle s'approchant de l'émotion. Les questions étaient là, mais le film n'ose pas les poser pour préférer faire l'autruche dans une histoire superflue et souvent ennuyeuse ; les occasions étaient en or, mais ne seront quasiment pas saisies.


Mais contre toute attente, le film sera rattrapé de justesse par sa conclusion. Elle commence par une révélation totalement inattendue mais en fait assez subtilement amenée, redressant d'un coup la qualité du récit, et portée par la très bonne Susan Sarandon. Et elle se termine par quelques scènes intimes, pudiques, poétiques, réalisées avec douceur et sensibilité. Le film touche alors, enfin, quand il pense enfin à se focaliser sur ce qui compte ; dommage qu'il n'y parvienne qu'aux dernières minutes.


jeudi 27 septembre 2012

"Camille Redouble", Noémie Lvovsky

J'aime bien Noémie Lvovsky. J'aime sa façon de jouer de façon crédible des rôles durs, accessibles ou dévorants, tout en conservant cet air d'humilité indélébile; de déverser ses répliques avec une justesse toujours au rendez-vous et une jolie tristesse. (Souvenez-vous, on avait déjà eu le plaisir de l'apercevoir ici, ici, ici et ici.) Quant aux films dont elle est la réalisatrice, "Camille Redouble" est le premier que j'aie vu (encore une fois en très bonne compagnie). Et, pourrait-on dire, heureusement que j'aime cette artiste, car il est non seulement réalisé, mais aussi écrit et joué par elle. Une telle centralisation des tâches pourrait faire peur, on craindrait un récit trop personnel qui se mélange les pinceaux dans sa propre intimité, comme Valérie Donzelli dans "La guerre est déclarée" ; il n'en est rien. Au contraire, l’œuvre en est d'autant plus  maîtrisée.


Le synopsis en lui-même n'était pourtant pas si alléchant : une femme, actrice de série B, alcoolique notoire, se fait quitter par son mari. Et alors que sa vie est au plus bas, elle se réveille soudain dans la peau de ses quinze ans. A l'époque où entre les soirées entre copines, la rébellion contre les professeurs débonnaires, la rencontre avec son futur ex et la mort prochaine de sa mère, tout était à la fois plus beau et plus terrible. Ce concept, en soi peu original, parle bien entendu à tous, tout le monde s'étant déjà demandé ce qu'il referait s'il en avait l'occasion. Mais ici, ces questions assaillent Camille avec d'autant plus de cruauté : elle qui souffre tant de la rupture avec l'homme de sa vie, qui désormais la déteste, devrait-elle éviter cette relation maintenant qu'elle en connaît la fin tragique, quitte à passer à côté de tout le bonheur adolescent et surtout de la naissance de sa fille ? Est-ce là une seconde chance ou une malédiction la condamnant à surtout ne rien changer ? Noémie Lvovsky souligne avec soin ces considérations temporelles passionnant, en tirant leur essence philosophique sans jamais étouffer.


Mais ce qui frappe plutôt dans le film, c'est que l'on ne se focalise pas sur le récit en lui-même. Son idée de base est certes presque banale, et jamais cela ne sera renié. En réalité, il ne sert que de prétexte à la recherche des sentiments. Ainsi notera-t-on de nombreuses ellipses sur des moments pourtant clés dans le développement de l'histoire en elle-même : on ne verra pas Camille convaincre définitivement son premier allié, on ne s'appesantira pas sur le pourquoi du comment de ce retour dans le temps ou de son inversion finale. Ce qui intéresse, ce que l'on regarde, c'est tous les moments de vie que cela occasionne. Tous ces passages qui sont à peine effleurés dans les autres films, Noémie Lvovsky les porte sur un piédestal pour en exposer la poésie. Et on est bercé par ces moments de grâce, entre la redécouverte des émois adolescents et les inexorables adieux à la mère, l'excellente Yolande Moreau, à qui on confie enfin un rôle différent et intéressant. Ce sont tous ces instants, d'une douceur incroyable, et choisis au détriment d'un récit sinon simple, qui rendent le film magnifique.


