lundi 29 août 2011

"Melancholia", Lars Von Trier

J'étais un peu fâché avec Lars Von Trier. Il a quand même réalisé "Dancer in the Dark" qui a toujours été mon film préféré (j'y reviendrai sûrement un jour). Et puis, à la place de travailler avec ma chanteuse préférée (j'y reviendrai sûrement un jour), il a travaillé avec mon actrice préférée (qui est aussi chanteuse) (j'y reviendrai sûrement un jour.). S'en est suivi un joyau de symbolisme, d'image, de réalisation, de lumière, de photographie, d'interprétation, où l'exploit incroyable était qu'absolument tous les éléments du film convergeaient vers le même message intrinsèquement merdeux. Après, il y a eu l'affaire de Cannes - mais, ça je m'en contre-fous et je n'ai toujours pas compris (j'y reviendrai sûrement un jour toi-même tu sais). Bref, j'étais un peu fâché. Mais en réemployant la même actrice pour son nouveau film, ben, il me tenait dans un coin, le con. Bon, j'y suis allé. Et "Melancholia" est tout ce que "Antichrist" était, mais sans le message merdeux. "Melancholia" est une œuvre d'art.


Alors je n'ai rien à écrire sur le film, ou plutôt je n'ai rien à critiquer. Un film d'un tel niveau se pose là avec une évidence telle que tout est dit. Il atteint un stade où il ne sert plus à rien de répéter ce que presque tout le monde murmurera en sortant de la salle de cinéma. Acquittons-nous de cette tâche : Kirsten Dunst est éblouissante, Charlotte Gainsbourg est bouleversante, la réalisation est d'une justesse sans faille, le concept est brillant, le scénario relève du génie, la beauté des plans est à reléguer tout autre film au niveau d'une cassette poussiéreuse d'un épisode des Feux de l'Amour, la lumière est incroyable, les personnages sont superbes et, pour le coup, le message est humain et transcendantal. On pourra discuter de l'emploi de certains personnages, de l'échec de la transition au cinéma de Kiefer Sutherland (et, dans un certain sens qui laisse cependant plus d'espoir, Alexander Skarsgård). Voilà, maintenant que ça, c'est fait, je vais plutôt vous parler de mon ressenti.

L'infinie différence de charisme
entre Charlotte Gainsbourg et Kiefer Sutherland,
dont le casting comme couple relève alors de l'absurde.
Le film fonctionne sur deux mouvements. Le premier est un constant demi-tour, comme un changement d'avis, un retournement de situation attendu, un juste retour des choses, une hésitation suivie d'un rétablissement. Abraham ne traversera pas le pont, Claire reviendra vers Justine, Melancholia nous butera tous. Inéluctable. Le second est une inversion. Fine et subtile, comme une opposition qui se croise, entre la vie et la mort, le bonheur et le malheur, l'angoisse et la lucidité. Ces deux pôles sont bien sûr représentés par les deux sœurs, lesquelles occupent chacune une moitié du film, où l'une sera magnifiquement mise en valeur et aidée en cela par l'autre - avant d'inverser les rôles. C'est ainsi qu'en deux heures de temps, Justine passe de la dépressive profonde au roc familial, et Claire de la parfaite organisatrice à l'individu perdu et esseulé. Le dernier plan en est parfaitement symptomatique, avec ce qui est peut-être le côté le plus violent du film : là où Justine reste forte et fière, le dernier mouvement de Claire révèle un instinct de survie, une peur de la mort qu'elle n'aura pas réussi à surmonter.



Contrairement à sa sœur - et la dépression est montrée là sous un jour à la fois réaliste et novateur. La cause s'avère être une incapacité à grandir, à accepter l'âge adulte, comme son éternel recours à ses parents, son interrogation sur la sexualité et sa permanente régression en témoignent. Jusqu'à ce cette arrivée de la fin du monde, alors perçue comme la méritée réponse à tout. Troublant, fascinant et, de manière surprenante, extrêmement juste. Le titre nous prévient : c'est de mélancolie dont il est question ; mais ce que beaucoup de gens semblent omettre, c'est que c'est bien la mélancolie au sens psychiatrique du terme qui est traitée, c'est-à-dire le plus haut stade de dépression. Les symptômes sont tous présents chez Justine, et cette immense et inévitable planète en apparaît l'allégorie.


