samedi 2 mars 2013

"Touristes !" ("Sightseers"), Ben Wheatley

En mode très en retard, une critique rapide.


Autant le dire tout de suite : "Touristes !" était chouette mais ne m'aura laissé le souvenir que d'un sous-"God Bless America" à la sauce britannique. Ici aussi, il s'agit d'un duo qui se met à tuer les gens qui les embêtent pour des raisons souvent futiles et quotidiennes, sans remords et sans questionnement. Chris emmène son amoureuse Tina dans un vaste tour britannique des musées et des monuments insolites, en camping-car. Le couple bénéficie immédiatement d'un grand capital sympathie, par leur relation touchante, leur enthousiasme mignon pour le kitsch et leur physique loin des canons hollywoodiens, auxquels les productions anglaises parviennent encore et toujours à échapper. En cela, le jeu ambivalent de Steve Oram et la lente bascule hystérique d'Alice Lowe accompliront l'exploit de rendre les personnages de plus en plus inquiétants mais toujours attachants.



Très rapidement, les vacances dévient vers une tuerie absurde et étrangement assumée, dans un humour britannique le plus total et le plus délicieux. Mais les règles qu'ils tentent de s'imposer dans leur épopée gore seront de plus en plus difficiles à tenir, et ils sombreront dans une spirale de meurtres dans un second degré délectable, jusqu'à un final toujours plus cruel. Le scénario, s'il souffre de la comparaison immédiate avec "God Bless America" que je venais de voir, est donc appréciable, bien qu'il s'apparente rapidement à un n'importe-quoi pas forcément contrôlable. Il s'accompagne d'une réalisation sensible et charmante, avec une image qui retranscrit à merveille la campagne britannique. L'ensemble constitue donc une comédie noire agréable, qui aurait pu s'investir d'une tournure plus ample, mais qui se contente, comme ses personnages, de peu.


mercredi 27 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 5.


The Lightnin 3 - "Morning, Noon & Night"

J'ai déjà parlé de Brisa Roché, une de mes chanteuses préférées. Ici, elle forme un groupe, l'espace d'un album, avec Rosemary Standley, chanteuse émérite du groupe Moriarty, et Ndidi Onukwulu. Les énergies des trois chanteuses sont différentes mais se révèlent puissamment complémentaires, voire finalement presque similaires. Elles reprennent ensemble des chansons anciennes et connues, à la sauce jazz (à laquelle Brisa avait déjà goûté avec brio au début de sa carrière), et choisissent de se les répartir en ce qui concerne le lead-singing. On aurait peut-être préféré qu'elles entonnent les morceaux ensemble, mais leurs voix finissent par se ressembler étrangement tout en gardant une pointe d'identité. La réinstrumentation, quant à elle, est bien pensée et souvent insolite, remplissant parfaitement le contrat de la reprise en apportant des couleurs inédites à des chansons choisies avec soin et originalité. Cela donnera lieu à des morceaux surprenants comme leur "Cherry Bomb" revisité, ou encore "The Safety Dance", "The Light Pours Out Of Me", "I Want Your Sex"... Au total, cet album de reprises, réalisé avec audace et spontanéité, constitue une parenthèse enthousiasmante dans le parcours des trois chanteuses, et s'écoute avec plaisir, matin, midi et soir.









Vive la Fête - "Jour De Chance"

Comment définir Vive la Fête ? Oui, bon, ok, éminemment gay, pour commencer. Et puis, c'est l'électro et l'absurdité d'un groupe qui n'en a rien à foutre. Vive la Fête, ils te balancent leur musique dans la gueule, et si t'es pas content, c'est pareil, mais autant être content, parce que c'est alors quand même totalement plus extatique. Ainsi sur "Jour de Chance", ils te scandent leurs "Bêtises" sur des rythmes simples et efficaces. Alors tu te retrouves à n'en avoir rien à foutre avec eux, tu chantes que "les images sont toutes floues, les discours sont tout fous", que "je suis fâchée avec toi", que "il pleut et je pleure", et puis
ils te sortent une reprise de "Love Me, Please Love Me" décalée, inattendue et étonnamment touchante, et, une fois que tu as baissé tes barrières, la naïveté volontaire des paroles, tout à coup, te touche, et tu danses sur la forme avec encore plus d'enthousiasme, parce qu'avec Vive la Fête, la vie semble aussi belle que dans un film de Xavier Dolan, et c'est déjà parfaitement suffisant.








Lou Doillon - "Places"

La demi-sœur de LA MEILLEURE ACTRICE AU MONDE (oui je suis conscient que mon lien mène vers une critique de sa musique et pas de son jeu, mais je suis fatigué.) valait forcément que l'on se penche sur son cas (et ma propre sœur s'en est bien rendue compte en m'offrant cet album, coeur bisous). Je ne savais cependant pas trop à quoi m'en tenir : de ce que j'en avais entendu, les critiques étaient très partagées, entre "album de l'année" et "'fille de' inintéressante". Le premier aspect à juger, donc, sera la voix. Elle hante, étonnamment, par un timbre très particulier. Elle se pose avec nonchalance sur des instrumentations très rock, et aussi un peu jazz - c'est Etienne Daho qui s'en est chargé, il y avait de quoi avoir un peu peur, mais en fait, la musique est agréable, un peu trop homogène, pas toujours originale, mais faisant preuve d'un bon goût appréciable. Les morceaux lents et contemplatifs, comme "Jealousy" ou "One Day After Another", sont les plus représentatifs de ce que l'on retient de cet album, malgré les essais plus rythmés de "Make A Sound" ou "Defiant". Mais c'est en fait le single, doux rock déchirant, qui marquera le plus, la première chanson de l'album, la perle "ICU", qui fait de Lou Doillon une chanteuse à potentiel et de "Places" un album assez intéressant.



dimanche 24 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 4.