Ils contribuent par ailleurs au rythme du film, où l'ennui n'a guère le temps de s'installer. Le scénario vogue avec tranquillité entre l'humour, l'émotion, l'introspection et l'avancée narrative. Tous ces aspects sont desservis par une galerie de personnages si finement ciselés qu'on aimerait parfois les voir plus, notamment ceux de Judith Chemla, Julia Faure et India Hair, toutes délicieuses dans leurs rôles d'adolescentes à fleur de peau, à l'image des dialogues, précis et urgents, qui aident à passer de la folie à l'émoi. Et à l'heure délicate de la conclusion, le récit saura se terminer en beauté, sans céder à aucune facilité, pour signer une dernière fois l'indicible sensibilité de cet excellent film de, par et avec Noémie Lvovsky, solaire.


mardi 18 septembre 2012

"Mobile Home", François Pirot

Ou l'échappée bromantique. Deux amis de toujours, désormais presque trentenaires, décident de quitter leur vie ardennaise monocorde pour réaliser leur rêve adolescent et partir à l'aventure sur les routes, là où bon les mènera; mais un imprévu les immobilise après seulement quelques kilomètres de voyage. Ils se retrouvent coincés là, à attendre d'amasser assez d'argent pour les réparations, juste à côté de la maison et pourtant déjà en voyage.



C'est sur ce mouvement, ou cette absence de mouvement, que tout le dynamisme du film, de ses personnages et de son scénario se construit. Les questions qu'il pose sont intéressantes et traitées avec goût : quand est-on parti ? Qu'est-ce qu'être parti ? Est-on parti quand on le décide ou doit-on être loin ? Les parents de Julien et Simon, interprétés notamment par les plus vrais que nature Claudine Pelletier et Jean-Luc Bonnaire, ont peine à prendre ce voyage au sérieux quand la première escale de leurs enfants, à durée indéterminée qui plus est, se fait tout près du domicile parental à peine quitté. De leur côté, pour Julien et Simon, il n'y a pas de doute à avoir : ils sont déjà sur la route... juste retardés. Et c'est ainsi que l'aspect quasi-universel que comporte leur projet, qui a effleuré l'esprit de la plupart des spectateurs, n'en devient pas agaçant comme dans son aîné "Into the Wild", dont presque chaque membre du public se pâmait d'avoir lui-même failli entreprendre un tel voyage : dans "Mobile Home", c'est la vie qui rattrape les deux amis avant qu'ils n'aient pu l'effectuer réellement, eux aussi. Et pendant tout le film, on attendra avec eux que le trajet reprenne, que le rêve se réalise.


Mais évidemment, le voyage ne sera  pas géographique mais avant tout mental et sentimental. Les obligations de cette pause involontaire résonneront avec les conflits que les protagonistes tentaient de fuir, ses occasions rendront plus clairs les objectifs qu'ils prévoyaient de se laisser se définir eux-mêmes. Alors, le film semble dire : le voyage est avant tout dans l'état d'esprit. Si cette sorte de morale n'est pas surprenante, ni révolutionnaire, elle est illustrée ici avec une sincérité et une authenticité bouleversantes. On ne peut pas en dire autant de la conclusion du film, aussi prévisible que décevante. Celle-ci, par son hésitation balbutiante, semble presque résumer le road-trip en une rien de plus qu'une fugue adulescente, en faisant presque une preuve d'immaturité là où on le rêvait quête spirituelle, par opposition à un sédentarisme adulte et salvateur. Le tout tient dans la caractérisation assez fine des personnages : d'un côté, le fougueux Simon, artiste, irresponsable et agité, interprété par avec honnêteté par Arthur Dupont ; de l'autre, Julien, rêveur, plus sensible mais aussi plus serein, joué par une autre étoile montante du cinéma francophone, le touchant Guillaume Gouix. Les deux acteurs forment un duo entraînant grâce à un jeu, si ce n'est parfait, très naturel.




