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jeudi 21 mars 2013

"Girls", saisons 1 & 2, Lena Dunham


C'est compliqué, de parler de "Girls". Parce que bon, je vais inévitablement finir par la décrire de la seule façon possible : "Alors ouais en fait ça parle de quatre filles vingtenaires à New York qui vivent leurs vies, quoi." "Ah ouais un peu comme "Sex & the City" ?" "Ouais, c'est un peu comme "Sex & the City" en plus jeune, mais enfin non, pas vraiment, parce que c'est super réaliste, en vrai, et donc c'est complètement différent." "Ouais mais moi j'aime pas trop "Sex & the City", alors que toi ouais, tu vois, donc ça va pas me plaire." "Non mais enfin il faut le voir pour le croire, quoi". Ah, comme je déteste devoir parler de quelque chose qui est super cool mais qui ne sonne pas cool quand on en parle. C'est comme "Buffy" et "Doctor Who" : je sais que ça paraît nul quand j'en parle, mais là, il faut que tu me fasses confiance, il faut que tu goûtes, au moins.


"Girls", c'est avant toute chose Lena Dunham. Lena Dunham, c'est celle qui a créé la série, qui en écrit les scénarios et les dialogues, qui réalise les épisodes et qui interprète le rôle principal. Il n'est pas bien difficile de se douter que les récits de sa série sont largement inspirés de sa propre vie newyorkaise, et elle ne le nie jamais. Dès lors, on comprend mieux son personnage, Hannah, elle aussi auteur, et qui n'a qu'une obsession : trouver sa voix. Dunham, quant à elle, peut se rassurer : en composant "Girls" de toute pièce, avec un soin et une intelligence peu communs, elle porte fièrement, si ce n'est "la voix de sa génération", au moins "une voix d'une génération", comme elle le glisse dans son brillant pilote. Et le parallèle qui s'étend alors entre la rédaction de "Girls" par Lena et celle des essais de Hannah offre une réflexion passionnante sur l'acte d'écriture, comme art, contrainte et façon de vivre.


Parce que sa série marquera d'abord par son réalisme - tout au moins au début. Au petit écran, on n'est malheureusement pas habitué à voir des physiques grassouillets comme celui de Dunham, très souvent nue. C'est, semble-t-il, ce qui plaira aussi au public : enfin, on arrête de faire croire que les filles normales sont forcément toutes mannequins. Et la beauté des autres actrices sera assumée, elle ne sera jamais présentée comme la norme, et parfois même décriée, comme dans le dernier épisode en date où Hannah, en proie à l'angoisse, qualifie sa meilleure amie de "that anorexic Marnie". Le réalisme passe aussi par les situations, formellement anti-glamour : on se contente d'un plan cul un peu désaxé parce qu'on a la flemme de chercher mieux, on reste par confort avec son copain même s'il nous ennuie, on attrape des MST ou on est encore vierge en secret à 21 ans.


Aussi "Girls" aurait pu être exceptionnelle. Mais, comme ses personnages, elle se limitera à son seul potentiel, parce qu'elle choisira rapidement de sacrifier ce réalisme, véritable défi artistique, pour se conforter de plus en plus dans la comédie délicieusement absurde et le drama un peu basique. On sera donc partagé : d'un côté, le plaisir immédiat d'un divertissement plus intense, porté par des personnages de plus en plus caricaturaux comme celui de Shoshanna, interprétée par la très investie Zosia Mamet, et des situations ubuesques cependant compensées par le regard critique des personnages. De l'autre, le regret de voir la série se réduire à une sorte de préquelle de "Sex & the City", modèle à la fois assumé et rejeté, quand elle pourrait devenir une fine analyse sociologique. A ce titre, la distribution peinera parfois à trouver sur quel pied danser, et le jeu en pâtira alors, quoique rarement.


Cependant, même dans ses moins bons moments, "Girls" restera plus intéressante, plus poétique et plus riche que la plupart de ses consœurs. Cela passe d'abord par l'inspiration parfaitement indie de la réalisation, grâce à la grande liberté artistique accordée par l'excellente HBO. On appréciera donc l'honnêteté avec laquelle la série est filmée, mise en scène et en musique, et les rares et inhérentes erreurs de parcours seront complètement excusables : Dunham prend au moins la peine d'expérimenter artistiquement, contrairement à la plupart des séries qui se servent de la caméra uniquement pour enregistrer leurs acteurs. Et surtout, on adorera les dialogues qui, s'ils perdent eux aussi en qualité au fil du temps, sont souvent d'une qualité impressionnante. Et puis, au-delà de tout ça, "Girls" se démarque par une liberté de ton enthousiasmante, rebelle, libératrice et ineffable. Alors faites-moi confiance.



dimanche 3 juin 2012

"Once Upon A Time", Saison 1.