Lykke Li - "Wounded Rhymes"

Toujours dans la catégorie "après la guerre", j'ai découvert cet album comme beaucoup de monde grâce au tube "I Follow Rivers" (d'ailleurs témoin d'un grand moment de bonheur). En se penchant plus activement sur la chanteuse suédoise, on retrouve certes dans son deuxième album d'autres morceaux aux rythmes cathartiques, les excellents "Youth Knows No Pain", "Rich Kids Blues" ou "Jerome", tous teintés d'une voracité dévorante face aux incompréhensions du monde. Et ce sont ces mêmes thèmes qui s'exprimeront aussi dans des balades hypnotiques et sauvages, "Silent My Song" et "Sadness Is A Blessing" en tête, complètement hallucinants d'émotion à fleur de peau assumée et portée aux nues. Lykke Li mérite son succès non pas pour son tube répondant à la mode de la répétition des mots, mais pour cette douleur magnifique, retranscrite dans des chants toujours sur le fil, en parfait équilibre instable.







Rose - "Et puis juin"

C'est comme quand vous rencontrez quelqu'un que vous n'aimez pas. Vous n'aimez pas ses opinions, sa façon de parler, de marcher, de s'habiller. Vous n'aimez pas son rire, son sourire, ses intérêts. Et pourtant vous sentez que vous partagez quelque chose d'autre, quelque chose d'indicible. Je n'aime pas l'album de Rose. J'avais adoré "Rose", le premier album, je maintiens que son écriture était géniale; j'avais moins aimé "Les souvenirs sous ma frange", même si "Je guéris" et "Les frangines" m'émeuvent encore à ce jour. "Et puis juin"... Rose n'a pas évolué. Je n'aime plus sa musique, acoustique, répétitive, discrète. Le personnage est parfois détestable. Parfois la forme n'est pas au rendez-vous, donc, mais pourtant il y a quelque chose dans le fond, quelque chose qui me touche. C'est sa sensibilité, sa souffrance, ses doutes. Elle les exprime, parfois très mal, parfois très bien, mais même quand elle n'en dit rien, elle me touche. Alors j'ai écouté son nouvel album une fois, sans l'aimer, mais en le comprenant.






The Ting Tings - "Sounds From Nowheresville"


Le premier album des Ting Tings était une bombe. Vraiment. Il y a quelques années, j'ai été en overdose musicale et je ne supportais plus aucun des groupes que j'adorais pourtant. Et alors, pendant des semaines, je n'ai plus su écouter que la musique de The Ting Tings. "Sounds From Nowheresville" est leur second opus. On y regrettera deux choses ; d'abord, la clarté sonore du précédesseur : ici, l'électro semble peu focalisé, se perdre parfois, en faire juste un peu trop. Ensuite, ils peinent à corriger l'erreur qui était déjà celle du premier opus, à savoir ne pas parvenir à fournir un ensemble complètement intéressant : si beaucoup de morceaux marquent, d'autres y parviennent beaucoup moins. Cependant, si la qualité du précédent n'est pas égalée, on décèle avec plaisir des morceaux entraînants, comme le séduisant "Hang It Up", l'énervé "Guggenheim" ou l'affamé "Give It Back". The Ting Tings a perdu un peu de sa superbe, mais conserve cette véhémence musicale qui fonctionne encore parfaitement.


samedi 23 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 3.

Bon. Je ne ferai AUCUN commentaire quant aux Césars d'hier, vous avez entendu, aucun, BORDEL D'INCOMPETENTS QUI COMPRENNENT RIEN A LA VIE ET QUI RECOMPENSENT UNE SEULE PERSONNE QUI N'EST MEME PAS LA ET QUI SE LA PETE (JE SUIS SUR QU'IL SE LA PETE) ALORS QU'IL Y A DES GENS QUI LE MERITENT AUTANT VOIRE PLUS ET MERDE. Bon et donc puisque le cinéma c'est de la MERDE, continuons à parler musique. Bordel.




Crystal Fighters - "Star Of Love"

Le génie du groupe réside dans sa capacité à produire un album extrêmement cohérent mais composé de morceaux totalement différents. Chaque piste est un renouvellement dans la forme et dans le fond, mais Crystal Fighters semblent y exprimer une velléité commune. Que ce soit dans l'électro cathartique du (désormais mythique) "I Love London", la montée angoissante et libératrice de "Xtatic Truth", l'enthousiasme presque pop de "Plage", les beats hypnotiques in-your-face de "Solar System", les percussions entraînantes de "I Do This Every Day"... La liste continue, et à chaque fois, le groupe électro convainc par son originalité naturelle, ses sons exutoires, son lâcher-prise maîtrisé. Au total, le disque entier semble s'emparer de l'auditeur, l'habiter, le dévorer, y vivre sa propre vie. Et c'est une sensation assez exceptionnelle que cet effet fort, inexplicablement exaltant, passant par une telle diversité qui se couronne à chaque fois d'une réussite.






