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dimanche 31 mars 2013

Ce que l'on écoutait en Mars 2013, à usage de nos descendants, partie deux sur deux.


Oui, donc, pour vous prouver que je n'écoute pas que de la musique de chanteuse à pédés, voilà la suite. Le mois de mars a été un très bon cru. Mais jugez plutôt.

FAUVE ≠

Alors, d'abord, clarifions : il y a deux artistes qui s'appellent Fauve. Un chanteur Suisse, et un groupe français. Ou plutôt un collectif : pas de leader, des membres qui gravitent, tout ça. C'est de ce deuxième cas que je vous parle. Ils sortent leur premier EP bientôt, mais en attendant, ils font déjà parler d'eux grâce à la diffusion de quatre chansons, en téléchargement libre sur leur page Facebook. La voix est rauque et sensible, nerveuse et peinée, elle s'inscrit dans une urgence qui caractérise le collectif. Car ce qui marque le plus sont les textes : ils dépeignent avec violence et réalisme les dérives de la société. Et leur prouesse est de le parvenir à le faire sans démagogie et sans militantisme creux. Ils exposent simplement les doutes d'une génération paumée, dans lesquels les auditeurs semblent se retrouver, car leurs mots expriment ces sentiments d'abandon, de dépassement, de vertige que le monde actuel nous apportent. Le tout avec, comme ils le disent avec lucidité, "un optimisme désespéré". La musique, quant à elle, est riche, profonde et variée, elle déconstruit les genres et varie les instrumentations tout en restant mélodieuse et entraînante, sous les scansions du chanteur. Aussi la curiosité quant à leur premier opus est-elle grande. En attendant, leurs quatre morceaux, que vous pouvez retrouver ici, sont une réussite.




Alt-J - An Awesome Wave

Évidemment, puisque tout le monde en parle. Et pour cause, en fait. Le groupe qui fait chavirer les cœurs des hipsters et des autres (je ne sais pas encore bien dans quelle catégorie je me situe, j'y réfléchis), par leur façon décalée de faire de la musique. Leur musique recèle une originalité formelle peu commune, que ce soit au niveau de l'album, divisé en interludes, des morceaux, à la structure souvent surprenante, ou de la musique, aussi légère que travaillée. Leurs inspirations sont diverses, du cinéma à l'actualité, mais ils parviennent à toujours y mettre une empreinte indéfinissable qui leur est propre. Ainsi entrera-t-on avec aisance et plaisir dans leur monde psychédélique en noir et blanc, avec l'hypnotique "Tessellate", l'enthousiasmante "Breezeblocks", la douce "Matilda", l'authentique "(Interlude 1)", et on lâche totalement prise sur la très riche "Intro" ou l'entraînante "Fitzpleasure". Le timbre de voix particulier berce et avive à la fois, et ce groupe ultra-trendy signe ici un premier album captivant.



Two Door Cinema Club - Beacon

L'autre groupe à la mode du moment, "Two Door Cinema Club" propose une musique d'une pure pop-rock limpide et claire. C'est en fait exactement ça : le groupe remplit parfaitement le contrat de ce genre, il lui offre un opus qui le définit presque. Les guitares rencontrent la batterie, et avec la voix masculine, entre l'aigu et le grave, naissent des chansons dansantes de qualité, telles que "Sleep Alone", "Sun" ou "Wake Up". Le groupe exprime ponctuellement des mélodies plus recherchées, avec notamment le morceau "The World Is Watching", ou "Settle", qui accomplissent l'exploit supplémentaire d'une touche personnelle qui tient un peu à distance le formatage du genre. Dans tous les cas, le groupe a compris quelque chose, et fournit un album d'un niveau de qualité supérieur, et maintenu à travers toutes les pistes. On peut enfin profiter d'une pop-rock qui se maîtrise et se transcende, et si elle reste presque sagement à l'intérieur de ces limites ("Beacon" signifie "borne" en anglais), elle en exploite le potentiel au maximum. Il n'y a qu'à se réjouir.




Lykke Li - Youth Novels

J'ai parlé la dernière fois de son second album, "Wounded Rhymes". Je me suis penché ce mois-ci sur sa première œuvre, qui elle aussi porte parfaitement son nom. C'est toujours amusant de faire le chemin dans ce sens inverse, quand on découvre un artiste : remonter son évolution jusqu'à ses prémices. On peut conclure que Lykke Li avait déjà du talent, et pour ce premier album, comme beaucoup de musiciens, elle expérimente énormément, et son disque apparaît comme un patchwork de chansons-vignettes qui chacune explore presque un genre musical différent, quasiment toujours avec brio. On appréciera donc l'électro, scandée dans "Complaint Department" ou "I'm Good, I'm Gone", l'inclusion de jazz dans "This Trumpet In My Head", l'intimiste "Melodies & Desires", la pop réjouissante de "Dance Dance Dance" et "Little Bit". Le tout est cependant régi par un entrain et un dynamisme, parfois boudeur, parfois joyeux, mais qui en veut toujours. La chanteuse suédoise s'est donc beaucoup amusée, et nous avec, avant de se recentrer sous l'égide de ses "Wounded Rhymes". Maintenant, il faudra reprendre le cours normal de son chemin avec le prochain album...





Et pour finir dans la joie et la bonne humeur ... ICONA POP ! I DON'T CAAAAARE !  I LOVE IT !!!!!!!!!!




samedi 30 mars 2013

Ce que l'on écoutait en Mars 2013, à usage de nos descendants.

(Hé, vous en faites pas, demain, je parle d'autres albums, je suis pas si monoïdéique.)

Zazie - "Cyclo"

Oui, bon. Vous vous souvenez tous douloureusement que Zazie et moi, c'est une longue histoire d'amour à travers les âges, qui est passée par cinq albums, onze concerts (oui, onze, bon, ça va, j'étais jeune), une paire de rencontres incroyables et quelques folies belges. Sauf que c'était fini ! Après "Za7ie", qui pêchait par le manque de rigueur associé à son ambition, un concert roubaisien pas terrible, et globalement un changement de goûts musicaux, je m'étais dit que voilà, bon, Zazie, c'était bien mignon, mais que maintenant, moi, je n'en aurais plus rien à foutre, de ses cheveux longs, ses néologismes, sa démagogie et ses pantalons en cuir. Et puis Zazie s'est recentrée en un huitième album. Elle en a diffusé quelques chansons, en avant-première, au goutte-à-goutte (peinant en fait à trouver un single, mais chut, faut pas le dire). Avec les premières, je tenais bon. Et puis vint la chanson éponyme de l'album, "Cyclo". Et bim, dans ta gueule. Je crois que je n'aimerais pas Zazie si je l'entendais pour la première fois aujourd'hui, maintenant que je carbure à coups de Florence + the Machine et Björk. Mais là, "Cyclo", bon, la conclusion s'est imposée : ce n'était pas fini.




On peut reprocher énormément de choses à Zazie. C'est très facile, même : la lente décrépitude de la qualité de ses textes au fil des albums, sa formidable démagogie une fois plus, et sa capacité à s'inspirer du meilleur mais à se limiter au moyen. Mais il y a quelque chose que l'on ne pourra pas lui ôter : sa faculté à la prise de risque. On l'a vu récemment donc avec son album précédent qui souhaitait réunir 49 titres répartis en 7 EP, selon un concept malhonnêtement suivi par la maison de disques qui a voulu tirer le plus de lait possible de l'affaire et s'en est mordu les doigts, malgré la qualité respectable d'un album trop foisonnant. Mais cela remonte aussi à "Rodéo", accompagné d'un DVD de clips tournés en Inde pour toutes les chansons, à "La Zizanie", octogonal et promu par des crieurs à l'ancienne dans les rues... Et pour "Cyclo", après la petite baffe que la belle s'est prise à cause de la médiocre promotion de "Za7ie", Zazie a évité le piège qui lui ouvrait grand les bras, à savoir pondre vite fait bien fait une douzaine de chansons dans la veine de ce qu'elle sait faire, sans trop se fouler, pour rapidement faire oublier l'opus précédent.