C'est ainsi que l'histoire d'une collision d'astres ne donne pas place à un film de science-fiction, parce que l'innovation vient aussi du fait que pour une fois, on ne suivra pas la famille qui, par erreur ou par héroïsme, sera celle qui fait tout pour sauver le monde. On suivra au contraire la pure réaction de la condition humaine face à cette catastrophe surnaturelle, ce que personne n'avait vraiment fait jusque là et ce qui donne un résultat obsédant. C'est dès lors la tragédie qui triomphe de ce subtil mélange des genres : le statut social des personnages, la transcendance de leur existence, et ce par l'inexorabilité du destin astronomique qui les surplombe jusqu'à les écraser en sont tout autant de stigmates. Alors, là où Lars Von Trier avait fait de "Antichrist" un violent (et, apparemment, efficace) exutoire pour sa misogynie, il signe avec "Melancholia" une passionnante réflexion sur la (sa...) dépression, avec poésie, intelligence et sincérité.

jeudi 11 août 2011

"The Social Network", David Fincher


J'ai enfin vu ce qui a souvent été présenté comme le meilleur film de l'année dernière. Il est indéniable que sur presque tous les niveaux, le film est maîtrisé avec une précision millimétrique. La réalisation est impeccable, la narration complexe mais claire, la photographie bien adaptée, le récit mené de façon intéressante, le jeu d'acteur plus que réussi, la musique choisie avec goût, etc., etc. Cette orchestration magistrale est en fait parfaitement à l'image du sujet qu'elle représente : froide, elle laisse peu de place aux aspérités attachantes, aux personnages authentiques, et donc à l'émotion. Mais c'est aussi ainsi qu'elle se perd, laissant le souvenir d'un film extrêmement produit, extrêmement carré et extrêmement glacial. L'élément le plus symptomatique en est son personnage principal, dont la caractérisation précise laisse cependant à désirer : personne ne semble savoir gérer l'éléphant dans la salle, à savoir le fait qu'il représente quelqu'un de bien connu, de bien actif, de bien vivant. Dès lors, s'il a le bon goût de ne pas trop porter de jugement, c'est surtout parce que le film hésite entre un personnage outrageusement diabolique, un personnage amèrement comique ou un personnage finalement creux. Or, il constitue la fondation du film, comme l'affiche est là pour le prouver, et cette absence de décision fait souvent chanceler dangereusement l'ensemble, ne laissant le souvenir que d'une œuvre intéressante, mais que l'on n'a pas forcément envie de revoir, tant elle omet la justesse des sentiments.

Mais sur ce même monstrueux net traîne une vidéo qui remédie à ça :

lundi 1 août 2011

"Harry Potter & the Deathly Hallows, Part 2" (of the Seventh Movie. That's right.), de David Yates

Je n'avais pas prévu d'aller voir ce film. Déjà, je n'avais pas vu la première partie (mais j'ai lu le livre lors de l'époque lointaine de mon tout premier Paléo, quand j'étais encore un jeune bachelier naïf et innocent), et puis, personnellement, pour moi, "Harry Potter", toute la magie s'en est éteinte à l'épilogue dudit livre et après quelques déclarations de la Rowling. Bref. Mais bon, voilà. On était à Londres, quoi. Genre à Londres. A fortiori : à Camden Town. Bon. Voilà, quoi. J'ai donc accompagné une autre international student pour voir le dernier chapitre, la fin d'une ère, it all ends, maintenant nous sommes adultes, et compagnie.


Ca a bien commencé. J'ai eu un peu de mal à me souvenir de ce dont il fallait se souvenir : j'aurais apprécié un résumé de la première partie (en plus ça leur aurait rempli de précieuses minutes, j'y reviendrai), mais bon, j'imagine que ce n'est pas nécessaire pour un film destiné aux fans avant tout (j'y reviendrai aussi). Mais on se prend facilement au jeu, grâce à un univers bien sombre. L'apparition rapide d'Helena Bonham Carter dans le  rôle d'Hermione y était aussi pour beaucoup. Je n'ai toujours pas compris pourquoi ils n'ont pas pu présenter la baguette de Bellatrix à la banque, mais bon, passons. Tout ce passage était intéressant, drôle, rythmé, bien narré, pas trop mal joué (enfin, il ne faut pas trop en demander à Radcliffe, tout de même), bien que déjà un peu too much par moments (dragon j'écris ton nom), mais délicieusement incorrect par moments (qui a commandé le nabot grillé?).