Emily Loizeau - "Mothers & Tygers"

Il est intéressant de constater que celles qui constituaient il y a presque dix ans ce que tout le monde appelait "La Nouvelle Scène Française", mettant dans le même sac quelques poignées d'artistes qui n'avaient sans doute pas grand-chose à voir les uns avec les autres, s'individualisent, maintenant la notoriété assurée et l'étiquette dépassée. Aussi Camille, par exemple, a su s'affranchir de tout cela pour devenir une des meilleures artistes de sa génération. Quant à Emily, son "Mothers & Tygers" suit le chemin amorcé par la difficile transition de "Pays Sauvage", qui semblait répéter ce qu'elle disait dans "L'autre bout du monde" tout en pensant à autre chose. Cet "autre chose", c'est avec ce troisième album qu'elle semble s'en approcher. La musique s'assume plus sombre, l'acoustique se fait encore plus sauvage et organique, les textes se réfugient dans un symbolisme de plus en plus secret. Des morceaux comme "Tyger", "Garden of Love", "Vole le Chagrin des Oiseaux" ou encore "Parce que mon rire a la couleur du vent" réussissent en cela, s'entourant d'un mystère séduisant. On regrettera le manque d'énergie de l'ensemble trop homogène, mais dans ce long album, on sent qu'Emily Loizeau continue à faire son chemin, discrètement, et si elle n'est pas encore parfaitement arrivée à destination, elle est en bonne voie.






Mika - "The Origin Of Love"

Oui, bon. Okay. J'ai écouté le dernier album de Mika. Vous voyez bien, le chanteur dont on a tous entendu la pop acidulée du premier album (dont presque tous les titres ont tourné en radio !) et qui était à l'époque une bouffée d'air dont on s'est vite étouffé. Par la suite, il a sorti un album copié-collé du précédent, il a ensuite révélé à un monde choqué son homosexualité (Mika si tu lis ça, ta musique a beau me gaver en deux minutes, contacte-moi, je suis là, je suis dispo, je suis gentil et je fais des gâteaux au chocolat). Pour "The Origin Of Love", il est clair que le chanteur ressentait le besoin de se renouveler : peut-être que cette envie ne venait pas de lui-même, mais elle lui était en tout cas imposée. C'était soit ça, soit disparaître. En ressort un album sans trop de direction. L'enthousiasme du chanteur est certes toujours aussi agréable, rendant des morceaux comme "Lola" ou "Origin Of Love" assez appréciables et entraînants. Pour le reste, Mika fait tout et n'importe quoi : un premier single, "Celebrate", ultra produit qui ne ressemble plus à rien, une balade électro "Make You Happy", à potentiel d'hymne mais tout de même un peu raté, une resucée de "Cendrillon" de Téléphone avec "Karen", un morceau énervé, cruel, à la fois entraînant et irritant ("Love You When I'm Drunk"), des poèmes vocalisés en français ("Comme un Soleil", "L'amour dans le mauvais temps"), et j'en passe... A force de ne pas savoir où il va, le disque est inégal et fatigant : on sent qu'il veut bien faire mais il sonne bâclé et désespéré. Alors, pour l'énergie qui résonne encore sympathiquement dans quelques chansons, on l'écoutera à toutes petites doses et on espérera pour lui qu'il saura trouver ce qu'il veut dire.
(Et qu'il restera tout nu sur ses pochettes d'album.)


vendredi 22 février 2013

Césars 2013 dans ta face.

Oui bon voilà. Pression sociale, j'écris ton nom. C'est bien mignon de parler de musique avec les mêmes dix mots de vocabulaire (grands jeux : listez-les, vous allez voir, c'est facile, dedans y'a genre cathartique, exaltant, hypnotique et quelques autres), mais là les Césars arrivent ce soir et c'est compliqué, pour eux, quoi, tu comprends, déjà qu'ils ont basé leurs nominations sur Assurément, là ils ont besoin de savoir qui récompenser (Noémie Lvovsky! c'est pourtant simple). Du coup, dans un grand moment de sacrifice de moi-même, je lâche la stomatologie quelques instants (ou une demi-heure) pour vous donner ce que chaque bloggueur kikoolol fait : LES PRONOSTICS. Non attendez, c'est pas des pronostics. Mes résultats ne sont pas ceux qui seront récompensés, ce n'est jamais le cas, y'a qu'à voir les Victoires de la Musique (Camille ne décroche pas la meilleure tournée de l'année ? SERIEUSEMENT ?). Bon, donc c'est pas des pronostics. C'est LES RESULTATS QUE LES CESARS DEVRAIENT ADOPTER S'ILS ETAIENT INTELLIGENTS. Voilà voilà. En gros ça vaut beaucoup mieux que les Césars. Je mise sur quelques millions de visiteurs pour cette page. Normal.

Meilleur film:

Choix de la rédaction (moi, quoi) : "Camille redouble" de Noémie Lvovsky (au cas où vous n'auriez pas compris les 250 premières fois)

Toléré :
"Amour", de Michael Haneke
"Holy motors" de Leos Carax (je l'ai pas vu ok mais comparé aux autres... et puis je le sens bien, non vraiment, oui bon ok je sors, je le regarderai après mes examens, promis, ne me jugez pas)

Surtout pas ou je pète un câble :
"Les Adieux à la reine", de Benoît Jacquot
"Le Prénom" de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière (oui bon ok je l'ai pas vu non plus mais c'est pour le PRINCIPE.)