Pendant mon isolement socio-culturel, j'ai tout de même jeté un œil entre incontinence urinaire et ulcère gastrique à certaines séries. Notamment cette nouvelle série d'ABC, créée par Edward Kitsis et Adam Horowitz : "Once Upon A Time". Le pitch est le suivant : les habitants d'une ville de Maine sont en fait des personnages de contes de fée, emprisonnés par la Reine dans notre monde, sans souvenir de leur identité. Henry, le fils adoptif de la Reine (maire de la ville dans notre monde), ramène sa mère biologique, Emma, à Storybrooke, car elle est censée être la seule capable de briser la malédiction.


Cette virée dans le fantastique est avant tout toujours profondément divertissante, sans être stupide, et c'était tout ce qui me convenait en cette période. L'histoire est malheureusement un peu trop plagiée sur celle de l'excellente "The Tenth Kingdom", qui n'aura pas bénéficié d'un tel développement ni d'une visibilité aussi importante. Les ressemblances sont multiples, mais l'univers de Simon Moore était suffisamment passionnant pour qu'en marchant sur ses plate-bandes, "Once Upon A Time" y trouve un certain avantage.


Cela ne compense toutefois pas les divers défauts habituels d'une série de network : la réalisation est tout bonnement inexistante, et le jeu d'acteur globalement lisse et peu intéressant. Jennifer Morrison a certes ses moments, tout comme Lana Parilla, alors que Ginnifer Goodwin, si elle bénéficie progressivement d'une exposition au moins aussi importante que Morrison, peine à marquer. On préfèrera Robert Carlyle, ou certains des rôles secondaires, comme la toujours délicieuse Amy Acker. Les autres sont passablement oubliables.


Ce qui différencie la série des autres de son genre, c'est son écriture de bonne facture. Par l'alternance entre le monde réel et le monde des contes de fée se crée un véritable rythme. Il est par ailleurs agréable de voir, sur une saison de vingt-deux épisodes, que chaque moment est une pierre à un édifice bien conçu. La progression de l'histoire est savamment réfléchie, ce qui est extrêmement rare pour une série type ABC : cela rend d'autant plus plaisantes les révélations témoignant de la préparation en amont.


Il est cela dit regrettable que le tout baigne dans une ambiance irrémédiablement mièvre et niaise : là où il aurait été bien plus captivant d'explorer la nature originelle éminemment sombre des contes de fée, les scénaristes préfèrent se tourner vers les clichés de Walt Disney, et ce jusqu'au choix des costumes ! On nous rabâchera épisode après épisode l'importance fondamentale de l'amour et de la famille, plus forts que tout le mal ; l'épuisement vomitif n'est pas très loin.



Alors que l'intérêt commence donc à fléchir, et que l'on s'attendait à une conclusion molle destinée à continuer l'utilisation d'une recette routinière, le final se montre plus ambitieux que prévu, et ose exploser en une demi-heure toutes les bases de la série, pour laisser un suspense alléchant pour la suite, assurant mon retour en saison deux.

samedi 19 mai 2012

"Buffy the Vampire Slayer", Saison 2, Joss Whedon, 1997.

Oui voilà je reviens enfin... Je vais parler pas mal de séries et de quelques films en retard, avant de reprendre la route du cinéma et de vous revenir dans toute ma gloire. Ouais ouais ouais.

Commençons tout de suite avec la saison 2 de "Buffy". Cette saison, si elle n'est pas la meilleure de la série, marque un tournant historique dans son histoire, car c'est elle qui en fera pleinement une excellente série : c'est là que le potentiel florissant de la série s'exprime vraiment pour la première fois.

Mais reprenons : la saison commence avec les conséquences du final tragique de la saison précédente. Buffy revient de ses vacances d'été, rentre au lycée mais le traumatisme d'être morte sous les coups du Master quelques mois auparavant n'est pas passé. On découvre une Buffy froide, dure et mauvaise : un pari risqué pour les scénaristes qui choisissent là de rendre leur personnage principal complètement antipathique pour un retour en tant que série conventionnée avec vraie saison à 22 épisodes. Mais on apprécie en fait la volonté d'avoir voulu traiter des résultats de la saison précédente. Buffy flirte avec son côté sombre, comme cela lui arrivera encore, avant de reprendre le droit chemin.