C'est par la suite que ça déraille : un enchaînement de scènes incroyablement longues et ennuyeuses, qui sonnent comme un supposé fan service peu sincère, en forme de "Vous avez vu, on respecte grave le bouquin, on vous laisse, pour une fois, de longues scènes de dialogues, par respect, hein, c'est pour ça qu'on a découpé le film en deux, pour que vous puissiez jouir de ces merveilleux moments", alors que la vérité n'en sonne que plus claire "Merde, on a décidé de faire deux films pour avoir encore plus de fric, mais il se passe pas énormément de choses dans ce bouquin comparé aux autres, alors faut qu'on remplisse pour justifier, sinon tout le monde va capter!". Dans le genre, il y a aussi les exactes TRENTE MINUTES de publicité avant le début du film (à partir de l'heure de la séance...). Non non, Harry Potter n'est pas une machine à fric. Ben voyons.


Mais ce n'est pas tout : on a aussi des scènes d'action, me direz-vous. Certes, elles sont brouillonnes, laides, illisibles, comme une vilaine resucée du Seigneur des Anneaux en mode raté. Mais ce n'est pas grave, parce que, et on touche là au noyau du film : on n'a pas besoin de vraiment se fouler, ce film est fait pour des fans ! Ceux-ci ont supposément juste envie de voir sur écran ce qu'ils connaissent en livre, d'en prendre plein les mirettes et d'être ému un minimum. L'histoire, ils la connaissent déjà : pas besoin de la raconter, de toute manière, elle est trop compliquée. Contentons-nous de quelques rapides séquences pour ne pas l'occulter tout à fait et suivre le schéma général, mais dépêchons-nous pour pouvoir montrer surtout des effets spéciaux, du gâchis de budget, et aidons à visualiser de manière unique et conforme ce que chacun avait imaginé à sa façon. Du spectaculaire, bien entendu, c'est à ça que le cinéma se résume ! Et c'est ainsi que Yates ne prend aucun risque, ne fait aucune démarche personnelle. Il ne fait ni plus ni moins que ce qui est attendu de lui, sans innover, sans corriger, sans créer. J'avais préféré le troisième volet, où la réalisation et le récit faisaient preuve d'originalité, n'en déplaise aux puristes. Ici, tout est tristement attendu.

Et ce jusqu'au jeu désastreux des acteurs, au moins une constante dans les films Harry Potter (tout au moins les 7.5/8 que j'ai vus). Oh, mon pauvre Daniel, il est temps pour toi de disparaître, d'accord ? J'ai été très surpris de voir qu'Alan Rickman avait été tant acclamé pour le rôle (souvent décrit comme le seul bon acteur de la production) : de mon côté, je l'ai trouvé très mauvais, dans le genre "j'ai trouvé une diction particulière de mon personnage alors je prononce toutes mes répliques de la même façon". J'aurais plutôt retenu Maggie Smith, amusante et émouvante, et j'aurais aimé pouvoir aussi parler de Julie Walters, si son passage culte, qui était le seul que j'attendais vraiment, n'avait pas été résumé au strict minimum en quelques secondes rapides.


Je ne nierais pas certains passages amusants ou bien menés, notamment puisque quand on applique une recette à la lettre, eh bien ça en a le résultat escompté - rien de plus. Cela n'empêche quelques magnifiques ratés (Voldy est parfois tout rigolo ; merci Neville de nous rappeler comme Harry vivra toujours dans nos coeurs kikoolol ; et c'est quoi cette séquence de "mort" toute pourrie ?), et il en reste que le film hésite à explorer ses personnages - j'ai apprécié le fait que le passage de Ron et Hermione dans la Chambre des Secrets soit montré, ce qui n'était pas le cas, si je ne m'abuse, dans le livre comme toujours enfermé dans son suivi têtu du personnage principal ; mais il sonne comme un triste prétexte à justifier les salaires de ces acteurs sous-exploités (ce qui, dans le cas de Rupert Grint, n'est sûrement pas un vrai souci).