Bien essayé mais non, vraiment pas :
"Dans la maison", de François Ozon
"De rouille et d'os" de Jacques Audiard

Meilleur réalisateur:

Choix de la rédaction : Noémie Lvovsky pour "Camille redouble"

Compréhensible :
Michael Haneke pour "Amour"

Non :
Benoît Jacquot pour "Les Adieux à la reine" (vraiment pas!)
François Ozon pour "Dans la maison" (c'est sympa mais bon voilà quoi)
Jacques Audiard pour "De rouille et d'os" (je ne te pardonnerai jamais tes fondus au noir dégueulasses.)

Pas vus et c'est la honte :
Leos Carax pour "Holy motors"
Stéphane Brizé pour "Quelques heures de printemps"

Meilleure actrice:

Choix de la rédaction :
Noémie Lvovsky dans "Camille redouble" (qui a dit monomaniaque?! c'est vrai mais c'est pas très sympa.)
Mais bon je veux bien aussi :
Emmanuelle Riva dans "Amour"
Et à la limite :
Corinne Masiero dans "Louise Wimmer"

Et surtout pas :
Marion Cotillard dans "De rouille et d'os" (faut pas déconner)
Léa Seydoux dans "Les adieux à la reine" (achète-toi une expression faciale autre que "passablement ennuyée" et on en reparle, chérie)

Autres :
Catherine Frot dans "Les saveurs du palais"
Hélène Vincent dans "Quelques heures de printemps"

Meilleur acteur:

Choix de la rédaction : Jean-Louis Trintignant dans "Amour"

Bien essayé mais non, vraiment pas :
Jean-Pierre Bacri dans "Cherchez Hortense"
Fabrice Luchini dans "Dans la maison"

Lol :
Patrick Bruel dans "Le prénom"

Autres :
Denis Lavant dans "Holy motors"
Vincent Lindon dans "Quelques heures de printemps"
Jérémie Renier dans "Cloclo"

Meilleure actrice dans un second rôle:

Choix de la rédaction : Isabelle Huppert dans "Amour"

Mais je suis loin d'être contre, en raison de ma monomanie :
Judith Chemla dans "Camille redouble"
Yolande Moreau dans "Camille redouble" (surtout)

Autres :
Valérie Benguigui dans "Le prénom"
Edith Scob dans "Holy motors"

Meilleur acteur dans un second rôle:

Choix de la rédaction : Je sèche un peu, mais on va dire Claude Rich dans "Cherchez Hortense"

Mais bon comme toujours Noémie mériterait :
Samir Guesmi dans "Camille redouble"
Michel Vuillermoz dans "Camille redouble"

Autres :
Benoît Magimel dans "Cloclo"
Guillaume de Tonquedec dans "Le prénom"

Meilleur espoir féminin:

Choix de la rédaction : Julia Faure dans "Camille redouble"

Autres :
Alice de Lencquesaing dans "Au galop" (mais toi par principe je t'aime pas.)
Lola Dewaere dans "Mince alors!"
India Hair dans "Camille redouble" (coeur)
Izia Higelin dans "Mauvaise fille"

Meilleur espoir masculin:

Choix de la rédaction : Matthias Schoenaerts dans "De rouille et d'os" (parce que je suis sympa, mais en vrai je trouve qu'il mérite davantage une nomination pour "Bullhead", même si c'est pas français, bon, voilà) ou bien Félix Moati dans "Télé gaucho" (parce que t'es trop beau)

Autres :
Kacey Mottet Klein dans "L'enfant d'en haut"
Pierre Niney dans "Comme des frères"
Ernst Umhauer dans "Dans la maison" (je suis pas convaincu, il était surtout  très dirigé)

Meilleur film étranger:

AAAAH NON C'EST TROP DUUUUUUUR!!! (ah bah oui, dès qu'il n'y a pas "Camille Redouble", on fait moins le malin.)

Choix de la rédaction : on va dire "Bullhead" de Michael R. Roskam, notamment parce qu'il arrive devant dans mon top 2012 sur lequel les Césars se sont évidemment basés, mais vous pouvez complètement récompenser "Oslo, 31 août" de Joachim Trier, il le mérite grave, et puis j'ai pas encore vu (la honte) "Laurence anyways" de Xavier Dolan, mais promis je me rattrape bientôt, c'est prévu, un mercredi soir après la piscine avec ma copine Soso qui n'arrive pas à se souvenir qu'elle s'appelle Laurence et pas Maxence.

Ceux que j'ai pas vus et c'est trop la honte, je suis en train de me décrédibiliser totalement, je vais perdre mes visiteurs, NON AIMEZ MOI J'AI BESOIN DE VOUS :
"Argo" de Ben Affleck
"La part des anges" de Ken Loach
"A perdre la raison" de Joachim Lafosse

Bon, voilà, ça n'en vaut pas trop le coup, hein (celui-là je l'ai vu! je vous promets! revenez!) :
"Royal Affair" de Nikolaj Arcel

Voili voilou. Ok ok je récompense pratiquement que "Camille Redouble", mais d'une part, c'est trop bien, d'autre part, c'est tellement trop bien que les Césars EUX-MÊMES l'ont nommé treize fois. ALLOOOO. Dans de telles conditions, vous comprenez  bien. Bon, on mettra probablement ça à jour demain avec les résultats, parce que ce sera quand même bien plus intéressant que de réviser. Et puis on recommencera dimanche avec les Oscars, parce que ce sera quand même bien plus intéressant que de réviser.