Ce chemin, c'est d'abord, dans la première partie de saison, celui qui a déjà été tracé en saison une : les épisodes s'enchaînent avec un méchant à abattre à chaque fois. Si une routine s'installe presque, les scenarii sont toujours aussi intéressants, et parviennent à toujours reposer sur au moins un retournement de situation inattendu et bien amené, prodiguant divertissement et intérêt. On regrettera cependant une résolution toujours trop facile : après presque 40 minutes de sévices perpétrés par le monstre hebdomadaire, Buffy s'en débarrasse fréquemment avec une facilité un peu déconcertante. Il faudra encore attendre avant que la Slayer trouve des défis à sa taille... Heureusement, ce rythme est pimenté par l'arrivée des nouveaux Big Bad de la saison, les délicieux Spike et Drusilla (brillamment interprétée par Juliet Landau), dont l'arrivée a des tenants et aboutissants captivants dans la vie des héros. Ils amènent notamment des épisodes inattendus, comme "School Hard" qui montre leur invasion de la rencontre parents/professeurs du lycée. Ou encore le surprenant double épisode "What's My Line", où Buffy rencontre Kendra, Slayer activée après la mort du personnage principal en saison 1. L'univers de "Buffy" s'épaissit et les histoires sont toujours passionnantes.




Parallèlement, les personnages sont davantage approfondis : Willow est enfin confrontée de pleine face à son attirance pour Xander, alors qu'elle rencontre le merveilleux personnage d'Oz et doit se résoudre à mettre un terme à ses rêves d'enfance. Le tout toujours à travers des répliques exquises et des dialogues parfaitement ciselés, qui confirment même lors de cette deuxième saison qu'ils sont la plus grande force de la série : "Well, you know, I have  choice. I can spend my life waiting for Xander to go out with every other girl in the world until he notices me, or I can just get on with my life." "Good for you." "Well I didn't chose yet." Xander et Cordelia apparaissent comme un couple étrangement évident, tandis qu'Angel se rapproche de Buffy. L'exploration du passé de Giles et la continuation de sa romance avec Jenny Calendar apportent une profondeur inestimable au personnage, jusque là un peu trop unidimensionnel.


A travers ces amourettes et autres soucis du quotidien adolescent, se dressent les métaphores surnaturelles. Elles sont parfois poussives, comme celle de ce serpent géant auquel des étudiants offrent des jeunes filles sans défense après les avoir droguées... Mais elles sont globalement amusantes, rafraîchissantes et intelligentes. En réalité, les épisodes parviennent à être à la fois drôles, rythmés et étrangement réalistes. Les personnages commencent leur lent processus de maturation alors qu'il est temps de grandir. Des épisodes comme "Lie To Me" le prouvent : dans un monde où les forces du Bien combattent le Mal, rien ne sera jamais manichéen. Même les épisodes en apparence déconnectés des autres sont d'une qualité irréprochable, comme celui de "Ted", où, avant la révélation un peu capillotractée, Buffy se retrouve coupable de meurtre, ou encore "Halloween", où une idée originale amène un nombre incalculable de situations cocasses tout en faisant avancer ses personnages.




Et soudain, tout change pour toujours. Dans le double épisode "Surprise" / "Innocence", en milieu de saison, on découvre à Jenny une facette insoupçonnée, et rapidement, Angel se métamorphose complètement, en une autre métaphore cette fois bien plus puissante. La malédiction qui lui a rendu son âme, le condamnant à regretter éternellement ses crimes vampiriques, a été lancée par la famille de Jenny ; et elle lui interdit le bonheur. En couchant avec Buffy, il touche l'extase et la malédiction est levée, le rendant Angelus à nouveau, vampire cruel et sadique. Contre toute attente, c'est en fait lui qui sera le nemesis de Buffy cette saison. Le pari était osé, les conséquences sur les personnages sont dévastatrices. Buffy trouve ici sa première vraie blessure, et il lui faudra tout le reste de la saison pour accepter qu'en tant que Slayer, c'est son devoir d'anéantir celui qu'elle aimait. L'intrigue est soudain sombre, complexe et intense. La menace Angel plane sur l'intégralité des épisodes restants... et se déploie ponctuellement, notamment dans l'excellent épisode "Passions", où Angelus sévit soudain. La série montre alors toutes ses tripes en tuant un personnage grandement aimé, des personnages comme du public, et en le faisant d'une manière à la fois cruelle, hypnotique et incroyable.




Il est là, ce moment où une série qu'on regardait d'un œil certes intéressé mais pas encore complètement  convaincu, devient un chef-d’œuvre. Tout à coup on se redresse sur son canapé, presque incapable de croire ce qui est en train de se produire. La série grandit tout à coup et emmène tous ses personnages avec elle, qu'ils le veuillent ou non. Cette plongée obscure se conclura naturellement par une descente aux Enfers au sens littéral du terme, dans un double épisode final magistral. "Becoming" est une œuvre d'art : ce final explose absolument tous les repères du spectateur. A chaque minute, une nouvelle catastrophe se produit, et l'ensemble de la saison se déroule parfaitement. En quelques instants, chaque personnage est en mauvaise posture, la mère de Buffy apprend l'identité de sa fille, la jalousie de Xander lui fait commettre l'impardonnable, Willow ouvre des portes en elle qui ne seront jamais refermées, Buffy se fait exclure du lycée et rechercher par la police, Giles se fait capturer, Spike retourne sa veste, et pire encore. Les acteurs sont comme toujours impeccables, et l'épisode est spectaculaire et choquant, et il mène à la confrontation tant attendue de Buffy et Angel, qui se termine de la façon la plus tragique que l'on aurait pu imaginer. Le spectateur est laissé en état de choc sur le bord de la route, et Buffy aussi, dans une conclusion parfaitement mélancolique.