(mais ça, c'était avant.)

Mais elle a su se remettre en question, et mettre fin à ses associations musicales qui l'enfermaient constamment dans une franchouillardise pas toujours reluisante, pour se diriger enfin, enfin, enfin vers ses premières amours : la musique façon anglosaxonne. Pour ce faire, elle travaille avec Olivier Coursier, du groupe AaRON, et fait mixer son album par Tony Hoffer. Oui, bon, pas trop mal, déjà. Et avant la sortie, les critiques s'accordent à le dire : "Cyclo" sera une prise de risque sans précédent, une rupture avec l’œuvre antérieure de la chanteuse, un opus loin des affres commerciaux. D'ailleurs, Zazie, un peu décontenancée par ses propres changements, peine à sélectionner un single efficace.


Et donc l'album est dévoilé. Ce qui est sûr, c'est qu'effectivement, Zazie change de style. Elle se jette enfin à plein corps dans l'électro avec laquelle elle ne faisait que flirter timidement jusqu'ici, et Olivier Coursier met enfin une couleur plus adulte, plus complexe et plus profonde à sa musique. C'est ce que tous les journalistes répèteront à Zazie : "Dites donc, il est bien sombre, votre album", et la grande de rabâcher que ce n'est pas parce que c'est sombre que c'est triste. Enfin, Zazie s'individualise, sort un peu des sentiers battus de la variétoche et offre une musique qui semble plus en accord avec ce qu'elle a toujours voulu faire. A ce titre, l'ensemble de l'album marque d'abord par sa grande homogénéité : tout est teinté de la même mélancolie méfiante, c'est un travail extrêmement cohérent, et qui demande à l'auditeur une concentration plus importante pour cerner certains morceaux qui se mêlent. Les arrangements sont surprenants, tant ils habillent des morceaux dont on peut presque parfois sentir la version simple qu'ils ont failli être : de la musique facile, sympathique mais sans grand intérêt. On a eu chaud.


Que les choses soient claires, ce n'est pas non plus la très grande révolution. Les thèmes sont souvent presque galvaudés : "Si Tu Viens" semble la suite de "Vue du Ciel" ("Totem", 2007), "Je Ne Sais Pas" une redite de "Homme Sweet Homme" (Zen, 1995), et même "Cyclo" développe "Yin Yang" ("Totem", toujours 2007). Mais Zazie s'en défend, elle sait ce qu'elle a à dire, et je pense comme elle que tout artiste n'a en fait que très peu de choses à exprimer, qu'il répètera et nuancera toujours dans ses œuvres. Musicalement, également, on retrouve quand même une continuité avec ce qu'elle avait commencé à la fois dans "Ma Quête" ("Za7ie", 2010), ou ponctuellement auparavant ("07 Déc.", "J'Arrive"...). Si cela empêchera parfois d'accéder pleinement à quelques pistes, on a surtout l'impression paradoxale, encore une fois, que Zazie, au lieu de s'enfermer sur ce qu'elle fait, tend plutôt à réaliser ce qu'elle a toujours voulu dire, mais avec une liberté accrue, notamment dans la forme avec des morceaux qui dépassent allègrement les cinq ou minutes, loin du formatage auquel elle s'était habituée, et une lucidité supérieure dans le fond. Elle n'y est pas encore totalement ; mais elle s'en approche, et cette évolution artistique est plutôt touchante.


En ce qui concerne les chansons à proprement parler (oui parce que bon, je vais arrêter de disserter sur ma chanteuse des années 90, on est bien d'accord), les textes sont globalement décevants ("Mademoiselle"), d'autant plus si on avant la folie d'attendre encore quelque chose de Zazie à ce niveau : on peut juste saluer la légère libération dont elle fait preuve dans l'écriture et se réjouir que dans le meilleur des cas, la simplicité sera utilisée à bon escient. Par exemple, j'ai donc déjà parlé de "Cyclo", longue piste de presque six minutes, et qui touche, inexorablement, incroyablement : la sincérité du texte s'accorde avec une musique hypnotique et douce, Zazie s'approche de la sainte congruence entre le fond et la forme. A côté de ça, beaucoup de balades, que ce soit presque larmoyant façon diva française à la façon de "Je ne sais pas", ou plus introspectif et développé comme "Vienne La Nuit" ou "Temps Plus Vieux". Les morceaux plus pêchus, l’enthousiasmant "Tout" et l'exutoire "20 ans", se caractériseront donc par leur message sombre chanté avec allégresse, prometteurs de bons moments en concert. (Oui bon ok j'ai pris mes places. (Oui bon ok pour deux dates. (CA VA, HEIN.))). Et puis des chansons comme "Les Contraires", où là encore la simplicité du texte se marie étonnamment bien avec une musique qui résonne dans tous les sens du terme, ou encore "Si Tu Viens", invitation exaltante, sait, comme beaucoup de morceaux de l'album ("Où Allons-Nous", "Vienne la Nuit"), prendre son temps et monter en intensité pour une émotion décuplée.


Bon, je vais conclure là mon laïus qui n'intéresse que moi. Je vais même résumer pour l'immense majorité d'entre vous qui n'avez pas tout lu (et heureusement, j'espère que vous avez mieux à faire. Je ne vous cache pas qu'au début, je devais ne faire qu'un paragraphe. Bon.). "Cyclo" est un album intéressant, qui rompt effectivement avec ce que la chanteuse a fait jusqu'alors, au moins dans la forme. C'est plutôt chouette de la voir s'approcher enfin de ce qu'elle veut dire, avec une liberté renouvelée. Je n'aimerais pas Zazie si je la rencontrais aujourd'hui, mais avec "Cyclo", je retiendrais peut-être son nom pour voir ce qu'elle fera ensuite. La suite de sa carrière est redevenue intrigante et pleine d'espoir.

mercredi 27 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 5.


The Lightnin 3 - "Morning, Noon & Night"

J'ai déjà parlé de Brisa Roché, une de mes chanteuses préférées. Ici, elle forme un groupe, l'espace d'un album, avec Rosemary Standley, chanteuse émérite du groupe Moriarty, et Ndidi Onukwulu. Les énergies des trois chanteuses sont différentes mais se révèlent puissamment complémentaires, voire finalement presque similaires. Elles reprennent ensemble des chansons anciennes et connues, à la sauce jazz (à laquelle Brisa avait déjà goûté avec brio au début de sa carrière), et choisissent de se les répartir en ce qui concerne le lead-singing. On aurait peut-être préféré qu'elles entonnent les morceaux ensemble, mais leurs voix finissent par se ressembler étrangement tout en gardant une pointe d'identité. La réinstrumentation, quant à elle, est bien pensée et souvent insolite, remplissant parfaitement le contrat de la reprise en apportant des couleurs inédites à des chansons choisies avec soin et originalité. Cela donnera lieu à des morceaux surprenants comme leur "Cherry Bomb" revisité, ou encore "The Safety Dance", "The Light Pours Out Of Me", "I Want Your Sex"... Au total, cet album de reprises, réalisé avec audace et spontanéité, constitue une parenthèse enthousiasmante dans le parcours des trois chanteuses, et s'écoute avec plaisir, matin, midi et soir.