Merci, bisous.

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 2.



Kate Nash - "Made Of Bricks"

On a tous entendu "Foundations", il y a déjà plusieurs années, c'était frais et sympathique, mais il y avait de bonnes chances que le reste de l'album soit parfaitement oubliable. Après enquête, il n'en est rien. Kate Nash, pour son premier album (alors que le troisième sort bientôt) faisait preuve de cette même irrévérence. Elle teinte ses textes d'une légère absurdité, et de la franchise qui la caractérise, donnant lieu à des morceaux acidulés comme "Skeleton Song", ou "Mariella", probablement les deux perles de l'album. Et puis tout à coup, elle nous mène par le bout du nez, utilisant les images fortes dont elle est experte, avec "Nicest Thing", dont la simplicité quotidienne émeut. Si encore quelques chansons marquent moins, Kate Nash a en fait signé avec son premier opus un vrai témoignage d'une vie instable, aléatoire, amusée et sensible, le récit véritable et enthousiaste d'une londonienne de vingt ans.






Gossip - "A Joyful Noise"

Le titre est prometteur, et assez représentatif de Gossip. Après le grand succès de "Music for Men", le nouvel album du groupe de Beth Ditto était pour le moins attendu. Il s'inscrit dans la même lancée que son prédécesseur, perdant peut-être un peu de l'originalité Gossip pour se fondre davantage dans la musique actuelle que le groupe a paradoxalement lui-même forgée, mais reste parfaitement appréciable. Des tubes en puissance comme l'entraînant "Get a Job" parsèment le disque, et chaque morceau marque inconsciemment, par les rythmes intelligents, l'instrumentation précise et adaptée, la voix toujours forte et maîtrisée de la chanteuse. On ne se situe plus vraiment dans la danse éperdue de "Music for Men", plutôt dans un lâcher-prise en douceur, les beats bercent autant qu'ils excitent, les chansons ("Into the Wild", "Melody Emergency", "Get Lost"...) invitent à se balancer, à, comme Ditto le conseillait sur le précédent album, "dance like nobody's looking". Meilleur conseil au monde.





The xx - "xx"

On en a tous entendu parler, alors autant y prêter une oreille plus attentive. C'est, bien entendu, planant, doux, souvent assez entêtant. Cet album est comme un murmure quelque part dans l'espace. Certains morceaux atteignent un très bon niveau, comme "Intro" et "VCR". Toutefois, l'ensemble s'essouffle très rapidement : on a très vite compris ce que le groupe avait à dire, et qu'il exprime de façon similaire et répétitive sur toutes les pistes, qui finissent par se confondre. Cela vient grêler le plaisir que l'on avait à écouter les voix timides, les percussions discrètes, la guitare sensible, et qui finissent par paraître tellement artificielles, que l'on préfère écouter l'album en fond, car à force de ne pas vouloir s'affirmer, malgré ses qualités musicales indéniables, il ennuierait presque.



jeudi 21 février 2013

Ce que l'on a écouté depuis la dernière fois, partie 1.

Oui, bon. 

Je n'ai pas posté depuis trois semaines, et pour cause : l'affiche de ce début 2013 est incroyablement décevante. Très peu de films semblent intéressants. Je suis à deux doigts de me faire des blockbusters - et c'est d'ailleurs ce que le plus grand des deux cinémas d'art et d'essai du centre de Lille est obligé de diffuser, tant l'actualité cinématographique est maigre. Et les quelques films que je voudrais voir, il faut pour cela attendre la fin de mes satanés examens. Enfin bon, tout ça pour dire que je suis encore là, je sais que je vous manque, mais il va falloir être patient.

Ou pas tant que ça, puisque je viens de passer un temps bien trop important au vu de mon programme de révisions du jour pas encore commencé, à chroniquer un nombre d'albums bien trop important au vu de mon programme de révisions du jour pas encore commencé. Ben oui, avec aussi peu de choix et aussi peu de temps pour les films, autant se tourner vers la musique, vous êtes d'accord ? Mais si, vous êtes d'accord. Ça tombe bien, je vais vous parler ces prochains jours de tout ce que j'ai écouté depuis la dernière fois.


Clarika - "La tournure des choses"

Quelle sera la tournure des choses ? C'est la question qu'on pouvait se poser. L'évolution de Clarika est simple, elle trouve progressivement sa façon de dire les choses, jusqu'à "Joker", pic de grâce et de célébrité. Et dans la foulée, sortira "Moi en mieux" : l'album qui résume tous les autres, l'album de la stagnation, qui n'apporte rien de nouveau, hormis une première déception. Alors pour "La tournure des choses", j'étais un peu sceptique. Et pourtant... Certains thèmes sont crispants de bobo-tude : la volonté de retour à des valeurs plus simples ("Je veux des lettres", "C'était mieux avant"...), l'intérêt mal venu pour ces pauvres personnes du Tiers-Monde ("Sumangali"), autant de sujets qui feront dire aux journaux que Clarika est une femme de son époque. Mais en réalité, on la préfère dans sa sincérité, avec le délicat "Mais non mon chat", l'attendu mais efficace "Même si". On la préfère quand elle lâche prise, quand elle ne s'efforce pas à raconter quelque chose, comme dans l'exutoire "Oualou" et l'absurde "Je suis bad". On la préfère surtout dans sa capacité à la subtilité, avec l'excellente conclusion "Tout est sous contrôle". La voix est bien sûr toujours au rendez-vous, la musique s'éloigne un peu plus de ses tendances clocloïsantes. L'évolution est lente, mais elle est là, l'espoir est de retour, les choses tourneront sûrement bien.