Je me souviens de la première fois (qui date maintenant!) que j'ai vu ce double épisode final. Aujourd'hui encore, je lui découvre des traits jamais remarqués, comme cette quête frénétique de l'identité. Mais je me souviens qu'il s'agissait là de ma première vraie expérience télévisuelle. Je venais de témoigner d'un moment de télévision aussi fort qu'inattendu, avec une écriture remarquable et indescriptible. "Buffy" avait enfin montré ce qu'elle avait dans le ventre et le résultat était sans appel. Ne restait plus qu'à reprendre son souffle en attendant la suite de ce récit épique et puissant.

mardi 6 mars 2012

Buffy the Vampire Slayer, Saison 1 (1996), Joss Whedon.

Aujourd'hui, un article qui sera le premier d'une série de sept... un pour chaque saison de Buffy ! Celui-ci, qui traite, si vous avez bien suivi, de la première saison, est diffusé en partenariat avec l'excellent site Spin-Off.fr qui permet notamment la notation des épisodes de toutes les séries au moooonnnde, en faisant la banque de données française la plus riche à ce sujet. Et  vous savez à quel point j'aime donner mon grain de sel, alors imaginez l'extase d'un tel site pour moi. Et peut-être pour vous aussi, alors n'hésitez pas à aller y jeter un oeil. Et merci Manu !

"Buffy the Vampire Slayer" (ou "Buffy contre les vampires" pour les plus francophones d'entre vous, cela ne change rien, ce titre sera toujours aussi irrémédiablement kitsch dans toutes les langues imaginables) est la meilleure série télévisée au monde. Voilà, c'était le pré-requis numéro 1.


"Buffy the Vampire Slayer" est la meilleure série télévisée au monde parce qu'elle est arrivée avant toutes les autres. C'est peut-être de cela dont elle souffrira le plus : si elle était venue au monde dix ans plus tard, en plein milieu de l'âge d'or des séries à coups de "Lost", "Desperate Housewives" et autres, son génie aurait sûrement été acclamé encore plus unanimement. Toutefois sans elle pour éclairer les programmes des années 90, peut-être que ce même âge d'or aurait eu plus de mal à fleurir. Mais là n'est pas la question.
"Buffy the Vampire Slayer" (BtVS pour les intimes) est la meilleure série télévisée au monde car elle regroupe une puissante écriture métaphorique, beaucoup de fun, du drama intense tel qu'on en a rarement fait depuis (ou qu'on a alors (mal) copié, coucou Charmed et Twilight), des interprètes formidables (Alyson Hannigan épouse-moi!), des exercices de style jamais égalés et surtout, surtout, des dialogues absolument indescriptibles.


"Buffy the Vampire Slayer" est la meilleure série télévisée au monde, donc, mais sa première saison pose problème. Quand on suit une série, il y a quelque chose qui se produit, un moment, si vous voulez, où l'on bascule d'un feuilleton qu'on aime bien regarder quand on a rien d'autre à faire, à une œuvre artistique qui mérite toute notre attention. Ce moment vient après cette première saison, même si en rétrospective, elle est truffée d'indices décriant son génie. Ainsi la première saison de "Buffy" pose problème. Elle qui était tout d'abord prévue comme une mini-série sans avenir pour remplacer dans la grille horaire un autre show annulé en cours de route ne bénéficie que de douze épisodes. Douze épisodes qui ont été suffisants pour convaincre public et chaîne, à l'époque, qu'elle méritait un renouvellement. La première saison de "Buffy" pose problème aussi parce qu'elle fait suite au navet filmique du même nom : son créateur, dont on avait alors arraché le projet des mains, s'est obstiné à en faire ce qu'il en voulait originellement. La première saison de "Buffy" pose donc problème parce qu'elle se situe dans l'inconfortable entre-deux de la suite du mauvais film et de l'incipit de l'épopée télévisuelle.