Vive la Fête - "Jour De Chance"

Comment définir Vive la Fête ? Oui, bon, ok, éminemment gay, pour commencer. Et puis, c'est l'électro et l'absurdité d'un groupe qui n'en a rien à foutre. Vive la Fête, ils te balancent leur musique dans la gueule, et si t'es pas content, c'est pareil, mais autant être content, parce que c'est alors quand même totalement plus extatique. Ainsi sur "Jour de Chance", ils te scandent leurs "Bêtises" sur des rythmes simples et efficaces. Alors tu te retrouves à n'en avoir rien à foutre avec eux, tu chantes que "les images sont toutes floues, les discours sont tout fous", que "je suis fâchée avec toi", que "il pleut et je pleure", et puis
ils te sortent une reprise de "Love Me, Please Love Me" décalée, inattendue et étonnamment touchante, et, une fois que tu as baissé tes barrières, la naïveté volontaire des paroles, tout à coup, te touche, et tu danses sur la forme avec encore plus d'enthousiasme, parce qu'avec Vive la Fête, la vie semble aussi belle que dans un film de Xavier Dolan, et c'est déjà parfaitement suffisant.








Lou Doillon - "Places"

La demi-sœur de LA MEILLEURE ACTRICE AU MONDE (oui je suis conscient que mon lien mène vers une critique de sa musique et pas de son jeu, mais je suis fatigué.) valait forcément que l'on se penche sur son cas (et ma propre sœur s'en est bien rendue compte en m'offrant cet album, coeur bisous). Je ne savais cependant pas trop à quoi m'en tenir : de ce que j'en avais entendu, les critiques étaient très partagées, entre "album de l'année" et "'fille de' inintéressante". Le premier aspect à juger, donc, sera la voix. Elle hante, étonnamment, par un timbre très particulier. Elle se pose avec nonchalance sur des instrumentations très rock, et aussi un peu jazz - c'est Etienne Daho qui s'en est chargé, il y avait de quoi avoir un peu peur, mais en fait, la musique est agréable, un peu trop homogène, pas toujours originale, mais faisant preuve d'un bon goût appréciable. Les morceaux lents et contemplatifs, comme "Jealousy" ou "One Day After Another", sont les plus représentatifs de ce que l'on retient de cet album, malgré les essais plus rythmés de "Make A Sound" ou "Defiant". Mais c'est en fait le single, doux rock déchirant, qui marquera le plus, la première chanson de l'album, la perle "ICU", qui fait de Lou Doillon une chanteuse à potentiel et de "Places" un album assez intéressant.



dimanche 24 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 4.


Lykke Li - "Wounded Rhymes"

Toujours dans la catégorie "après la guerre", j'ai découvert cet album comme beaucoup de monde grâce au tube "I Follow Rivers" (d'ailleurs témoin d'un grand moment de bonheur). En se penchant plus activement sur la chanteuse suédoise, on retrouve certes dans son deuxième album d'autres morceaux aux rythmes cathartiques, les excellents "Youth Knows No Pain", "Rich Kids Blues" ou "Jerome", tous teintés d'une voracité dévorante face aux incompréhensions du monde. Et ce sont ces mêmes thèmes qui s'exprimeront aussi dans des balades hypnotiques et sauvages, "Silent My Song" et "Sadness Is A Blessing" en tête, complètement hallucinants d'émotion à fleur de peau assumée et portée aux nues. Lykke Li mérite son succès non pas pour son tube répondant à la mode de la répétition des mots, mais pour cette douleur magnifique, retranscrite dans des chants toujours sur le fil, en parfait équilibre instable.







Rose - "Et puis juin"

C'est comme quand vous rencontrez quelqu'un que vous n'aimez pas. Vous n'aimez pas ses opinions, sa façon de parler, de marcher, de s'habiller. Vous n'aimez pas son rire, son sourire, ses intérêts. Et pourtant vous sentez que vous partagez quelque chose d'autre, quelque chose d'indicible. Je n'aime pas l'album de Rose. J'avais adoré "Rose", le premier album, je maintiens que son écriture était géniale; j'avais moins aimé "Les souvenirs sous ma frange", même si "Je guéris" et "Les frangines" m'émeuvent encore à ce jour. "Et puis juin"... Rose n'a pas évolué. Je n'aime plus sa musique, acoustique, répétitive, discrète. Le personnage est parfois détestable. Parfois la forme n'est pas au rendez-vous, donc, mais pourtant il y a quelque chose dans le fond, quelque chose qui me touche. C'est sa sensibilité, sa souffrance, ses doutes. Elle les exprime, parfois très mal, parfois très bien, mais même quand elle n'en dit rien, elle me touche. Alors j'ai écouté son nouvel album une fois, sans l'aimer, mais en le comprenant.






The Ting Tings - "Sounds From Nowheresville"


Le premier album des Ting Tings était une bombe. Vraiment. Il y a quelques années, j'ai été en overdose musicale et je ne supportais plus aucun des groupes que j'adorais pourtant. Et alors, pendant des semaines, je n'ai plus su écouter que la musique de The Ting Tings. "Sounds From Nowheresville" est leur second opus. On y regrettera deux choses ; d'abord, la clarté sonore du précédesseur : ici, l'électro semble peu focalisé, se perdre parfois, en faire juste un peu trop. Ensuite, ils peinent à corriger l'erreur qui était déjà celle du premier opus, à savoir ne pas parvenir à fournir un ensemble complètement intéressant : si beaucoup de morceaux marquent, d'autres y parviennent beaucoup moins. Cependant, si la qualité du précédent n'est pas égalée, on décèle avec plaisir des morceaux entraînants, comme le séduisant "Hang It Up", l'énervé "Guggenheim" ou l'affamé "Give It Back". The Ting Tings a perdu un peu de sa superbe, mais conserve cette véhémence musicale qui fonctionne encore parfaitement.


samedi 23 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 3.

Bon. Je ne ferai AUCUN commentaire quant aux Césars d'hier, vous avez entendu, aucun, BORDEL D'INCOMPETENTS QUI COMPRENNENT RIEN A LA VIE ET QUI RECOMPENSENT UNE SEULE PERSONNE QUI N'EST MEME PAS LA ET QUI SE LA PETE (JE SUIS SUR QU'IL SE LA PETE) ALORS QU'IL Y A DES GENS QUI LE MERITENT AUTANT VOIRE PLUS ET MERDE. Bon et donc puisque le cinéma c'est de la MERDE, continuons à parler musique. Bordel.




Crystal Fighters - "Star Of Love"

Le génie du groupe réside dans sa capacité à produire un album extrêmement cohérent mais composé de morceaux totalement différents. Chaque piste est un renouvellement dans la forme et dans le fond, mais Crystal Fighters semblent y exprimer une velléité commune. Que ce soit dans l'électro cathartique du (désormais mythique) "I Love London", la montée angoissante et libératrice de "Xtatic Truth", l'enthousiasme presque pop de "Plage", les beats hypnotiques in-your-face de "Solar System", les percussions entraînantes de "I Do This Every Day"... La liste continue, et à chaque fois, le groupe électro convainc par son originalité naturelle, ses sons exutoires, son lâcher-prise maîtrisé. Au total, le disque entier semble s'emparer de l'auditeur, l'habiter, le dévorer, y vivre sa propre vie. Et c'est une sensation assez exceptionnelle que cet effet fort, inexplicablement exaltant, passant par une telle diversité qui se couronne à chaque fois d'une réussite.






Emily Loizeau - "Mothers & Tygers"

Il est intéressant de constater que celles qui constituaient il y a presque dix ans ce que tout le monde appelait "La Nouvelle Scène Française", mettant dans le même sac quelques poignées d'artistes qui n'avaient sans doute pas grand-chose à voir les uns avec les autres, s'individualisent, maintenant la notoriété assurée et l'étiquette dépassée. Aussi Camille, par exemple, a su s'affranchir de tout cela pour devenir une des meilleures artistes de sa génération. Quant à Emily, son "Mothers & Tygers" suit le chemin amorcé par la difficile transition de "Pays Sauvage", qui semblait répéter ce qu'elle disait dans "L'autre bout du monde" tout en pensant à autre chose. Cet "autre chose", c'est avec ce troisième album qu'elle semble s'en approcher. La musique s'assume plus sombre, l'acoustique se fait encore plus sauvage et organique, les textes se réfugient dans un symbolisme de plus en plus secret. Des morceaux comme "Tyger", "Garden of Love", "Vole le Chagrin des Oiseaux" ou encore "Parce que mon rire a la couleur du vent" réussissent en cela, s'entourant d'un mystère séduisant. On regrettera le manque d'énergie de l'ensemble trop homogène, mais dans ce long album, on sent qu'Emily Loizeau continue à faire son chemin, discrètement, et si elle n'est pas encore parfaitement arrivée à destination, elle est en bonne voie.