C'est d'ailleurs le maître-mot du long-métrage, dans tous les sens du terme. Un profond réalisme secoue le film, dans les contradictions de ses personnages, dans la praticité des situations, dans la jovialité de son humour, dans la vérité des relations. Et le tout se déroule dans l'environnement champêtre des Ardennes Belges, qui semble centrer toute le processus de réalisation de François Pirot, à la fois humble et réfléchie, faisant de son ouvrage un bel objet, sans jamais courir après un esthétisme, mais en mettant en valeur la beauté des décors pour desservir l'histoire, et la servir sur un plateau, avec toute la spontanéité simple qui représente le film. Peut-être est-ce en l'honneur de ce cadre bucolique que le récit se conclue de façon plus casanière que l'on aurait aimé.

mercredi 12 septembre 2012

"Cherchez Hortense", Pascal Bonitzer

On continue dans le petit film français. Celui-ci est nettement plus sympathique, là où son synopsis était pourtant peu attirant (heureusement donc que ma chère collaboratrice m'a convaincu de m'y emmener) : un homme est obligé par son épouse, artiste détachée, à demander à son père, Conseiller d'Etat, d'aider une inconnue depuis peu dépourvue de ses papiers. Quand il ne parvient pas à formuler cette requête, c'est tout son monde familial, professionnel et personnel qui s'écroule progressivement.


Le film se construit donc comme une course contre-la-montre vers un but indéfini : Damien tente de faire ce qu'on attend de lui et se retrouve vite piégé quand les circonstances jouent perpétuellement en sa défaveur. Il essaie, de façon itérative, de prodiguer l'aide qu'il a promis d'apporter, mais à chaque échec, il s'enlise un peu plus dans cette situation où tout le monde croit qu'il l'a déjà fait. Ces multiples tours de piste, de plus en plus angoissants pour le personnage, permettent au spectateur de s'attacher à cet homme, somme toute banal, qui regarde d'abord sa vie se détériorer. Jean-Pierre Bacri propose ici une interprétation pleine de nonchalance qui, si elle ne colle pas toujours à toutes les facettes du protagoniste, correspond très bien à l'enjeu du film et permet ainsi de contribuer à le porter. Et lorsque le récit brisera ce mouvement circulaire pour une soudaine trajectoire verticale, la reprise en mains de sa vie par cet homme sera on ne peut plus revigorante, lorsque dans ce grand mouvement vers l'avant, il arrête enfin d'être spectateur de sa vie pour en devenir acteur. Cependant, la résolution finale prendra une forme un brin décevante, avec notamment cette confrontation simpliste contre le personnage mal assumé de Claude Rich.


En attendant cela, le film saura toutefois maintenir l'intérêt avec malice, en jonglant habilement avec des instants de comédie humble et efficace, et d'autres plus mélo qui aident à construire des personnages, si ce n'est complexes, ni même parfois crédibles, au moins très attendrissants. Le scénario est surtout mieux construit que ce qu'il en a l'air : quelques petites révélations, caustiques et inattendues, pourront se pâmer du nombre d'indices qui parsemaient pourtant les scènes. De la même manière, une jolie poésie se cache  derrière l'ensemble, à travers une réalisation qui, bien que largement perfectible, apporte des moments bien pensés, et aussi portée par le personnage d'Isabelle Carré qui, si elle aussi peine à convaincre entièrement, apporte une fraîcheur plus que suffisante qui contraste avec le personnage faussement torturé et un peu cliché de l'excellente Kristin Scott Thomas. 


"Cherchez Hortense" fait donc partie de ses films sans trop de genre, sans trop de prétentions, résolument français, mais qui parviennent, malgré quelques manquements, à raconter quelque chose, tout en permettant de faire passer un bon moment, d'une part, et de faire en sorte que le spectateur s'en contente amplement, d'autre part.

mercredi 5 septembre 2012

"Superstar", Xavier Giannoli

Vous n'y croyiez plus et pourtant je suis revenu. C'est la rentrée pour tout le monde, dites donc. Enfin, si ce n'est que je suis en vacances pour un mois et que je vais pouvoir aller au cinéma et vous faire rêver comme au temps jadis. Et on commence tout de suite avec "Superstar", film franco-franchouillard de Xavier Giannoli, avec Kad Merad et Cécile de France dans l'histoire un peu absurde d'un parfait quidam qui devient célèbre du jour au lendemain sans la moindre raison apparente.