Le tout dans les années 1990. Là où les méchants sont encore souvent en carton-pâte, le budget usé en un pauvre effet spécial, les pantalons portés au nombril, les minijupes en léopard, et le kitsch, le kitsch, toujours le kitsch. Autant d'écueils qui empêchent de discerner clairement le génie de cette première fournée. Alors bien sûr, il faut réussir à en rire, tout en parvenant à s'en détacher, des lunettes de soleil rondes et des mantes religieuses géantes. Et on peut alors s'attarder sur le caractère toujours aussi actuel de certains aspects, notamment la vie au lycée qui, d'après les plus récents "Veronica Mars" ou "Glee" (qui a juste volé énormément de choses à Buffy, d'ailleurs, mais passons), n'a malheureusement pas beaucoup changé. "Buffy" est parvenu dès le début à dresser un portrait étrangement réaliste de l'adolescence, tout en la transcendant par l'usage de situations fantastiques comme métaphores des différents conflits qui nous traversent à cet âge redoutable. Seront donc évoqués en miroir toutes les angoisses adolescentes : l'angoisse de performance, celle de la virginité, de l'appartenance à un groupe, de la rébellion, de la quête identitaire, de la recherche de la popularité ou de l'amour, des unions interdites... et une multitude d'autres thèmes, dont le traitement par le surnaturel sonne toujours étonnamment juste.


Une fois ces prémisses posés, la recette est simple pour ces premiers épisodes : à chaque épisode, son méchant, le Freak of the Week, sur fond d'un grand méchant qu'il faudra toute la saison pour battre, le Big Bad. Deux concepts popularisés par le génial Whedon, une fois de plus, et qui sera repris par de nombreuses séries ensuite, comme "Smallville" pour ne citer qu'elle (et une mauvaise série de surcroît). Si une telle facilité peut être préjudiciable, on ne peut qu'admettre que la recette fonctionne bien, grâce notamment au travail de détectives que doivent entreprendre les personnages à chaque nouvelle histoire, et surtout le lot incroyable de surprises et retournements de situation qu'elle apportera toujours. En effet, chaque épisode est le plus souvent rythmé par des révélations inattendues et bien pensées qui écarteront autant que faire se peut les clichés environnants. Alors, bien sûr, certaines histoires paraissent dérisoires ou démodées (le démon internet de "I Robot, You Jane"), certaines métaphores nous apparaissent, de notre point de vue actuel, trop tirées par les cheveux (la possession par les hyènes dans "The Pack"), certains démons sont juste ridicules (ladite mante religieuse géante de "Teacher's Pet")... Mais remis dans leur contexte, ces épisodes sans prétention offrent un divertissement inopinément intelligent, dont la recette simple repose sur cette dynamique scénaristique rafraîchissante et sur des personnages bien dessinés et interprétés.


Parce que cette première saison a aussi le mérite de poser les bases de nos héros favoris. C'est l'occasion d'examiner le début du parcours, là où Willow était encore la timide maladive, Xander le jeune idiot, Giles le doux empoté, Cordelia la pimbêche superficielle et Buffy la jeune Slayer qui voulait surtout sortir avec un garçon. Alors qu'à cette heure, la neuvième saison de "Buffy" est diffusée sous forme de comic-books, le chemin qu'il reste à parcourir aux protagonistes de Joss Whedon a des airs émouvants. Mais cette époque d'insouciance amène aussi son lot inattendu d'humour. Hormis des scènes d'anthologie (ah, cette scène de théâtre dans "The Puppet Show"...), c'est avec la série que naissent ces dialogues si reconnaissables et indéfinissables à la fois. Commencent ainsi les néologismes à foison (ajoutez un "-age" pour faire un nom commun, un "-y" pour un adjectif), les répliques-dynamite qui s'enchaînent, et les fameuses catch-lines de Buffy lors des combats, réminiscences de comic-books tels que "Spiderman". Et rien que pour ça, cette aisance avec laquelle les comédiens délivre des dialogues si magnifiquement ciselés, "Buffy" est  déjà grande.


Ainsi, cette première saison de "Buffy the Vampire Slayer" en pose bien les humbles bases. Si elle laisse un souvenir irrémédiablement, répétons-le, kitsch, elle surprend en fait par sa noirceur assumée et par son intelligence dissimulée derrière les coupes de cheveux improbables. Et quand soudain vient "Prophecy Girl", le final, dont la construction ne trouve d'égal que dans la tragédie face à laquelle Buffy se retrouve confrontée, le personnage révèle son potentiel. La série arrête de blaguer et prouve au monde entier qu'elle en a dans le ventre, qu'elle n'hésitera pas et qu'elle a encore beaucoup à nous raconter. Lorsque Buffy murmure "I'm sixteen years old. I... I don't wanna die.", il devient évident que cette jeune série empêtrée dans les années 90 dont elle essaie de se défaire des clichés, est en fait brillante, bien plus brillante qu'elle n'y apparaît au premier regard. Elle ne nous décevra pas.

lundi 26 septembre 2011

Séries de l'été : votre grand feuilleton de la rentrée, épisode 1.