Mika - "The Origin Of Love"

Oui, bon. Okay. J'ai écouté le dernier album de Mika. Vous voyez bien, le chanteur dont on a tous entendu la pop acidulée du premier album (dont presque tous les titres ont tourné en radio !) et qui était à l'époque une bouffée d'air dont on s'est vite étouffé. Par la suite, il a sorti un album copié-collé du précédent, il a ensuite révélé à un monde choqué son homosexualité (Mika si tu lis ça, ta musique a beau me gaver en deux minutes, contacte-moi, je suis là, je suis dispo, je suis gentil et je fais des gâteaux au chocolat). Pour "The Origin Of Love", il est clair que le chanteur ressentait le besoin de se renouveler : peut-être que cette envie ne venait pas de lui-même, mais elle lui était en tout cas imposée. C'était soit ça, soit disparaître. En ressort un album sans trop de direction. L'enthousiasme du chanteur est certes toujours aussi agréable, rendant des morceaux comme "Lola" ou "Origin Of Love" assez appréciables et entraînants. Pour le reste, Mika fait tout et n'importe quoi : un premier single, "Celebrate", ultra produit qui ne ressemble plus à rien, une balade électro "Make You Happy", à potentiel d'hymne mais tout de même un peu raté, une resucée de "Cendrillon" de Téléphone avec "Karen", un morceau énervé, cruel, à la fois entraînant et irritant ("Love You When I'm Drunk"), des poèmes vocalisés en français ("Comme un Soleil", "L'amour dans le mauvais temps"), et j'en passe... A force de ne pas savoir où il va, le disque est inégal et fatigant : on sent qu'il veut bien faire mais il sonne bâclé et désespéré. Alors, pour l'énergie qui résonne encore sympathiquement dans quelques chansons, on l'écoutera à toutes petites doses et on espérera pour lui qu'il saura trouver ce qu'il veut dire.
(Et qu'il restera tout nu sur ses pochettes d'album.)


vendredi 22 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 2.



Kate Nash - "Made Of Bricks"

On a tous entendu "Foundations", il y a déjà plusieurs années, c'était frais et sympathique, mais il y avait de bonnes chances que le reste de l'album soit parfaitement oubliable. Après enquête, il n'en est rien. Kate Nash, pour son premier album (alors que le troisième sort bientôt) faisait preuve de cette même irrévérence. Elle teinte ses textes d'une légère absurdité, et de la franchise qui la caractérise, donnant lieu à des morceaux acidulés comme "Skeleton Song", ou "Mariella", probablement les deux perles de l'album. Et puis tout à coup, elle nous mène par le bout du nez, utilisant les images fortes dont elle est experte, avec "Nicest Thing", dont la simplicité quotidienne émeut. Si encore quelques chansons marquent moins, Kate Nash a en fait signé avec son premier opus un vrai témoignage d'une vie instable, aléatoire, amusée et sensible, le récit véritable et enthousiaste d'une londonienne de vingt ans.






Gossip - "A Joyful Noise"

Le titre est prometteur, et assez représentatif de Gossip. Après le grand succès de "Music for Men", le nouvel album du groupe de Beth Ditto était pour le moins attendu. Il s'inscrit dans la même lancée que son prédécesseur, perdant peut-être un peu de l'originalité Gossip pour se fondre davantage dans la musique actuelle que le groupe a paradoxalement lui-même forgée, mais reste parfaitement appréciable. Des tubes en puissance comme l'entraînant "Get a Job" parsèment le disque, et chaque morceau marque inconsciemment, par les rythmes intelligents, l'instrumentation précise et adaptée, la voix toujours forte et maîtrisée de la chanteuse. On ne se situe plus vraiment dans la danse éperdue de "Music for Men", plutôt dans un lâcher-prise en douceur, les beats bercent autant qu'ils excitent, les chansons ("Into the Wild", "Melody Emergency", "Get Lost"...) invitent à se balancer, à, comme Ditto le conseillait sur le précédent album, "dance like nobody's looking". Meilleur conseil au monde.





The xx - "xx"

On en a tous entendu parler, alors autant y prêter une oreille plus attentive. C'est, bien entendu, planant, doux, souvent assez entêtant. Cet album est comme un murmure quelque part dans l'espace. Certains morceaux atteignent un très bon niveau, comme "Intro" et "VCR". Toutefois, l'ensemble s'essouffle très rapidement : on a très vite compris ce que le groupe avait à dire, et qu'il exprime de façon similaire et répétitive sur toutes les pistes, qui finissent par se confondre. Cela vient grêler le plaisir que l'on avait à écouter les voix timides, les percussions discrètes, la guitare sensible, et qui finissent par paraître tellement artificielles, que l'on préfère écouter l'album en fond, car à force de ne pas vouloir s'affirmer, malgré ses qualités musicales indéniables, il ennuierait presque.



jeudi 21 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 1.

Oui, bon. 

Je n'ai pas posté depuis trois semaines, et pour cause : l'affiche de ce début 2013 est incroyablement décevante. Très peu de films semblent intéressants. Je suis à deux doigts de me faire des blockbusters - et c'est d'ailleurs ce que le plus grand des deux cinémas d'art et d'essai du centre de Lille est obligé de diffuser, tant l'actualité cinématographique est maigre. Et les quelques films que je voudrais voir, il faut pour cela attendre la fin de mes satanés examens. Enfin bon, tout ça pour dire que je suis encore là, je sais que je vous manque, mais il va falloir être patient.

Ou pas tant que ça, puisque je viens de passer un temps bien trop important au vu de mon programme de révisions du jour pas encore commencé, à chroniquer un nombre d'albums bien trop important au vu de mon programme de révisions du jour pas encore commencé. Ben oui, avec aussi peu de choix et aussi peu de temps pour les films, autant se tourner vers la musique, vous êtes d'accord ? Mais si, vous êtes d'accord. Ça tombe bien, je vais vous parler ces prochains jours de tout ce que j'ai écouté depuis la dernière fois.


Clarika - "La tournure des choses"

Quelle sera la tournure des choses ? C'est la question qu'on pouvait se poser. L'évolution de Clarika est simple, elle trouve progressivement sa façon de dire les choses, jusqu'à "Joker", pic de grâce et de célébrité. Et dans la foulée, sortira "Moi en mieux" : l'album qui résume tous les autres, l'album de la stagnation, qui n'apporte rien de nouveau, hormis une première déception. Alors pour "La tournure des choses", j'étais un peu sceptique. Et pourtant... Certains thèmes sont crispants de bobo-tude : la volonté de retour à des valeurs plus simples ("Je veux des lettres", "C'était mieux avant"...), l'intérêt mal venu pour ces pauvres personnes du Tiers-Monde ("Sumangali"), autant de sujets qui feront dire aux journaux que Clarika est une femme de son époque. Mais en réalité, on la préfère dans sa sincérité, avec le délicat "Mais non mon chat", l'attendu mais efficace "Même si". On la préfère quand elle lâche prise, quand elle ne s'efforce pas à raconter quelque chose, comme dans l'exutoire "Oualou" et l'absurde "Je suis bad". On la préfère surtout dans sa capacité à la subtilité, avec l'excellente conclusion "Tout est sous contrôle". La voix est bien sûr toujours au rendez-vous, la musique s'éloigne un peu plus de ses tendances clocloïsantes. L'évolution est lente, mais elle est là, l'espoir est de retour, les choses tourneront sûrement bien.