Le scénario du film tient donc sur une prémisse kafkaïenne : cet inconnu qui, du jour au lendemain, devient extrêmement célèbre, reconnu par tous et aimé du public alors qu'il n'a absolument rien fait pour. On pourrait croire que l'un des enjeux du long-métrage serait de comprendre la raison de ce succès aussi immédiat qu'immérité, et ce d'autant plus que le protagoniste répètera ad nauseam la question "Pourquoi ?", teaser épuisant qui ne trouvera en fait jamais de vraie réponse. Sans doute Giannoli se pâme-t-il de cet absurde assumé, mais cela affaiblit surtout le propos du film. Effectivement, le scénario, une fois posée son idée principale par une trame narrative un peu simpliste et peu subtile, se sert évidemment d'elle pour exprimer des critiques.


Des critiques du public qui aime sans savoir pourquoi, qui "aime et déteste" en même temps et regarde des émissions qu'il méprise, des médias qui se servent de ces engouements inopinés et éphémères, à la fois esclaves et marionnettistes des envies de ces "gens banals", qui sauront récupérer et marketiser le moindre écart des sentiers battus pour en faire un produit commercial. Si ces analyses sont bien entendu fondées (et tout le monde en était déjà convaincu, que les choses soient claires), elles s'épuisent vite, semblant à la fois hypocrites de la part d'un film grand public, et, finalement, plutôt vides, comme celles d'un râleur reclus qui ne fait rien pour changer les choses. Au total, elles paraissent surtout bien pâles à côté des brillantes démonstrations de l'excellente "Black Mirror", série de téléfilms britannique qui savait pour le même propos allier subtilité, violence et profondeur.



Au-delà de cela, l'histoire reste cela dit agréable à suivre, surtout grâce aux interactions des personnages qui se révèlent plutôt intéressantes : Cécile de France plaît, malgré une caractérisation souvent erratique et des costumes improbables et injustifiés, en journaliste a priori humaniste, tandis que Louis-Do de Lencquesaing repose une fois de plus sur la facilité en trouvant là encore un rôle sur mesure de fier salaud. Cédric Ben Abdallah, malgré un jeu souvent encore léger, correspond bien à ce rôle de journaliste télé. Enfin, Kad Merad, qui revient à un rôle sérieux, confirme qu'il devrait se contenter de comédies familiales sans prétention, car s'il a la tête de l'emploi, il n'en a guère les capacités. Finalement, on retiendra surtout Alberto Sorbelli, dont le personnage est sans doute le plus intéressant du lot, à la fois acteur du système voyeuriste et cruellement lucide quant à sa propre horreur.


Là où il aurait pu virer vers le thriller ou la polémique, la lente et attendue transformation du long-métrage en mélo un peu long et pleurnichard n'est pas sauvée par la morne et mauvaise mise en scène ni par les aspects techniques du film, affolants d'amateurisme par moments (et ce n'est pas ma fière accompagnatrice qui dira le contraire quant à l'ingé son). Ainsi, si le film part d'une idée directrice intéressante, il se contente d'un déroulement sans surprise, souffre d'une réalisation insignifiante, et crachouille quelques critiques peu constructives, laissant avant toute chose une puissante impression de gâchis.

samedi 21 juillet 2012

vendredi 15 juin 2012

"Barbara", Christian Petzold

Barbara est médecin, coincée en RDA en 1980. Elle doit s'adapter à l'hôpital de province où elle a été affectée, dans une campagne où elle est observée jour et nuit, et où un de ses collègues lui montre un intérêt qui la déstabilise. Mais pendant ce temps, elle prépare son évasion avec l'aide de son amant qui réside à l'Ouest...