Eh bah ouais. On est comme ça, ici, nous, on va vous faire ça en grand. Enfin, moi, quoi. Parce qu'il fut un temps où l'été était synonyme de sécheresse de séries, la saison sans saison, en quelque sorte. Mais ces fameux Américains ont compris qu'en fait, c'était pas le bon plan, de nous laisser poireauter quatre mois comme ça, en plus il fait beau dehors, et si on n'a rien pour rester dedans, on risque de découvrir qu'il y a une vie loin de l'écran et de ne plus y revenir quand le soleil sera reparti. Si tant est qu'il soit venu mais ceci est une autre histoire ; remarquons au passage que je ne fais pas encore d'article avec comme sujet principal la pluie et le beau temps, et ça, c'est plutôt rassurant.

Qui plus est, j'ai pris une grande décision en mai dernier : diminuer ma consommation de séries. J'ai décidé d'en arrêter plus de la moitié. Il faut comprendre que j'étais en examens et que j'apprenais à longueur de journée des noms de médicaments consistant à un assemblage aléatoire de syllabes étranges. Et puis bon, j'ai décidé ça quand les saisons étaient terminées. Or elles recommencent dans une semaine. Si je vous parle dans un mois de "Desperate Housewives", "House MD", ou pire "Glee" et "Private Practice", je vous fais confiance pour vous introduire tous chez moi en attendant que je rentre, les yeux cernés de nuits devant l'écran et de journées en blouse, pour faire une intervention. Comme dans "How I Met Your Mother", mais celle-là, ça va, je l'arrête pas.

Quoi qu'il en soit, je me suis accordé quelques plaisirs cet été, profitant des séries estivales avec grand joie. Et même que je vais vous en parler. Parce que ça vous concerne, ça vous intéresse, ça vous passionne. Mais si. Puisque je vous le dis. Et hop, c'est parti.

True Blood, Season The Fourth
Cette série part d'un concept extrêmement novateur : une jeune fille d'une petite ville américaine fait la rencontre d'un vieux mais sexy vampire qui lui fait découvrir l'amour et/de la bite. Je vous laisse souffler un instant face à cette originalité ostentatoire quand on n'a jamais entendu parler de Twilight/Vampire Diaries/etc. Non pas qu'il y ait question de plagiat ou quoi que ce soit, on n'est ni chez Marianne, ni chez Le Magazine Littéraire. C'est juste que tristement, les mêmes métaphores sont nourries des mêmes créatures mythologiques, et vice-versa. Mais là où ça devient intéressant, c'est que "True Blood", contrairement aux sus-citées, réussissait à en faire quelque chose de bien, de très, très bien, même. En mixant du sexe, du gore, du sang, des fesses, etc. avec des histoires cohérentes, bien construites, des personnages subtils, un univers sombre et inquiétant mais réaliste à la fois, gorgé de métaphores du monde réel et avec Eric tout nu, on se retrouvait avec une série presque digne de sa prédécesseur "Six Feet Under", du même génial Alan Ball.


Mais toute cette fabuleuse ère, c'était bien avant la venue de cette saison quatre.
Qui s'ouvre sur des fées.
Et continue avec des sorcières.
Pour finir sur des fantômes.

L'inévitable se produit : on se retrouve à avoir l'impression de regarder "Charmed", la série qui aura entaché, par sa dévorante nullité digne du meilleur cas d'école, l'intégralité du paysage télévisuel. Les parallèles sont probants : la représentation de la religion Wicca et sa transposition dans un monde ouvertement surnaturel est similaire ; mais surtout la mauvaiseté scénaristique, la bassesse du jeu des petits nouveaux (kikoo Fiona Shaw, je sais que t'es habituée à jouer des moldus, mais là, tu m'as fait mal aux yeux), l'utilisation erratique de ses personnages figés dans une incapacité violente et la résolution infondée de ses intrigues. Pour se distraire de ces défauts, on ne peut même pas se tourner vers d'éventuels retournements de situation de qualité : tout ce qu'on trouve, c'est l'histoire d'une sorcière qui a toujours été trop gentille mais qui en fait aime être méchante et qui se fait posséder par un méchant esprit qui est en réalité gentil. Quelle créativité !


Au-delà de ça, on assiste surtout à la plus grande déchéance télévisuelle qu'il m'ait été donné de voir. Les premiers épisodes de la saison font encore illusion, forts de cette ambiance toujours un peu glauque, des personnages désormais bien dessinés, et de ce salvateur saut dans le temps d'une année, permettant à tous de reprendre leur souffle après le rythme effréné et anxiogène qu'ont suivi les trois premières saisons.