Lilly Wood & the Prick - "The Fight"

Le deuxième album tant attendu constitue comme toujours une étape dangereuse. Et le duo relève le défi avec brio, avec un album direct et entêtant, sombre et exaltant. Un second opus encore plus mûr, encore plus juteux que le premier. Les textes sont d'une clarté évidente, emplis d'une désillusion nonchalante complètement délicieuse, alliés à une musique sombre, riche et établie. Cela commence avec "Long Way Back", hymne à la résilience, "Mistakes", vengeur et franc, et cela se sublime avec l'exceptionnel "Joni Mitchell", chronique d'une génération perdue. La beauté de Lilly Wood & the Prick se situe là, dans cette capacité à rapporter des doutes actuels et intimes, mais sans jamais verser dans le sentimentalisme, préférant un penchant combattif... "the fight". Ainsi quand on écoute les incroyables balades folk-pop "No Mark", "Briquet" ou "Into Trouble", on ne sait pas si on doit être ému par la dureté des sentiments, ou entraîné par les rythmes généreux, sans doute les deux, mais très vite on comprend qu'en fait, on s'en fiche, on suit le mouvement, on continue, on combat.







Soko - "I Thougt I Was An Alien"

Ah, je l'aurai attendu, cet album, pendant mon adolescence, alors que Soko se rendait célèbre par "I'll kill her". Sans doute trop longtemps : il se fait trop attendre et sort plusieurs années plus tard, un peu après la fête. Soko choisit un son acoustique, parfaitement dépouillé et un peu sale, mettant en avant une voix éraillée, spontanée, loin des bidouillages habituels, qui scande des textes immédiats, qui gueule et regrette, qui pleure et exige. L'ensemble est aussi uni par le son, qu'inégal sur la portée, et le résultat esthétique n'est pas toujours au rendez-vous, mais ce n'est pas le but : Soko semble assumer parfaitement ce qu'elle fait. Elle n'est pas là pour faire plaisir, elle est là parce qu'elle a envie de partager ses pensées : "We Might Be Dead By Tomorrow", "I've Been Alone Too Long". Ses balades résolument folk convainquent ou non, mais Soko, égale à elle-même, continue. Elle touche parfois la corde sensible, avec "No More Home, No More Love", "Happy Hippie Birthday", "Destruction Of The Disgustingly Ugly Hate"... parfois, les morceaux ne font aucune impression. Mais elle s'en fout, et nous, étonnamment, un peu aussi. Alors j'écoute distraitement un album que j'aurais probablement adoré il y a sept ans (bim le coup de vieux dans ta face).


lundi 4 juin 2012

Ce que l'on écoutait au Printemps 2012, à usage de nos descendants.

(See what I did there?)

Anaïs - "A L'Eau de Javel"

Anaïs a toujours été un cas à part. Son spectacle inédit "The Cheap Show" a connu un succès grandissant jusqu'à la consécration soudaine aux Victoires de la Musique 2006. Puis est venu le moment du "après", avec un deuxième album, cette fois studio, en demi-teinte, où Anaïs peine à trouver sa place dans des chansons plus conventionnelles. Quand on a appris qu'elle revenait avec un album de reprises des années 1930 à 1960, il y avait de quoi être inquiet. Mais après écoute, si l'on aurait préféré, pour le principe, des créations originales, il faut admettre qu'on ne voit presque pas la différence : la chanteuse a sélectionné avec soin ses morceaux pour qu'ils lui ressemblent, et leur réorchestration est extrêmement moderne et efficace. Le tout est légèrement barré et parfaitement dans la veine Anaïs. On trouvera donc des pistes très vitaminées, comme "Si j'étais une cigarette" ou "Je n'embrasse pas les garçons", ou encore "Sombreros et Mantilles". Des morceaux plus doux tels que le très bon "Et le reste" ou "En douce" soulignent le côté irrévérencieux qu'avait déjà la chanson il y a soixante ans, et qui paraît d'autant plus subversif maintenant. Si beaucoup de chansons se font plus oubliables, notamment à cause d'une adaptation manquant alors d'audace ("Mon Dieu", "Ouragan"), on sourira aux nombreux clins d'oeil humoristiques qui, s'ils grèvent un peu l'aspect musical, sont bien la signature d'une chanteuse drôle et insouciante.






Lana Del Rey - "Born To Die"


Il est difficile de parler de Lana Del Rey, tant tout le monde en a déjà discuté, tant tout a déjà pu être dit à son sujet - le pire comme le meilleur. Dans ce champ de bataille dévasté, ne reste que sa musique comme unique preuve. Celle qui s'est fait connaître par l'infiniment mélancolique "Video Games" délivre ici un album tout entier, et fait alors le choix de la diversité. Les influences sont diverses et les genres varient d'un morceau à l'autre ; seuls demeurent les rythmes hypnotiques et cette indéfinissable ambiance road trip 70s. Ainsi imagine-t-on Lana Del Rey en madonne post-adolescente dans "Off to the Races", "National Anthem" ou "This Is What Makes Us Girls", tandis que l'émotion boudeuse jaillit encore dans le très bon hymne "Born To Die" ou le puissant "Dark Paradise". Les balades, comme "Carmen" ou l'entraînante "Summertime Sadness", brouillent les limites musicales en ajoutant à la moue triste un sentiment de fuite active vers l'avant. Au total, l'album de Lana Del Rey apparaît divers et hétérogène, sans doute décousu et s'il ne sait pas construire un ensemble cohérent, il aura su dépeindre un sentiment universel de perdition passionnelle. Le tout sonne comme un cri de naissance et un chant du cygne à la fois ; il y a fort à parier que Lana Del Rey, personnage artificiel, ne saura pas refaire parler d'elle, mais elle aura su porter la voix des doutes d'une génération, et peu pourront en dire autant.





PJ Harvey - "Let England Shake"
Ma connaissance de PJ Harvey est, au mieux, lacunaire. Après avoir découvert et adoré le profondément rock "Stories From The City, Stories From The Sea", cinquième album de l'idole, je sautai directement au huitième et dernier en date, "Let England Shake". L'évolution de la musique de la chanteuse entre ces deux disques est telle qu'il y avait de quoi être d'abord décontenancé. La voix, d'abord, n'est plus aussi grave et dense, elle s'amuse, s'envole, se fait aigüe, douce, voire lyrique ("On Battleship Hill"), tandis que la musique préfère aux guitares électriques à foison des sonorités bien plus modernes et britanniques, selon le thème même de l'album. Mais une fois cette période d'adaptation passée, on se réjouit de voir que la qualité est toujours là et que, mieux, la musique est toujours animée par ce désir puissant de rébellion artistique. On appréciera les choeurs entraînants et hypnotiques de "The Words That Maketh Murder", le rythme enchaînant de début avec "Let England Shake", le trip aérien de "Written On the Forehead" ou encore la voix déchirée de "England". Le morceau le plus représentatif de cet album et de l'identité enrichie de la chanteuse est sans doute "The Last Living Rose". PJ Harvey s'est renouvelée, elle expérimente des voies entièrement nouvelles, sur le plan de la musique, de la voix comme de l'écriture. Par ce pari osé, elle ne fait finalement que confirmer son talent, tant la métamorphose est une réussite, à la fois fidèle à son identité et témoin d'une sensibilité ré-explorée. Maintenant, me reste l'envie de découvrir les autres albums qui ont vu la progression de cette transformation.