C'est la plongée dans l'Allemagne de l'Est d'il y a trente ans qui captive d'abord : les décors sont soignés, notamment celui de l'hôpital, minutieusement éclairé et accessoirisé. Avec cohérence, cette reconstitution passe aussi par le choix consciencieux des costumes, des coiffures et des intérieurs. L'ambiance ainsi recréée est surtout sublimée par une réalisation intelligente, qui offre des plans dont la composition est d'une beauté marquante, avec un travail remarquable sur la lumière et surtout sur les couleurs, représentant notamment une nature luxuriante tout autour de la ville. C'est bien là la force de "Barbara" : une forme plastique réussie, pour recapturer une époque passée qui est habituellement caricaturée. Ici, on préfère s'attarder sur les conséquences quotidiennes des mesures politiques : la surveillance constante, la limitation des moyens et des libertés, l'humiliation mentale et physique au quotidien, la méfiance généralisée qui en découle. Un constat simple et efficace, comme une jolie piqûre de rappel, qui souffre cela dit parfois de son manque de subtilité.




Et on touche là au vrai problème du long-métrage : l'histoire de cette femme, personnage froid et décidé, aurait pu passionner, aidée par le jeu distancé de Nina Hoss et la façon dont elle était filmée, comme dans un écrin. Mais le récit se concentre sur des aspects beaucoup moins intéressants : souhaitant apparemment insuffler de la vie dans cette femme meurtrie, le scénario souhaite d'abord exalter la facette "médecin dévoué" de Barbara. Si les patients sont intéressants, la relation que la doctoresse noue avec eux apparaît trop facile et trop rapide, beaucoup trop niaise et infondée. Les conséquences qu'elles auront sur les choix de Barbara seront prenantes à l'heure du choix, lorsque l'étau se refermera sur elle, entre sa motivation première et son devoir professionnel et humain, mais ses décisions finales seront aussi attendues que décevantes. Au lieu d'achever de montrer la cruauté du monde dans lequel Barbara est contrainte de vivre, le film préfère faire de sa protagoniste un modèle de droiture, mais perd en intérêt.



De la même façon, le film choisit de s'articuler avant tout sur la relation entre Barbara et son collègue, André. Le côté unidimensionnel de ce personnage, conséquemment interprété de façon monotone par Ronald Zehrfeld, lèse tout suspens quant aux appartenances politiques de ce dernier. Là encore, son côté profondément juste et droit, en chevalier déchu, agace plus qu'il n'attache. Si quelques scènes seront réussies, l'enjeu amoureux est quant à lui absent : si la narration fait preuve d'une certaine retenue et d'une pudeur, elle passe étrangement à côté de la subtilité, menant à une mixture hétérogène entre la mièvrerie et le détachement. Au total, cette relation n'aura rien eu d'exceptionnel, à l'image d'un film qui partait d'une idée intéressante, que Petzold avait su mettre en place dans un environnement convaincant et sous une caméra virtuose, mais qui fait finalement l'effet d'un pétard mouillé car son déroulement se concentre sur les mauvaises choses et son dénouement n'en est que plus frustrant.


vendredi 8 juin 2012

"Moonrise Kingdom", Wes Anderson

"Moonrise Kingdom" raconte l'histoire un brin farfelue de Sam, jeune scout orphelin de douze ans, qui décide de fuguer avec son amoureuse Suzy, jeune fille renfermée et rêveuse. Il quitte son camp et part à l'aventure dans l'île où ils habitent, alarmant les insulaires...



Il y a dans les films qui mettent avant tout en scène des enfants, cette sorte d'injustice qui veut que l'on nomme surtout comme têtes d'affiche les acteurs adultes connus de tous. Ici, il est vrai que Tilda Swinton est comme un poisson dans l'eau dans son rôle de cruelle représentante des Social Services, tandis que Bruce Willis continue sur sa lancée de "je veux prouver que je suis capable de faire autre chose que des blockbusters d'action", même si tout le monde en est déjà suffisamment convaincu et que plus personne ne l'écoute. Edward Norton campe quant à lui un personnage qu'il sait rendre attendrissant, malgré les amusantes caricatures volontaires. Mais c'est avant tout les deux protagonistes principaux qu'il faut féliciter : Jared Gilman parvient à n'être que très rarement agaçant (ce qui, avouons-le, pour un enfant acteur, est un exploit suffisant) et incarne avec aisance le rôle de ce jeune garçon lunaire. Face à lui, la merveilleusement bien castée Kara Hayward révèle des yeux charbonneux, une gueule à suivre et une sensibilité écorchée, surprenante pour son âge.