Mais arrivé à mi-saison, le charme ne prend plus... Les intrigues sont ridicules ou inintéressantes et se traînent en longueur. Un merveilleux exemple en est celui de l'histoire du bébé d'Arlene, d'abord intrigante, très vite décevante et ennuyeuse. Il semble en effet que les scénaristes ont commis une grave erreur concernant les personnages secondaires. Attachants jusqu'alors justement grâce à leur position un peu éloignée, ils sont désormais mis en avant dans des histoires grotesques et perdent alors toute leur superbe ; tout personnage ne mérite pas d'être développé juste parce qu'il est apprécié, mais au contraire, peut être à son apogée par un point de vue un peu extérieur sur le récit principal, plutôt que s'évertuer à l'y intégrer. Qui se soucie de la V-addiction très réchauffée d'Andy ? Du frère de Sam dont je n'ai jamais réussi à me souvenir du nom tant il était inintéressant ? Des origines scabreuses de Jesus ? De ce fantôme inutile qui chante vingt-cinq fois par épisode la même chanson française déformée approximativement ?


Le souci est aussi que dans les intrigues principales, ça ne brille pas beaucoup plus. Ne mentionnons même pas les épisodes où Sookie ne fait que sauter joyeusement son blondinet amnésique, les cliff-hangers véritablement cheap et forcés, réglés en trois secondes l'épisode suivant, ou encore des histoires qui sortent de nulle part et partent comme elles sont venues... "Décousu" est le mot qui vient à l'esprit ; d'autant plus quand on observe le fait que des intrigues présentées comme principales disparaissent sans laisser de traces, pour la première fois dans "True Blood", dont le format et la modalité de diffusion avaient toujours garanti des saisons parfaitement construites dans l'écriture. Ici, non contents de régler les histoires redondantes par les mêmes solutions ("passe de l'autre côté petit fantôme, ça ne sert à rien autant de rage!"), on nous assomme avec les potes panthères de Jason pour que cela finisse en une course-poursuite dans la forêt et aucun rappel depuis ; ou encore avec les copines fées/gobelins de Sookeh qu'elle fuit sans trop de problème et sans trop de conséquence. Et on ne s'attarde pas trop sur les pratiques pouvoirs de celle-ci, aussi connus sous le nom du Don de la Facilité Scénaristique.


Du "True Blood" d'antan ne subsiste que le générique, comme une maussade photographie jaunie qui nous rappellerait sans qu'on le veuille vraiment à quel point c'était bien en fait. La seule lueur d'espoir brille faiblement à travers le final qui renoue avec le bain de sang que "True Blood" mérite. Si c'est un peu la solution de facilité qui est choisie là, cela permettra peut-être le renouveau grandement nécessaire. Alors, espérons. Et si nous sommes déçus, abandonnons sans regret cette triste carcasse exsangue.

lundi 12 septembre 2011

Bref, je suis un PIFBP.

J'ai regardé "Bref". Tous les épisodes pendant mon goûter. Je pense avoir plus de choses à dire sur les tartines au Nutella incriminées, mais je vais faire confiance à mon invincible tendance à la logorrhée et plutôt me diriger vers le sujet qui apparemment est le plus hype de la rentrée. D'ailleurs, est-ce qu'on dit "hype" cette année ? Excusez-moi, je travaille beaucoup en ce moment, j'ai peu de temps pour me mettre au courant sur ce genre de sujets.

Cela ne m'a pas empêché d'entendre parler partout du PHÉNOMÈNE "BREF". Celui qui est décrit comme étant LA SÉRIE FRANÇAISE IMMANQUABLE DE LA RENTRÉE. (Je pense que les majuscules ont servi leur propos, je vais arrêter là parce que je ne veux pas vous faire fuir, mais imaginez l'emphase sur les termes qui suivent). Celle qu'il ne fallait surtout pas rater, que t'étais trop un raté d'ailleurs si tu la ratais, parce que c'était trop bien, genre l'an dernier c'était le Petit Journal, maintenant le Petit Journal depuis qu'il a pris son indépendance c'est devenu chiant, et maintenant ce dont on parle c'est "Bref". (Maintenant arrêtez d'imaginer l'emphase. Étrangement, ça a été très difficile pour moi de ne pas user desdites majuscules. Je pense que je suis emphatique par définition.)

"Bref", qu'est-ce que c'est ? C'est une nouvelle série de Canal Plus, qui dure moins de deux minutes, qui a lieu tous les jours, qui raconte la vie d'un gars "comme tout le monde" (enfin j'imagine que c'est ça le but), dans des situations quotidiennes mais amusantes (enfin j'imagine que c'est ça le but), et qui a déjà plus de 300 000 fans sur Facebook qui exaltent la toute-puissance de cette série trop lol (enfin j'imagine que c'est ça le but).