Regina Spektor - "Soviet Kitsch"

Regina Spektor sort cette semaine son sixième album studio (j'y reviendrai) ; l'occasion rêvée de parler, en tout logique, de son petit troisième, datant de 2004. Si Regina étonne toujours par sa capacité à transmettre sa joie de vivre tout en multipliant les chansons tristes, ce paradoxe est à son apogée dans ce disque. L'album débute en effet par quatre lents morceaux au piano évidemment endiablé, avec notamment le magnifique début "Ode To Divorce", dont l'expressivité des paroles, pourtant à la fois cryptiques et concrètes, est incroyable. Ensuite vient le tour de la célèbre "Us", notamment utilisée dans "(500) Days Of Summer", délicieusement dynamique et poétique et de "Sailor Song", où la frêle chanteuse se glisse dans la peau d'un docker. Après un intermède doux et fantasque, la dernière partie de l'album révèle l'énergique "Your Honor", le profond "Ghost Of Corporate Future" ("People are just people / They shouldn't make you nervous / People are just people like you"), et enfin, le bijou de l'album : "Chemo Limo", où une mère s'imagine atteinte de cancer, trop pauvre pour payer la chimiothérapie, et décide d'utiliser plutôt son argent pour une promenade en limousine avec tous ses enfants. Les textes de Regina Spektor sont mystérieux et beaux, chaque mot possède un vaste capital imaginatif, et la poésie qui en émane est évanescente. La musique quant à elle se tient toujours entre la joyeuse improvisation contrôlée et la maîtrise absolue de son instrument, tandis que sa voix se montre aussi claire que puissante. Si cet album est, de prime abord, moins accessible que ses deux successeurs, il est en fait beaucoup plus intime et peut-être encore plus réussi.


samedi 14 avril 2012

Ce que l'on écoutait en Mars 2012, à usage de nos descendants. (non je ne suis pas en retard.)

Il y a des jours où on a de la chance. Personnellement, quand je me suis retrouvé par hasard connecté sur Facebook (ce qui est un événement somme toute fort rare, vous en conviendrez au vu de l'espacement interminable entre mes interventions virtuelles sur réseau social) au moment même où était annoncée la mise en vente à la seconde des places pour Lille de cette tournée attendue, je n'ai pas hésité. Et je me suis retrouvé affublé de la place 1, rang 1. Celle-là même qui est devant le micro, au majestueux théâtre Sébastopol de Lille. Je me suis donc empressé de raconter cette histoire encore et toujours, chaque jour, à tout le monde parce que, sincèrement, c'est juste trop la classe, quoi.

Il est de ces artistes que l'on suit les yeux fermés. Ceux dont on achète (oui, oui!) les CD (oui, oui! le disque est irremplaçable) et les places de concert sans se poser de questions. J'en reparlerai sans doute la fois prochaine d'ailleurs. (Spoilers!). Et Feist en fait indéniablement partie.

J'avais déjà vu Feist en concert à l'Aéronef, il y a quelques années, pour sa tournée précédente. J'avais été marqué par la recherche artistique évidente sur scène. Puisque je n'ai pas attendu Assurément pour donner mon grain de sel, j'avais alors écrit : "On est dans le spectacle, c'est là toute la différence. Loin des grosses instrumentations tagadatsouintsouin, Feist préfère une intimité liée à une technique parfaite.". Feist refusait tout formatage de la musique, s'amusait à triturer les morceaux les plus connus, à réinstrumenter les autres, tout en soignant le visuel pour aboutir à un authentique spectacle artistique et musical, ce qui, on s'en rend alors compte, est tout compte fait beaucoup plus rare que ce que l'on peut croire.

Ainsi, Feist, Sébastopol, première place, et pour Metals en plus = quadruple Banana Split toi-même tu sais.

La première partie était constituée de M. Ward, seul sur scène. Virtuose de la guitare, il commence son set par un morceau uniquement instrumental. Il charme ainsi le public par ses mélodies douces et sombres, parfaitement maîtrisées et exécutées. Ce n'est qu'à la deuxième chanson que sa voix surgit : elle est grave, rocailleuse, profonde. Ses chansons ressemblent à un road trip, où on chanterait du blues à la guitare, lors des voyages de nuit. Sur scène, il pose l'ambiance et prépare le public, avec son naturel déconcertant. Le choix de M. Ward par Feist semblera évident, tant il est cohérent avec le reste du concert : c'est un musicien, un vrai, qui vient faire de la musique, de la vraie.




Dans le genre invité bien choisi, il y a aussi Mountain Man. Trio de jeunes femmes qui chantent a capella, ce groupe propose des chansons sereines et bucoliques, dans la veine de Moriarty. Feist les emploie pour cette tournée en tant que choristes. Ensemble, elles scanderont les paroles et les rythmes, et entonneront même une de leurs propres chansons au milieu du concert. Leur côté décalé est à la fois attirant et quelque peu rebutant face à leurs visages souvent fermés et leur manque de communication avec le public. Mais quand la musique est douce...




Mais parlons du cœur du sujet : Feist. Toujours aussi jolie, elle est arrivée vêtue d'une robe tendance médiévale, et commence sans plus tarder avec l'approprié "Undiscovered First". Cette chanson fait partie des grandes favorites de l'album pour beaucoup de monde ; pour ma part, je n'avais jamais vraiment accroché autant que ça, jusqu'à cette version live qui sublime la chanson, la rendant plus puissante que jamais. C'est en fait tout "Metals" qui sera interprété lors de ce concert. Si on retrouvera avec joie les brillamment adaptés "A Commotion", "Comfort Me", "Graveyard" ou "The Bad in Each Other", dont la puissance sémantique et rythmique est magnifiée par la scène, celle-ci donne une nouvelle lumière à d'autres morceaux, tels que "Bittersweet Melodies" ou "The Circle Married the Line", dont la mélodie restera gravée dans toutes les têtes pour des semaines à venir. Pour l'exquis "Cicadas & Gulls", Feist et Mountain Man viennent tout au devant de la scène (à vingt centimètres de votre serviteur, donc, si vous avez bien suivi) et chantent acapella, sans micro, cette berceuse relaxante. Et très vite on comprend l'importance de chanter l'album dans son intégralité : c'est chaque morceau qui en fait la force, du single "How Come You Never Go There" aux chants moins mis en avants comme "Anti-Pioneer".


Et quand vient le moment d'interpréter de nouveaux morceaux, c'est "Metals" qui en donne la couleur et le ton. Les chansons sont totalement réorchestrées en cette direction, Feist s'en amuse et les tourne dans tous les sens : on découvrira un "My Moon, My Man" totalement électro, un "I Feel It All" plus enthousiasmant que jamais ou encore un "Mushaboom" tellement remixé que le mot principal du refrain n'apparaît plus ! La recherche musicale est ainsi encore plus présente lorsque Feist prend des libertés. Le tout se déroule devant un grand écran où sont projetés des vidéos ou des collages appropriés à chaque morceau, ou encore des images en direct des musiciens ou de la chanteuse. Le visuel est donc toujours aussi soigné, même si un peu plus de diversité aurait été appréciée à ce niveau.


Le défi était surtout de retranscrire sur scène la rythmique si particulière de l'album, à la fois brutale et hypnotique ; Feist et ses musiciens le relèvent avec brio. La scène ajoute même encore plus de violence aux beats de "Metals", alors que ceux-ci sont tapés à l'unisson par l'ensemble du groupe. Chaque musicien frappe à un moment distinct, et à eux tous, la mélodie se forme et apparaît, par cet ensemble synchrone et travaillé. La transe musicale s'en suit ! Et elle est aussi aidée par l'orchestration fidèle : le clavier, les cordes et le reste concourent vers une qualité musicale peu commune. Les chœurs apparaissent primordiaux dans cet album où ils sont omniprésents, et soutiennent autant la voix que l'instrumentation. L'équipe de Feist est très talentueuse, et la musique qu'ils produisent a cette teinte particulière, cette fois encore, de la vraie recherche artistique.