Quoi qu'il en soit, la vraie friandise du film, ce qui le cale comme vraie oeuvre d'art cinématographique et le différencie de toute comédie de bas-étage, c'est bien évidemment le travail léché de Wes Anderson. Concernant la réalisation, on ne sait même plus par quoi commencer : le travail sur les couleurs automnales est divin, et les plans, surtout dans la nature, sont magnifiques. Les mouvements de caméra sont précis, recherchés et parfois jouissifs tandis qu'ils évoluent dans des décors soignés, entre le kitsch et le surréalisme. Le tout est de surcroît parsemé de petites trouvailles relevées, dans la meilleure veine indie : les événements cocasses et originaux rythment tout le film, laissant le spectateur entre l'amusement et l'admiration. Les dialogues sont évidemment ciselés avec goût, l'humour est omniprésent et la caractérisation des personnages est aussi fantasque que sensible.





La forme est donc, pour ainsi dire, irréprochable ; concernant le fond, on peut être plus nuancé. Si les personnages sont riches et les thèmes explorés profonds, on regrettera la dérive vers un schéma narratif trop traditionnel. Alors même que la fugue des deux pré-adolescents est à son meilleur, elle est interrompue, et le long-métrage a à peine dépassé sa moitié. La suite des événements prend donc un goût certes inattendu, mais moins exaltant, car la recherche effrénée des jeunes amoureux devient presque redondante. Le tout converge vers une fin se voulant un peu trop spectaculaire, là où la simplicité dont le film faisait preuve délicate à son début aurait sans doute été préférable, plutôt que de succomber, semble-t-il, à l'appel des attentes du grand public. La cohabitation de ces deux tendances dans le film grève la plus méritoire, celle qui représente le mouvement indie à son apogée, et qui fait malgré tout de "Moonrise Kingdom" une œuvre intéressante, réfléchie et indéniablement jolie.




lundi 4 juin 2012

Ce que l'on écoutait au Printemps 2012, à usage de nos descendants.

(See what I did there?)

Anaïs - "A L'Eau de Javel"

Anaïs a toujours été un cas à part. Son spectacle inédit "The Cheap Show" a connu un succès grandissant jusqu'à la consécration soudaine aux Victoires de la Musique 2006. Puis est venu le moment du "après", avec un deuxième album, cette fois studio, en demi-teinte, où Anaïs peine à trouver sa place dans des chansons plus conventionnelles. Quand on a appris qu'elle revenait avec un album de reprises des années 1930 à 1960, il y avait de quoi être inquiet. Mais après écoute, si l'on aurait préféré, pour le principe, des créations originales, il faut admettre qu'on ne voit presque pas la différence : la chanteuse a sélectionné avec soin ses morceaux pour qu'ils lui ressemblent, et leur réorchestration est extrêmement moderne et efficace. Le tout est légèrement barré et parfaitement dans la veine Anaïs. On trouvera donc des pistes très vitaminées, comme "Si j'étais une cigarette" ou "Je n'embrasse pas les garçons", ou encore "Sombreros et Mantilles". Des morceaux plus doux tels que le très bon "Et le reste" ou "En douce" soulignent le côté irrévérencieux qu'avait déjà la chanson il y a soixante ans, et qui paraît d'autant plus subversif maintenant. Si beaucoup de chansons se font plus oubliables, notamment à cause d'une adaptation manquant alors d'audace ("Mon Dieu", "Ouragan"), on sourira aux nombreux clins d'oeil humoristiques qui, s'ils grèvent un peu l'aspect musical, sont bien la signature d'une chanteuse drôle et insouciante.