Alors, je ne doute pas que chez ceux chez qui HP signifiait encore quelque chose d'important, c'était émouvant et, pour ainsi dire, réussi. Mais chez ceux qui, comme moi, n'ont pas cette chance, c'était juste mauvais : du fan service à 100%. Je suis donc resté de marbre face à ces plans caricaturaux des trois amis sur les ruines de leur château préféré ou à ces incursions d'extraits des premiers films pour montrer le chemin incroyable qu'ils ont parcouru jusqu'à l'âge adulte... Laissez-moi bâiller, au moins jusqu'à cet épilogue navrant et malheureusement représenté. A l'époque, il avait signé le cruel manque d'ambition de la femme la plus puissante du monde et avait enfermé à jamais Harry Potter dans la littérature enfantine et adolescente; le film en fait tout autant.

Paléo 2011, 5e jour : Est-ce déjà la fin ?

Oui, sachez-le, le Paléo Festival, c'est en fait pendant six jours, jusqu'au dimanche. Mais j'ai dû m'envoler vers les contrées britanniques le dimanche. Donc j'ai loupé le dernier jour (ça va vous suivez? ça se complique sûrement après.), ratant par la même occasion Yael Naim (ce qui m'attriste), Cocoon (ce qui m'attriste un peu aussi mais pas trop, ils se la pètent quand même énormément ... mais y'a Marc), Jamel Debbouze (ça étrangement je m'en suis remis beaucoup plus facilement), et j'en passe, ne mettons pas de sel sur les blessures et passons plutôt à la vraie description du jour où j'étais vraiment là.

J'ai fait l'ouverture des portes ! (ou presque.) (bon ça va hein pour cinq minutes vous êtes gentils vous allez pas chipoter.) Et j'ai pu paresser au soleil tel le plus obèse des siamois, avec des cocktails et des churros sur les espèces de matelas à eau géants qui ont fait leur arrivée dans le festival cette année (non mais attendez, pour la Suisse, un tel changement tout à coup, c'est limite révolutionnaire, là, s'ils avaient un gouvernement, je me serais fait du souci pour lui) (oui j'ai une autre théorie comme quoi la Suisse est un pays qui ne vit sous aucune autorité).

Au Village du Monde jouait Joaquin Diaz. Sympathique dans son genre. Dansant et amusant. (Il faut bien que je m'y résolve : c'est tout ce que j'ai à en dire. Ca me fait bizarre de ne rien avoir à ajouter, moi qui suis réputé pour ma logorrhée chronique.). (Ecoutez ce qu'on va faire c'est que je vais encore rajouter une parenthèse ici présente pour ne pas avoir l'impression d'avoir fait un paragraphe presque vide sur ledit Joaquin, ça vous dérange pas? Merci vous êtes mignons.) </nevrose>

Ensuite, direction le Chapiteau pour Selah Sue. Une jeune rockeuse blonde et assez merveilleuse. Un rock spontané, brut, un peu sale, un peu sans concession, comme j'aime; et elle, au milieu, maîtresse et victime de sa musique à la fois. Très beau à voir. Sa voix puissante rappelle un peu Duffy en plus crade. Elle aura besoin d'encore un peu d'entraînement pour que son naturel s'allie à une maîtrise totale, mais en attendant, c'est déjà très bien, une des grandes découvertes de ce festival.

Par la suite, Ayo... euh Irma au Club Tent. Pas trop mal. Souvent seule sur scène avec sa guitare, elle enchaîne des chansons sympathiques, sans grande ambition, qui font passer correctement un bon moment mais ne marquent pas outre-mesure, sans doute en partie à cause d'une trop grande homogénéité. Mais la chanteuse est agréable et touchante dans sa gratitude.

Ensuite, Moriarty, un de ces concerts que je serais sûrement allé voir ailleurs. J'avoue avoir été décontenancé au début : plusieurs chansons s'enchaînent sans trop d'émotion. Peut-être le groupe était-il perturbé par l'absence pour cause de naissance filiale d'un de leurs membres. En attendant, c'est un peu ennuyeux, entre nous, malgré la présence de l'éminent "Cottonflower". Fort heureusement, la chanteuse sort de scène et revient tout de rouge vêtue, et là le concert démarre vraiment. Avec "Private Lily" et le très attendu et magistral "Jimmy" notamment. La musique se déploie réellement, la voix est toujours aussi impressionnante, les titres passent beaucoup mieux, le concert devient une réussite.