Lilly Wood & the Prick - "The Fight"

Le deuxième album tant attendu constitue comme toujours une étape dangereuse. Et le duo relève le défi avec brio, avec un album direct et entêtant, sombre et exaltant. Un second opus encore plus mûr, encore plus juteux que le premier. Les textes sont d'une clarté évidente, emplis d'une désillusion nonchalante complètement délicieuse, alliés à une musique sombre, riche et établie. Cela commence avec "Long Way Back", hymne à la résilience, "Mistakes", vengeur et franc, et cela se sublime avec l'exceptionnel "Joni Mitchell", chronique d'une génération perdue. La beauté de Lilly Wood & the Prick se situe là, dans cette capacité à rapporter des doutes actuels et intimes, mais sans jamais verser dans le sentimentalisme, préférant un penchant combattif... "the fight". Ainsi quand on écoute les incroyables balades folk-pop "No Mark", "Briquet" ou "Into Trouble", on ne sait pas si on doit être ému par la dureté des sentiments, ou entraîné par les rythmes généreux, sans doute les deux, mais très vite on comprend qu'en fait, on s'en fiche, on suit le mouvement, on continue, on combat.







Soko - "I Thougt I Was An Alien"

Ah, je l'aurai attendu, cet album, pendant mon adolescence, alors que Soko se rendait célèbre par "I'll kill her". Sans doute trop longtemps : il se fait trop attendre et sort plusieurs années plus tard, un peu après la fête. Soko choisit un son acoustique, parfaitement dépouillé et un peu sale, mettant en avant une voix éraillée, spontanée, loin des bidouillages habituels, qui scande des textes immédiats, qui gueule et regrette, qui pleure et exige. L'ensemble est aussi uni par le son, qu'inégal sur la portée, et le résultat esthétique n'est pas toujours au rendez-vous, mais ce n'est pas le but : Soko semble assumer parfaitement ce qu'elle fait. Elle n'est pas là pour faire plaisir, elle est là parce qu'elle a envie de partager ses pensées : "We Might Be Dead By Tomorrow", "I've Been Alone Too Long". Ses balades résolument folk convainquent ou non, mais Soko, égale à elle-même, continue. Elle touche parfois la corde sensible, avec "No More Home, No More Love", "Happy Hippie Birthday", "Destruction Of The Disgustingly Ugly Hate"... parfois, les morceaux ne font aucune impression. Mais elle s'en fout, et nous, étonnamment, un peu aussi. Alors j'écoute distraitement un album que j'aurais probablement adoré il y a sept ans (bim le coup de vieux dans ta face).


mercredi 30 janvier 2013

"Anna Karenine", Joe Wright

Ouch. L'adaptation du chef d’œuvre de Tolstoï. Pire : la treizième adaptation du roman. Avec la fatigante Keira Knightley dans le rôle-titre. Un film distribué à l'UGC, évidemment. Aïe, aïe, aïe. Mais n'ayez crainte : Joe Wright a déjà aussi adapté "Pride & Prejudice", de façon plutôt goûtue, et aussi l'excellent "Atonment", qui faisait preuve d'une réalisation intelligente, fière et astucieuse. Essayons, donc.



Ce qui frappe avant tout, c'est justement la réalisation : c'est elle qui portera le film tout entier, et le rendra finalement bon. Wright se surpasse, en mélangeant, virtuose amusé, les codes du théâtre, du cinéma dramatique et de la comédie musicale. S'en suivent de multiples scènes d'un esthétisme probant, à travers un éclairage brillant, des couleurs foisonnantes et une composition précise ; mais c'est surtout cette succession millimétrée et rythmée des décors, qui se font et se défont de façon à la fois poétique et spectaculaire. Anna Karenina, plus que jamais, se retrouve au milieu d'une scène de théâtre où le public de ses contemporains scrutent chacun de ses mouvements et s'apprêtent à la huer. La portée symbolique de l'ensemble du long-métrage en fait une œuvre d'art à part entière, qui finit de faire de Wright un réalisateur d'une créativité passionnante.



Cette formidable machinerie vole en fait la vedette aux acteurs. Si Knightley est certes meilleure que ce à quoi elle nous a habitués récemment, notamment moins schématique que dans "A Dangerous Method" et plus impliquée que dans "Last Night", c'est moins sa performance que sa beauté utilisée comme parure et sertie dans l'écrin que lui assortit son directeur, qui marquera. Les autres acteurs semblent instrumentés de la même manière ; on remarquera seulement la toujours excellente Olivia Williams. Tous ne sont que pions sur l'échiquier de l'artiste, qui veut ainsi retranscrire la passion aussi spéciale qu'universelle de cette célèbre histoire. Cela dit, toute cette majesté contre-indique l'intimité, et la narration finit par s'essouffler. Alors faisons fi de cette impossible prouesse de faire tenir ce millier de pages dans deux heures bien tenues, et que tout le monde continue de tenter. En reste surtout la grandiloquence : c'est déjà bien.



mardi 29 janvier 2013

"Tabou", Miguel Gomes

Un film portugais en noir et blanc distribué dans le plus petit cinéma d'arts et d'essai du centre-ville. Vous pensez bien que j'étais obligé d'y aller.