Quant à Feist elle-même, elle apparaît un peu timorée au début, et puis se lâche de plus en plus pour parler franglais entre les chansons : "Now that I've decided it's okay to talk, I'm gonna be doing it all night!". En effet : son humour n'a d'égal que sa spontanéité, et se dresse devant nous cette femme entre la chanteuse espiègle qui taquine public et musiciens, et l'artiste concentrée à la voix pure et juste, à l'image de son spectacle. Car à la fin du concert, on s'étonnera soudain de ne pas avoir entendu le morceau le plus connu de Feist, "1234", celui que tout le monde attendait sur la tournée précédente (et souvent le seul qu'ils semblaient connaître...). Feist l'a omis volontairement : sans doute ne trouvait-il pas sa place dans le cadre de "Metals", et elle n'est certainement pas du genre à faire un show où elle forcerait la présence de son tube. C'est sans doute ce qui est le plus beau dans les concerts de Feist : cette envie de faire de l'art avant de faire du spectacle, une envie qui est si bien réalisée que c'est son art qui devient spectaculaire.



Il y a des jours où on a de la chance, donc.

mercredi 29 février 2012

Ce que l'on écoutait en Février 2012, à usage de nos descendants.

Florence + the Machine - Ceremonials


Je n'aurais pas tenu longtemps, moi qui souhaitais préserver ce deuxième album pour plus tard, encore fortement épris du premier. Je préférais prévoir de le découvrir plus tard, lorsque je me serais un peu lassé de "Lungs" et de ses "B-Sides", pour un plaisir parfaitement renouvelé et un délai d'attente du troisième album moins long. J'ai ainsi un peu rechigné à l'écouter, une fois reçu. Mais la curiosité face à ce qu'avait bien pu inventer Florence Welsh pour la suite a été plus forte.


Cette suite se nomme "Ceremonials". Le ton est donné : ce sera solennel ou ce ne sera pas. Comme beaucoup d'artistes avant elle, après une première phase d'expérimentation un peu folle et immédiate au premier album, Welsh se tourne vers une musique plus léchée et réfléchie. Orchestrée. Cérémonielle. Moi qui adulais "Lungs" justement, au contraire, pour sa spontanéité crue et si sauvage, j'ai d'abord été un peu déçu. Ce qui choque tout de suite, c'est l'homogénéité de cet album. Là où "Lungs" se divisait clairement, dès la première écoute, en plusieurs catégories, de "tubes" à "pépites cachées au fin fond du disque", "Ceremonials" met de prime abord tous ses titres sur un même pied d'égalité. Si les choix de singles ne surprendront pas, presque toutes les chansons pourraient en fait y prétendre. Parce qu'elles gardent toutes ce qui caractérisait aussi FATM : cette sorte de mélange entre la balade et le tube, grâce à une maîtrise incroyable de l'instrumentation, des rythmes et surtout de la structuration des morceaux. Si les coupures intra-morceau ne sont plus aussi évidentes, elles restent présentes et permettent des envolées toujours aussi puissantes. Que l'on se rassure, donc : Florence + the Machine délivre une musique qui est toujours aussi douce, violente, originale, ancienne à la fois. Magnifique.



On retrouvera donc au milieu de couplets endiablés des refrains incroyablement entraînants par des percussions mystiques, à coups de "No Light, No Light" ou "Shake It Out". Des morceaux plus sombres auront le même effet : que ce soit l'ouverture, "Only If For A Night", ou le premier extrait, "What The Water Gave Me", on se retrouve circonspect, perdu entre la douce noirceur du thème mélodique et cette façon que la chanson a de nous amener sans prévenir vers une sorte d'orgie musicale. Les chants de Florence + the Machine, s'ils sont plus civilisés, gardent quand même une valeur primale, à travers une énergie optimiste qui est dépeinte dans des titres comme l'enthousiasmant "Heartlines" ou l'amoureux "Spectrum". Le plaisir de la musique transparaît aussi paradoxalement même dans les morceaux aux sujets plus tristes, par une sorte d'ironie dévorante, ("Breaking Down", "Leave My Body"). L'album, s'il est effectivement plus léché et plus solennel, reste prometteur de la même irrévérence sonore, de celle où on aime à se perdre sans le vouloir, de celle qui brouille les limites comme jamais entre les genres musicaux : à la manière des hypnotiques "Never Let Me Go" ou "Lover to Lover", les chansons de Florence + the Machine se trouvent toujours quelque part entre la prière, le tube, l'hymne et le thrène. Une expérience aussi unique que méritoire.


La Grande Sophie - La Place du Fantôme

La Grande Sophie (LGS pour les intimes) fait partie de ces chanteurs français sous-estimés, souvent injustement mis dans le même sac que les mauvais, alors que cette artiste possède un réel talent. Il faudrait que tout le monde puisse la voir en concert : cela suffirait à convaincre les plus réticents que La Grande Sophie mérite sa place, pas du tout fantomatique, dans les rayons "rock français" de la Fnac. Mais je vous en reparlerai très prochainement... En attendant, voilà son sixième album, dont le titre présageait qu'elle continuerait la route entreprise sur l'excellent album précédent, "Des vagues et des ruisseaux". Là, et à l'époque où tout le monde faisait le contraire, Sophie avait quelque peu délaissé les morceaux pop racontant une petite histoire de ses collègues (dont on se lassait au bout de cinq écoutes, cf. Renan Luce) pour se tourner vers un versant plus acoustique. Aujourd'hui, elle accentue l'introspection.


Tout d'abord, LGS se met un peu en danger : forte de toutes ses expériences musicales (rock, pop, kitchen miousic, acoustique, folk...), elle les potentialise et les saupoudre même d'un inattendu mais réussi électro ("Bye Bye Etc."), délivrant notamment un très entraînant premier single, "Ne M'Oublie Pas", qui la rapproche d'une Keren Ann. Par la suite, c'est tout un voyage intimiste et en noir et blanc qu'elle nous propose, confessant pour une des première fois ses peurs, notamment la sempiternelle fuite du temps, avec "Tu Fais Ton Âge", signé de son écriture si reconnaissable, à la fois naïve et lucide. D'autres balades, comme "Peut-Être Jamais" ou "Sucrer les Fraises", dont les textes poétiques, tout aussi précis que flous, se marient avec des musiques riches et intéressantes. Si Sophie ne résiste pas à délivrer quelques chansons plus rondes et acidulées, comme la chanson-liste "Quand On Parle De Toi", elle finit surtout par nous achever avec sa meilleure botte, avec deux morceaux absolument parfaits. Le premier "Ecris-Moi", est le condensé d'une déclaration d'amour, d'une promesse d'éternité, d'une confession de peur de voir l'autre partir. Le second, "Suzanne", aussi énigmatique que merveilleux, finit en beauté cet album aérien.


Ainsi, s'éloignant un peu de l'insouciance rock ou de la naïveté textuelle de sa jeunesse, La Grande Sophie se livre et se délivre. Elle offre alors un album d'une cohésion et d'une beauté rares, et prouve, si c'était encore nécessaire, qu'elle porte bien son nom.



Voilà, c'est tout pour ce mois-ci. Parfois, on préfère se consacrer pleinement aux découvertes du moment, sans se lasser des dernières trouvailles des mois précédents. J'ai passé Février à écouter encore et toujours Emilie Simon, Lilly Wood & the Prick, Feist, Brisa Roché, Björk, Camille... Et puis j'ai fait péter le porte-monnaie et je viens d'acheter plein de nouveaux disques. Les rumeurs évoquent Regina Spektor, Pink Floyd, Rodrigo y Gabriela, Kate Bush, Patti Smith, PJ Harvey, Adrienne Pauly... Alors rendez-vous dans un mois! Désolé de ne pas avoir été très présent ce mois-ci, mais je ne peux pas en dire autant de vous, qui avez quand même été au rendez-vous jour après jour !