J'ai vu de loin quelques chansons de The Bewitched Hands mais j'étais occupé à d'autres activités sociales comme boire me rafraîchir, discuter, faire des connaissances et OMG apprendre le décès d'Amy Winehouse, dont nous discutions encore paisiblement quelques heures auparavant (elle était barmaid dans un bar londonien et mon frère l'y avait vue) et dont j'avais rajouté les chansons sur ma playlist "Juillet 2011" de mon popod Dalaï Lama (c'est son nom) (et je suis trop fier d'avoir fait un playlist pour le mois) quelques jours avant. Gros choc donc. RIP babe. Sinon le groupe avait l'air pas mal. (Vive le chroniqueur.)

Non mais c'est qu'il est temps d'aller manger. Et après, quelques regards vers Robert Plant & The Group Of Joy. Pas mal, malgré la chevelure digne de René-Charles l'illustre fils de Céline Dion et des airs grisonnants de vieille star sur le retour pour cause monétaire. Cela n'enlève pas un vrai savoir-faire mais ne m'aura pas donné envie de me précipiter sur sa musique en rentrant.

Retour au Village du Monde pour Renegades Steel Orchestra. Comme leur nom l'indique, ils jouent sur différents appareils métalliques. Je m'attendais à un truc plus impressionnant type Tambours du Bronx et moins système B ghetto (dis donc, c'est incroyablement politiquement incorrect ce que je viens de dire, heureusement que personne ne me lit). Dansant et rythmé mais ça ne m'a pas marqué. Je pense qu'il est sage de conclure que la musique des Caraïbes, c'est pas mon quetru.

La pluie permet un très bon placement pour le concert final de Mika. Disclaimer: Comme beaucoup, j'ai été pris par la fièvre Mika à l'époque de son apogée "Love today" & Cie, j'avais d'ailleurs apprécié son concert sur cette même scène il y a trois ans, puis je m'en suis violemment lassé. Mais j'étais néanmoins content de le retrouver ici, même si je ne connaissais aucune de ses nouvelles chansons. Ce dernier point s'avéra ne pas être un problème dans la mesure où, globalement, on peut dire qu'il n'a joué que des chansons du premier album, dans ce concert qui devait sûrement être la version courte de ce qu'il fait hors-festival pour ses vrais fans qui veulent aussi entendre parler du "Boy who knew too much". Mais ici, le public moyen, dont je fais partie, voulait surtout écouter ses plus grands succès. Ainsi, les trois quarts du premier album y sont passés, avec quelques chansons du second quand même. Un vrai show avec des déguisements Marie-Antoinette et tutti quanti, assez marrant à voir. Il maîtrise très bien son spectacle, une vraie bête de scène le petit, même quand la pluie fait rater "Relax" avant le refrain (la musique s'arrête d'un coup! "Oui bon c'est nul on va reprendre depuis le début". Mon manque total d'oreille musicale n'avait évidemment rien remarqué.). Ca a ranimé la flamme de mon intérêt pour le jeune homme, et les mauvaises langues qui attribueront cela à sa ressemblance supposée à l'Homme De Mes Jours auront sûrement au moins un peu raison. En tout, un très bon concert, rythmé, dansant, amusant, et sa voix toujours au top. Golden.

Et c'est fini pour le Paléo, en espérant qu'en 2012, je serai à nouveau sur les Plaines de l'Asse et pas les deux doigts dans un vagin pour un stage de gynécologie-obstétrique. Soupir.

Paléo 2011, 4e jour : Thème ou t'aimes pas (i'm on pun-fire!)

Bon ok je me suis un peu fait attendre pour cette fin de compte-rendu de festival que personne ne lit (à part peut-être ZZ), mais j'ai mieux à faire, voyez-vous, je suis à London, et il y a du carrot cake à chaque coin de rue. Dans de telles conditions, bon, voilà, hein, on se comprend. Mais j'ai fait l'effort incroyable de sécher mon lundi matin pour venir vous parler. (Bon, ok, c'était pas un effort, c'est juste le temps qui est passé trop vite et tout à coup il était trop tard pour partir sans arriver devant une porte close.) (Et si je suis là à écrire, c'est aussi et surtout parce que j'ai la flemme de me bouger jusqu'au lit qui est tout de même à trois mètres (à vue d'oeil)). Mais revenons à nos moutons suisses.