Je ne sais pas définir ce qui constitue toute la qualité de "Tabou", et qui lui a valu les éloges méritées des critiques. L'histoire est simple, son schéma narratif pourrait même paraître simpliste et bancal : deux parties, la fin de vie de la protagoniste âgée, puis l'épisode le plus important de sa vie, des décennies plus tôt. Là, l'amour, la désillusion, la passion, l'interdit, la tragédie, tous ces thèmes galvaudés des amours impossibles. La réalisation, dans ce noir et blanc assumé assorti au temps colonial représenté, est tout aussi résolument kitsch que l'époque en question. Elle donne une teinte surannée à la pellicule, qui fréquemment semble elle aussi d'un autre temps, et le décor exotique crée une ambiance tantôt étouffante, tantôt paradisiaque. Il y a une triste évidence, nonchalante et mélancolique, dans la narration des événements : ils semblent regardés par un œil impuissant et une caméra aussi silencieuse que forte.



Pourtant, en regardant "Tabou", on se retrouve happé. C'est ici une façon innovante de faire du cinéma : de manière inexplicable, le film est exceptionnel. Peut-être est-ce dans le traitement sensible et déchirant de ses personnages, principaux comme secondaires, dont le portrait se construit, grand et évident, par touches subtiles et intelligentes. Alors sans doute est-ce aidé par une direction d'acteurs tout en retenue et une interprétation conséquemment fascinante, de la touchante Isabel Cardoso à la douce Teresa Madruga, du brûlant Carloto Corro à l'impassible Ana Moreira. Ou peut-être est-ce aussi dans la chaude délicatesse dialogues concis, poétiques et directs, qui semblent chuchoter entre leurs lignes. Peut-être est-ce dans ce point de vue clair et ému que le film porte sur la passion, avec une efficacité fiévreuse. Ou peut-être encore n'a-t-on pas besoin de comprendre de quelle façon Gomes s'y est pris pour rendre étrangement passionnante cette histoire-là, à cette période-là, avec ces personnages-là, dans cette couleur-là. Peut-être qu'on peut juste, pour une fois, accepter que l'artiste a compris quelque chose, sans s'interroger davantage, et simplement le laisser nous emporter.


jeudi 24 janvier 2013

"La Parade", Srdjan Dragojevic

Il y aurait fort à parier que la date de sortie du film ne soit pas tombée par hasard. Et pour cause : ce film traite d'homophobie... S'il s'agit de la dramatique situation en Serbie, la résonance avec les actualités parfois aussi peu glorieuses en France se fait claire.


Pendant les premières scènes, les personnages sont présentés, puis des liens improbables rapidement les unissent. Ce sont ces relations absurdes qui vont finir par créer l'histoire, touchante, drôle et originale, quand Lemon, un criminel de renom, pour sauver son histoire d'amour avec l'ingénue Pearl, se voit contraint de protéger la première Gay Pride de Belgrade, organisée par Mirko et son petit-ami Radmilo, qui très rapidement doit accompagner Lemon tout autour de la Serbie pour rameuter les autres peuples contre lesquels le malfrat s'est battu, afin de défendre cette cause qu'il a lui-même beaucoup de mal à soutenir... L'intelligence des rapports et l'aisance avec laquelle un scénario futé se construit ornent ce scénario d'une fraîcheur et d'une singularité rares. Au-travers de cela est parsemé un humour toujours potache, souvent attendu, parfois fin, globalement efficace.


Et puis soudain ce joyeux bordel, ce méli-mélo narratif bien maîtrisé, cette succession de gags et d'échanges inattendus stoppe net. De comédie, le film devient engagé. En fait pas du tout feel-good movie, "La Parade" surprend par un réalisme assumé et cruel. Le message de tolérance scandé avec force rires et coups de coude depuis le début du film, celui qui soulignait avec ironie et légèreté que l'on est tous la minorité de quelqu'un, se trouve soudain gravé dans la chair. Un éclat de rire brutalement interrompu. Le dénouement qu'on voyait se profiler ne pointe pas alors que l'histoire fait enfin dans la subtilité pour une conclusion en demi-teinte. Le film se renfrogne, son propos est évident et sans appel, et ses personnages hauts en couleur n'ont plus de poids face à lui. Il montre tout de même que l'espoir existe, mais qu'en attendant, tout le temps, partout, la lutte continue. A bon entendeur.


mardi 22 janvier 2013

"Yossi", Eytan Fox

Yossi est un vieux pédé. (Et bim, avec cette phrase, "Assurément" conservera, si besoin en est, sa top place dans Google avec le mot-clé bien connu.) 