Et merci à Brisa Roché d'avoir ajouté mon blog dans ses liens suite à mon précédent article. N'hésitez pas à retrouver son site en bas de la page, dans mes liens. Et surtout à écouter sa divine musique!

mardi 31 janvier 2012

Ce que l'on écoutait en Janvier 2012, à usage de nos descendants.

Bon.
Alors.
Euh.
Oui, bon, voilà : comme vous pouvez le voir, j'ai respecté ma tradition : je vous fais un article "music time capsule" pour ce premier mois de 2012. C'est déjà ça.

Mais il est des mois, comme ça, où on a peu de découvertes musicales. En ce début d'année, attiré par d'autres choses, j'ai écouté peu de musique. A fortiori, j'ai écouté peu de musique nouvelle. J'ai profité de l'argent de Noël pour m'offrir quelques disques, mais presque uniquement des disques que je connaissais déjà et que j'avais envie de posséder, à moitié dans une visée parfaitement consumériste, à moitié dans un objectif de soutien des artistes parce que je suis quelqu'un de bien, moi. Bon. Quoi qu'il en soit, voici ce que j'ai écouté en janvier 2012 (et dont je ne vous ai pas encore parlé ces derniers mois).

Eels - Daisies of the Galaxy

Le seul nouveau disque de la playlist "Janvier 2012" sur mon iPod. J'ai toujours aimé Eels, et depuis quelque temps, j'ai décidé d'y prêter une oreille plus attentive, album par album. "Beautiful Freak" était comme dans mes souvenirs du groupe, mais avait cette inattendue patte un peu expérimentale, très roots, avec un son particulièrement spontané. En comparaison, "Daisies of the Galaxy" est plus posé, présente un rock toujours aussi bon mais plus léché, avec moins d'aspérités. Les chansons se découvrent comme des petites pépites presque indépendantes : la joyeuse balade "I Like Birds", l'éternel hymne "A Daisy Through Concrete", ou encore la triste "It's a Mother Fucker". C'est donc dans un autre dynamisme que se place cet album : le groupe semble s'assagir un peu, mais ne perd pas dans la qualité, et garde son originalité, avec notamment l'inclusion de la piste "Estate Sale" qui vient scinder l'album, ou le dernier morceau : l'énergisant "Mr E's Beautiful Blues".




Bon, on en est là pour les découvertes du mois. Mais puisque j'ai pris le temps en ce mois de janvier de ré-apprécier d'anciens albums, je vais vous en faire part, et vous n'avez même pas votre mot à dire, parce qu'ici, c'est moi qui commande, ok ? Bon.

Radiohead - Amnesiac
Radiohead est le meilleur groupe au monde. Voilà.
"Amnesiac" suit le meilleur album du meilleur groupe au monde, "Kid A". Il en est le direct successeur, presque le petit frère, il contient d'ailleurs des pistes additionnelles de son prédécesseur. A ce titre, il n'est que peu surprenant que l'album soit tout aussi réussi. "Amnesiac", c'est l'urgence de l'intro rythmée "Packt Like Sardines in a Crushd Tin Box", qui sonne comme une alarme qui se déclenche autant qu'une mélodie dansante. C'est aussi la minimaliste "Pyramid Song", qui semble monter progressivement vers un triste orgasme, et "Pulk/Pull Revolving Doors", en constant aller-retour vers un électro presque inquiétant. "Amnesiac", c'est la mélodie de "Knives Out" et l'instrumentation de "I Might Be Wrong", les expérimentations jazz de "Life in a Glasshouse" avec le son lancinant de "Hunting Bears" : Radiohead se tient toujours en parfait équilibre entre la chute imminente et le sommet atteint, donnant naissance à une perfection musicale inégalée. La sereine urgence. Parce que "Amnesiac", c'est aussi l'hypnotique "Morning Bell/Amnesiac" dont les supplications semblent intemporelles, et surtout l'indescriptible "You And Whose Army?", au-delà des mots, meilleur titre de l'album.
Radiohead est le meilleur groupe au monde. Voilà.




Brisa Roché - Takes

Vous voyez, ce genre d'artiste assez peu connu du grand public mais que vous adorez plus que tout ? Dont  vous jurez le génie à tous vos amis à qui seule la chanson la plus connue dit vaguement quelque chose ? En ce qui me concerne, c'est Brisa Roché, bien que la belle soit de plus en plus reconnue grâce à son talent évident. "Takes" est son deuxième album. Brisa a la particularité de changer totalement de style à chaque opus : le premier, "The Chase" est très jazz, et le plus récent, "All Right Now", complètement rock'n'roll, tandis que ce second disque est plutôt folk-acoustique. Mais à chaque fois, la qualité est au rendez-vous. "Takes", c'est comme une longue traversée en voiture de la Californie déserte : on alterne entre des hymnes diurnes, parfaitement enthousiasmants et indémodables, tels que le célèbre "Whistle" ou "Breathe In, Speak Out" et le fantastique "Heavy Dreaming" ; et des balades nocturnes, mystérieuses et secrètes : "High", "Halway on", ou le psychédélique "Ali Baba"... Entre temps, le charme à la fois sensuel et quelque peu ingénu de la chanteuse fait mouche, grâce à une voix tout à fait unique et un sens de l'instrumentation merveilleux. L'album possède donc cette continuité d'ensemble, tout en contenant des pépites acoustiques comme l'incroyable "Hand on Steel" et des chansons à la fois rythmées et lancinantes à la "The Choice" ou "The Building". Brisa Roché est inclassable, et pourtant elle réussit à tous les étages : sa musique est irrévérencieuse, originale, douce, piquante et délicieuse. Les textes ont une force d'expression rarement égalée, et aident à créer cette ambiance particulière, pleine de soleil d'hiver et de clair de lune, que Brisa Roché, artiste entière, dépeint par sa musique à la fois spontanée et recherchée.




Jeanne Cherhal - Charade


Jeanne Cherhal fait partie de ces artistes français qui risquent à tout moment de devenir énervants et lassants. Les vieux de l'ancienne "nouvelle scène française" d'il y a presque dix ans (Bam, dans ta gueule, le coup de vieux.), celle qui avait charmé par le vent de nouveauté qu'elle amenait sur la musique française qui se résumait avant cela à six ou sept mastodontes et une multitude de chanteurs qui collectionnaient les reprises inintéressantes. On s'était extasié de cette réappropriation du concept "chanson petite histoire" de Brassens avec les instrumentations d'aujourd'hui... et puis on s'était est lassé. Ensuite, ne sont restés debout que ceux qui ont su exploiter leur spécificité supplémentaire (à condition d'en avoir une). En ce qui concerne Jeanne Cherhal, malgré la faiblesse de sa voix, ce sont son talent au piano, son énergie et son humour qui l'ont sauvée. Après "L'Eau", un album aquatique étonnamment riche, elle est revenue il y a quelques années avec cette "Charade". Musicalement, il est moins diversifié que son prédécesseur : ce sont surtout des cordes et toujours du piano. Quant aux thèmes, l'évolution amorcée suit son cours : on met de côté la chansonnette amusante pour arriver à de vrais morceaux beaux et graves, aux textes simples mais forts, tels que l'hymne "Plus rien ne me fera mal" ou la déclaration "J'ai pas peur". Jeanne Cherhal a trouvé là une nouvelle recette qui potentialise ses forces passées tout en allant de l'avant : elle réussit à saupoudrer de son humour candide des textes intéressants enrobés dans une musique plus sobre et posée. A ce titre, on est à la fois intéressé et amusé devant "Hommes perdus" ou "Qui me vengera". Assagie, elle s'amuse encore, mais son travail est plus sérieux, plus mature, plus intime aussi : la très jolie "charade" dispersée le long de l'album forme un très beau morceau. Si la plus belle chanson reste une reprise, la superbe "Mon corps est une cage", qui met Jeanne face aux limites de ses propres textes en comparaison, on se dit qu'elle est sûrement en train de devenir elle-même une artiste émancipée et grande.