Vendredi, donc. Pas celui-ci, celui d'avant. C'était une soirée à thème. Ce qui a occasionné le jeu de mots incroyable dont vous avez pu jouir dans le titre. Avouez que vous êtes heureux. Oui, donc. Souvent, le Paléo se fait une soirée à thème. D'habitude, c'est le jeudi. Là, c'était le vendredi. J'ai du mal à croire que ça ait pu expliquer le fait que cette soirée ait été de loin la plus remplie de la semaine : aucune revente de places à l'entrée, que des potentiels acheteurs qui sont à mon avis repartis bredouille. (Ce mot devrait être utilisé plus souvent. Bredouille bredouille bredouille.). Personnellement, c'est la soirée que j'ai le moins apprécié au niveau musical. Mais j'ai pu en profiter pour faire un petit tour dans ces terrains souvent inexplorés de l'immense festival. Terra incognita découverte par une équipe franco-lituanienne. Tout un programme.

La Ruche est consacrée aux arts du cirque (non mais depuis quand ?!). C'est donc tout un petit univers bien pensé qui se met en place, avec un chapiteau (un vrai de cirque pour le coup), et un spectacle assez amusant et bien orchestré, "Les aventures de Poncho Miguel". Plus destiné aux enfants. Et aux francophones. La moitié lituanienne de l'équipe sus-nommée n'a pas compris grand-chose malgré mes capacités de traduction instantanée (en anglais, pas en lituanien - j'ai une théorie comme quoi la Lituanie, tout comme la Picardie (mais j'y reviendrai) n'existe pas). Nous ne sommes donc pas restés jusqu'au bout.

Et nous avons exploré le Village du Monde dédié aux Caraïbes. (Pas à l'Afrique Australe, ça, c'était l'année dernière, voyons.) (Ou alors ça c'était avant la Ruche. Je ne sais plus. C'était il y a longtemps voyez-vous. Certes je pourrais vérifier sur le programme mais je n'ai déjà pas le courage de me mouvoir jusqu'à mon lit, qu'espérez-vous de moi en de telles circonstances ?!). Sous le Dôme joue The Creole Choir of Cuba. Je pense que le nom est suffisamment explicite pour que vous, petits lecteurs à l'imagination fertile, visualisiez immédiatement cette troupe de madones (non, madones, pas Madonna, calmez-vous!) (yay j'ai casé Madonna, je vais avoir plein de pédés en plus des partisans du FN de la fois dernière, grâce à Google!) noires en costume de leur pays (ou pas d'ailleurs, j'y connais rien, si ça se trouve elles étaient déguisées en autre chose). (Je vais arrêter les parenthèses sinon vous allez croire que je suis payé à la commission (de parenthèses) (merde)). De jolies voix, un choeur agréable, une ambiance parfois un peu gospel, parfois beaucoup plus africaine. S'alternent les chansons joyeuses dansantes et d'autres plus mélancoliques, avec moult expressions faciales qui nous ont fait nous demander si ce n'était pas un extrait de comédie musicale. La totale incompréhension, malgré ma polyglottie avérée, cf. plus haut, des paroles permet de se concentrer sur les rythmes et d'imaginer ce qu'elles racontent : "What do you think they're singing about ?" "I don't know... Maybe dancing..." "Yeah! And the country..." "Love!" "Love, yeah, obviously.". Une recherche dans le guide nous apprit qu'elles parlent en fait des difficiles conditions de travail dans les champs de canne à sucre des immigrés à Cuba. Enorme fail.

Sur la Grande Scène se produisent ensuite les Cowboys Fringants. Personnellement, un accent canadien comme ça, ça suffit à me combler. (Avez-vous remarqué à quel point on est super multiculturel au Paléo ?! Truc de guedin si j'ose m'exprimer ainsi.). Ma foi, c'était fort bien - ils m'ont un peu évoqué une sorte de Tryo de Québec, avec des thèmes similaires (protéger l'environnement c'est bien, le capitalisme un peu moins), changement rafraîchissant. Bon, j'avoue ne pas avoir tout compris, tabernacle. Mais ils avaient une bonne énergie, et surtout une violoncelliste totalement incroyable, donnant lieu à des morceaux tout à fait géniaux, où son instrument dialoguait avec les autres, tout à fait magnifique. Je l'ai même applaudie super fort à la fin, la fille. Oui, je le dis quand c'est bien, je suis comme ça, moi.

Bon, en fait, je vous l'ai pas dit, mais le thème, à part tout ça, c'était rap (Soprano, Danakil et compagnie). Ah non pardon, le programme dit "Groove/Hip Hop/Reggae". Bon dans tous les cas, ça m'attirait pas des masses. Et puis y'avait Stromae aussi. Mais j'ai commis le pire délit de faciès en refusant d'aller "alors danser" parce que sa tête sur la photo m'énervait déjà. Je suis superficiel mais vous m'aimez comme ça, alors ça va.