 Vieux parce qu'il a plus de trente ans et que dans la cruauté du monde gay hyper-narcissique, si tu es trentenaire et que tu ne passes pas le plus clair de ton temps à forger ton corps selon les critères très précis du canon de beauté homo, tu es vieux et dégueu. C'est sans doute là la première réussite du film d'Eytan Fox : montrer la difficulté pour un homo pas forcément magnifique d'avoir une vie sexuelle et affective. Et ce même en Israël, car c'est à Tel-Aviv que Yossi exerce en tant que cardiologue bourreau de travail et esseulé. A un rythme lent et contemplatif, des scènes sombres et sèches suivent sa vie d'homme qui ne sait plus s'assumer, qui rate les occasions qu'il prend et qui ne sait pas prendre les occasions dont il pourrait tirer profit. Pendant longtemps, le film se contente de dépeindre avec goût cette vie pleine d'hésitations et d'errances, cette vie à côté de laquelle Yossi passe. 


Et puis, au fil de ce voyage flânant, une rencontre, inespérée et impossible. Yossi, le très bien choisi Ohad Knoller, admire Tom (Oz Zehavi) un jeune et beau militaire homo, dont le train de vie n'a rien à voir avec le sien. L'histoire qui en naît tant bien que mal est sûrement un peu poussive, un peu facile même, mais la sensibilité avec laquelle elle finit par s'établir est un touchant et délicat message d'espoir. Notamment dans une scène où les deux hommes se mettent à nu, finalisant le portrait d'un homme qui a fini par se détester à cause de tous ceux qui l'ont rejeté, des deux côtés, lui interdisant l'accès aux communautés hétéro comme homosexuelle. C'est pourquoi on aura donc apprécié ce film sans prétention, baigné par l'excellente musique de Keren Ann, et qui réussit la tâche difficile de conduire avec intérêt un récit simple, mais qui sait finalement prouver qu'il a son importance, à sa manière. A l'image exacte de son protagoniste.


dimanche 20 janvier 2013

"Le Monde de Charlie" ("The Perks Of Being A Wallflower"), Stephen Chbosky

Je l'ai souvent dit, il y a des films dont on attend peu. Probablement à cause de critères bobos, par exemple qu'ils ne sont diffusés qu'à l'UGC et pas dans les cinémas d'art et d'essai de la ville, ou bien ils ont des acteurs ultra-connus en tête d'affiche, ou bien l'affiche, ou bien le titre, etc. Et puis en fait, on y va quand même. Et puis en fait, c'est merveilleux. Et puis en fait fait, du film probablement blockbuster-téléphoné-décevant, on donne sur un petit bijou, de ceux dont la réussite artistique reste avec nous et nous porte longtemps après la séance.


"The Perks Of Being A Wallflower", ou "Le monde de Charlie" en V.F. (pffff), fait partie de ceux-là. En apprenant qu'il s'agit de l'histoire d'un jeune garçon qui entre au lycée, et qui, timide et sensible, se sent bien différent de ses camarades, avant de rencontrer des terminales super cools qui l'initient à la fête, la drogue et le sexe, bon, bon, bon, il y avait de quoi faire demi-tour : on voyait déjà les clichés, les messages bien-pensants et la morale puritaine remporter le tout, une sorte de "Glee" sans la musique. Stephen Chbosky, en adaptant son propre roman au grand écran (faites que chaque adaptation de livre soit réalisée par l'écrivain!), évite gracieusement tous ces pièges. Il dépeint un lycée effectivement cruel, empli de castes et d'intolérance, avec au milieu de ça, Logan Lerman jouant Charlie, jeune ado effectivement timide et sensible. Mais cette différence n'est jamais niaise : elle trouve au contraire ses racines dans un développement clair, profond et complexe du personnage. Et d'un coup, "Le monde de Charlie" passe de l'autre côté.


Charlie rencontre Patrick et Sam. Ezra Miller, redoutable dans "We Need To Talk About Kevin", habite ici un rôle diamétralement différent avec légèreté et maîtrise, d'un personnage extrêmement touchant dans un univers intolérant. Emma Watson, quant à elle, est lumineuse : on oublie tant son rôle précédent que je ne le citerai même pas... Elle est, sans nul doute, la seule des trois de "Harry Potter" qui, grâce à son talent, saura se forger une carrière intéressante. Si beaucoup de personnages secondaires verront leur rôle un peu sacrifié, les dialogues sont percutants, amusants, rarement à côté. Et l'épopée des trois protagonistes dépasse très rapidement le voyage initiatique de base : en réalité, le film brasse avec humanité et intelligence de nombreux thèmes, tout en faisant preuve d'une subtilité et d'une délicatesse rares. Les plus grandes horreurs seront murmurées avec tact, les plus petits plaisirs seront rugis avec passion, avant de tous se réunir dans un récit complexe, réaliste, et, ô surprise : surprenant.


Ajoutons à cela le charme suranné des années 80, une chaleur généreuse de l'image, cet aspect toujours un peu plus lisse, net et brillant du grain qu'ont les films à plus gros budget, une bande originale à se damner, de multiples savoureuses références culturelles, "The Rocky Horror Picture Show" en tête. Et puis encore cette sensibilité à fleur de peau qui traverse tout, les personnages, les images, la narration fébrile, cette subtilité pleine de goût dans la réalisation, les couleurs, la lumière. Et voilà : là où l'on s'attendait à un film d'ados faisant moins bien que les récentes figures de proue ayant renouvelé le genre ces dernières années (Gus Van Sant, "Skins"...), on se retrouve avec une œuvre puissante de poésie, d'intelligence, de beauté.