Lana Del Rey - "Born To Die"


Il est difficile de parler de Lana Del Rey, tant tout le monde en a déjà discuté, tant tout a déjà pu être dit à son sujet - le pire comme le meilleur. Dans ce champ de bataille dévasté, ne reste que sa musique comme unique preuve. Celle qui s'est fait connaître par l'infiniment mélancolique "Video Games" délivre ici un album tout entier, et fait alors le choix de la diversité. Les influences sont diverses et les genres varient d'un morceau à l'autre ; seuls demeurent les rythmes hypnotiques et cette indéfinissable ambiance road trip 70s. Ainsi imagine-t-on Lana Del Rey en madonne post-adolescente dans "Off to the Races", "National Anthem" ou "This Is What Makes Us Girls", tandis que l'émotion boudeuse jaillit encore dans le très bon hymne "Born To Die" ou le puissant "Dark Paradise". Les balades, comme "Carmen" ou l'entraînante "Summertime Sadness", brouillent les limites musicales en ajoutant à la moue triste un sentiment de fuite active vers l'avant. Au total, l'album de Lana Del Rey apparaît divers et hétérogène, sans doute décousu et s'il ne sait pas construire un ensemble cohérent, il aura su dépeindre un sentiment universel de perdition passionnelle. Le tout sonne comme un cri de naissance et un chant du cygne à la fois ; il y a fort à parier que Lana Del Rey, personnage artificiel, ne saura pas refaire parler d'elle, mais elle aura su porter la voix des doutes d'une génération, et peu pourront en dire autant.





PJ Harvey - "Let England Shake"
Ma connaissance de PJ Harvey est, au mieux, lacunaire. Après avoir découvert et adoré le profondément rock "Stories From The City, Stories From The Sea", cinquième album de l'idole, je sautai directement au huitième et dernier en date, "Let England Shake". L'évolution de la musique de la chanteuse entre ces deux disques est telle qu'il y avait de quoi être d'abord décontenancé. La voix, d'abord, n'est plus aussi grave et dense, elle s'amuse, s'envole, se fait aigüe, douce, voire lyrique ("On Battleship Hill"), tandis que la musique préfère aux guitares électriques à foison des sonorités bien plus modernes et britanniques, selon le thème même de l'album. Mais une fois cette période d'adaptation passée, on se réjouit de voir que la qualité est toujours là et que, mieux, la musique est toujours animée par ce désir puissant de rébellion artistique. On appréciera les choeurs entraînants et hypnotiques de "The Words That Maketh Murder", le rythme enchaînant de début avec "Let England Shake", le trip aérien de "Written On the Forehead" ou encore la voix déchirée de "England". Le morceau le plus représentatif de cet album et de l'identité enrichie de la chanteuse est sans doute "The Last Living Rose". PJ Harvey s'est renouvelée, elle expérimente des voies entièrement nouvelles, sur le plan de la musique, de la voix comme de l'écriture. Par ce pari osé, elle ne fait finalement que confirmer son talent, tant la métamorphose est une réussite, à la fois fidèle à son identité et témoin d'une sensibilité ré-explorée. Maintenant, me reste l'envie de découvrir les autres albums qui ont vu la progression de cette transformation.






Regina Spektor - "Soviet Kitsch"