Je suis curieux et je n'avais rien à regarder pendant mon goûter. (Retour à la situation initiale : mon article est super construit.) Je me suis enfilé tous les courts épisodes de "Bref". (Oui, car il y a là une mise en abyme : la série s'appelle "Bref" et elle est brève. Premier lol.). Rassurez-vous, il n'y en a pas beaucoup. Mais moi aussi je voulais être super hype et pouvoir en parler lors des dîners mondains à grand renfort d'éclat de rire et de "Et t'as vu celui où..." (bien que ce type de phrase devrait être réservé aux épisodes de Friends qui auraient dû déposer un copyright, mais bref. ("Bref" est aussi un mot que les jeunes utilisent constamment : deuxième lol.)) Je partais donc plein de bonne volonté, vous en conviendrez.

Et pourtant, je n'ai pas réussi. Même avec tous les efforts du monde (parce que, croyez-le ou non, globalement, je préfère réussir à aimer les choses que réussir à les détester, c'est quand même plus kikoo et plus positif et plus bisounours. Et moi j'aime bien les kikoo bisounours positifs.), je n'ai vu qu'un ramassis touillé des produits marketing suivants :
- "Reprenons "Norman fait des vidéos", ça marche super bien ! Le concept, un mec, genre le anti-héros de base, tu vois, comme ça les gens peuvent s'identifier super facilement, qui parle de choses de la vie de tous les jours avec humour, dans le but que le spectateur se dise "haha lol ouais c'est trop vrai tmtc"."
- "Il faut aussi une réalisation super dynamique, avec des effets à la Gondry ou à la Webb, de petites séquences comiques super rapides relatant des situations loufoques souvent imaginées par le personnage. Ca marche super bien."
- "Forcément il faut la blinde de références geek, à la The Big Bang Theory, genre là on n'a qu'à lui mettre un T-shirt avec les noms des bédébloggueurs les plus influents !"
- "Tellement de bonnes idées, ma tête est en feu, je propose qu'on arrête là la réunion, la première partie "donnons au peuple ce qu'il connaît déjà dans un paquet nouveau et il n'y verra que du feu" était efficace, zappons la deuxième partie "originalité", ça risquerait de faire contre-effet."

Je passe rapidement sur l'humour. C'est subjectif me dira-t-on. N'empêche que je me considère comme une personne super drôle et enthousiaste, vous en conviendrez sûrement - et pourtant, là, j'ai dû esquisser deux sourires en plusieurs épisodes.

La question qui se pose alors, face à mon incapacité à suivre mes congénères vers la route du nouveau hype comique, est la suivante : SUIS-JE MORT A L’INTÉRIEUR ?



Suis-je vraiment devenu un PIFBP ? Rappel pour les vilains qui ne lisent pas ce super blog en entier : c'est un acronyme signifiant "Pseudo-Intellectuel Futur-Bobo Pédé", me désignant donc dans ma snob intégralité. J'aurais pu rajouter "de Gauche", mais ça aurait fait long (déjà que c'est pas trop prononçable comme acronyme), et puis, un bobo de droite, ça existe pas trop, si ? Dans tous les cas, je suis sûr que les débordements compétitifs du PS, les déclarations de Marine Le Pen (kikoo les fachos) et l'exposition médiatique de l'accouchement oh-si-pratiquement-synchronisé de Carla Bruni me donneront moult matière pour vous parler tout en sous-entendant mes valeurs de sale socialo. Là n'est pas la question.

La question est la suivante : à force de se focaliser presque exclusivement sur les mécanismes d'écriture, de réalisation, de jeu et compagnie, dans le but d'émettre une critique correcte, devient-on incapable d'apprécier les choses pour ce qu'elles sont, comme diraient beaucoup de personnes de ma connaissance, "sans se prendre la tête" ? Suis-je devenu un critique au cœur sec, qui réclame la perfection à tous les niveaux et rien d'autre, qui sur-analyse tout avant de laisser passer les sentiments, et qui, à terme, n'aimera rien (à part moi, faut pas déconner) ?

Je ne pense pas.

A vrai dire, je suis plutôt content d’aiguiser mon œil et de me consacrer aux ficelles. Et tant que je n'arrive pas à me résoudre à effacer les quelques chansons de Tatu de mon ordinateur, que je suis capable de regarder les premières saisons de "Torchwood", et que je continue à défendre un peu "7" de Zazie, je me dis que j'ai encore de la marge.

Alors voilà : je trouve que "Bref" est un produit marketing qui n'invente rien.

Par ailleurs, PIFBP est un terme de mon invention, créé pour établir une sorte d' "Univers Assurément" qui puisse s'auto-référencer, que vous chers dix lecteurs vous sentiez partie intégrante d'une communauté vibrante, et qu'au final je puisse accéder au pouvoir, à la célébrité et au jet privé. Donc, en soi, suis-je vraiment différent des producteurs de la série que je critique ?

... Bref.