Regina Spektor sort cette semaine son sixième album studio (j'y reviendrai) ; l'occasion rêvée de parler, en tout logique, de son petit troisième, datant de 2004. Si Regina étonne toujours par sa capacité à transmettre sa joie de vivre tout en multipliant les chansons tristes, ce paradoxe est à son apogée dans ce disque. L'album débute en effet par quatre lents morceaux au piano évidemment endiablé, avec notamment le magnifique début "Ode To Divorce", dont l'expressivité des paroles, pourtant à la fois cryptiques et concrètes, est incroyable. Ensuite vient le tour de la célèbre "Us", notamment utilisée dans "(500) Days Of Summer", délicieusement dynamique et poétique et de "Sailor Song", où la frêle chanteuse se glisse dans la peau d'un docker. Après un intermède doux et fantasque, la dernière partie de l'album révèle l'énergique "Your Honor", le profond "Ghost Of Corporate Future" ("People are just people / They shouldn't make you nervous / People are just people like you"), et enfin, le bijou de l'album : "Chemo Limo", où une mère s'imagine atteinte de cancer, trop pauvre pour payer la chimiothérapie, et décide d'utiliser plutôt son argent pour une promenade en limousine avec tous ses enfants. Les textes de Regina Spektor sont mystérieux et beaux, chaque mot possède un vaste capital imaginatif, et la poésie qui en émane est évanescente. La musique quant à elle se tient toujours entre la joyeuse improvisation contrôlée et la maîtrise absolue de son instrument, tandis que sa voix se montre aussi claire que puissante. Si cet album est, de prime abord, moins accessible que ses deux successeurs, il est en fait beaucoup plus intime et peut-être encore plus réussi.


dimanche 3 juin 2012

"Once Upon A Time", Saison 1.

Pendant mon isolement socio-culturel, j'ai tout de même jeté un œil entre incontinence urinaire et ulcère gastrique à certaines séries. Notamment cette nouvelle série d'ABC, créée par Edward Kitsis et Adam Horowitz : "Once Upon A Time". Le pitch est le suivant : les habitants d'une ville de Maine sont en fait des personnages de contes de fée, emprisonnés par la Reine dans notre monde, sans souvenir de leur identité. Henry, le fils adoptif de la Reine (maire de la ville dans notre monde), ramène sa mère biologique, Emma, à Storybrooke, car elle est censée être la seule capable de briser la malédiction.


Cette virée dans le fantastique est avant tout toujours profondément divertissante, sans être stupide, et c'était tout ce qui me convenait en cette période. L'histoire est malheureusement un peu trop plagiée sur celle de l'excellente "The Tenth Kingdom", qui n'aura pas bénéficié d'un tel développement ni d'une visibilité aussi importante. Les ressemblances sont multiples, mais l'univers de Simon Moore était suffisamment passionnant pour qu'en marchant sur ses plate-bandes, "Once Upon A Time" y trouve un certain avantage.


Cela ne compense toutefois pas les divers défauts habituels d'une série de network : la réalisation est tout bonnement inexistante, et le jeu d'acteur globalement lisse et peu intéressant. Jennifer Morrison a certes ses moments, tout comme Lana Parilla, alors que Ginnifer Goodwin, si elle bénéficie progressivement d'une exposition au moins aussi importante que Morrison, peine à marquer. On préfèrera Robert Carlyle, ou certains des rôles secondaires, comme la toujours délicieuse Amy Acker. Les autres sont passablement oubliables.


Ce qui différencie la série des autres de son genre, c'est son écriture de bonne facture. Par l'alternance entre le monde réel et le monde des contes de fée se crée un véritable rythme. Il est par ailleurs agréable de voir, sur une saison de vingt-deux épisodes, que chaque moment est une pierre à un édifice bien conçu. La progression de l'histoire est savamment réfléchie, ce qui est extrêmement rare pour une série type ABC : cela rend d'autant plus plaisantes les révélations témoignant de la préparation en amont.


Il est cela dit regrettable que le tout baigne dans une ambiance irrémédiablement mièvre et niaise : là où il aurait été bien plus captivant d'explorer la nature originelle éminemment sombre des contes de fée, les scénaristes préfèrent se tourner vers les clichés de Walt Disney, et ce jusqu'au choix des costumes ! On nous rabâchera épisode après épisode l'importance fondamentale de l'amour et de la famille, plus forts que tout le mal ; l'épuisement vomitif n'est pas très loin.



Alors que l'intérêt commence donc à fléchir, et que l'on s'attendait à une conclusion molle destinée à continuer l'utilisation d'une recette routinière, le final se montre plus ambitieux que prévu, et ose exploser en une demi-heure toutes les bases de la série, pour laisser un suspense alléchant pour la suite, assurant mon retour en saison deux.