Nous avons préféré attendre James Blunt. Oui bon ça va hein. Sur la Grande Scène. Eh bien figurez-vous que, malgré mes quelques préjugés, c'était pas trop trop mal. Bon, ça ne cassait pas trop pattes à un canard et parfois, ça faisait office de musique d'ambiance à mes pérégrinations mentales habituelles, mais globalement, ses chansons passent bien, on va dire. Et il a pas mal de charme scénique. Bref. Voilà. Nous ne sommes pas restés jusqu'à la fin, quand même, alors on l'a pas entendu dire goodbye à sa/son (bon ça va on a le droit de rêver) lover ni m'annoncer à quel point je suis beautiful. It's true.

vendredi 22 juillet 2011

Paléo 2011, 3e jour : Toi-même tu sais.

Hop hop hop, après une moussaka, je passe voir la fin du concert d'Anna Calvi. Le public a l'air enthousiaste, et la voix est très puissante. Mais le son est tellement mauvais et l'instrumentation désagréable que je ne reste même pas une chanson... Oups...

Je préfère aller me placer pour PJ Harvey. Elle arrive, tout en simplicité. Sa voix est spécifique et agréable, la musique est originale et planante, et les musiciens sont tous super vieux ! Les chansons s'enchaînent avec fluidité. Je ne connaissais pas du tout, je ne peux pas dire lesquelles venaient de quel album, mais pendant un long moment, des chansons du même genre se sont succédé. La musique étant agréable, cela n'a pas posé problème, mais vers la fin du concert, des chansons plus variées ont fait leur apparition, faisant regretter l'ordre choisi : quelques disparités plus élégamment dispersées auraient été agréables. Là, le concert commençait à changer de couleur quand j'ai dû filer à contre-coeur vers le Chapiteau...

Oui parce qu'on ne transige pas avec The Do : Both Ways Open Jaws! Un des concerts que je serais allé voir à Lille s'il n'avait pas eu lieu au Paléo aussi. Olivia était magnifique, sa voix était au top malgré un son moyen encore une fois (une première au Paléo!) qui ne la mettait pas trop en valeur. Au niveau musical, c'est toute une expérimentation sonore qui se met en place, impossible de distinguer ce qui relève de l'improvisation de ce qui a nécessité de la répétition... Les chansons s'allongent, souvent un poil trop, mais leur choix est assez bon et leur instrumentation souvent bien pensée. "Bohemian Dances" et "Dust it Off" étaient magnifiques, j'aurais aimé quelques chansons de plus du premier album, notamment "Stay just a little bit more", mais on ne peut pas tout avoir! Le public était déchaîné, la musique était forte, un peu sale, sans concession, mise en valeur par de jolies lumières... très bonne.

Enfin, quelques chansons de The Strokes. Un show avec un décor et des effets vidéo sobres et efficaces, la caractérisation même de la rock star, une voix forte, et du vrai putain de rock quoi. Vraiment bon ! Je n'ai pas pu rester jusqu'au bout mais j'aurai envie d'approfondir. Première année où le Paléo m'apporte autant de découvertes !

Et hop!

jeudi 21 juillet 2011

Paléo 2011, 2e jour : It is ON !

Après des soucis de train (décidément), je file direct (avec une gaufre purée de pommes cannelle évidemment) vers la Grande Scène pour y voir AaRON. La joie de vivre communicative de Simon et, plus discrète, d'Olivier fait plaisir à voir, et on n'a pas de peine à croire le premier quand il avoue que le concert au Chapiteau est un des "meilleurs souvenirs de ma vie personnellement". Les chansons du premier et du deuxième albums se mêlent sans souci dans un concert cohérent. On appréciera les réorchestrations bien pensées des anciennes chansons, les nouvelles sont davantage préservées, mais sont aussi moins adaptées à la scène par moments, créant quelques rares longueurs. Mais la voix de Simon est toujours parfaite, leur musique est puissante, et les lumières éblouissent tout en gardant cette simplicité spontanée qui caractérise le groupe et en fait un très bon concert.

Puis, un petit tour au Chapiteau pour découvrir Angus & Julia Stone, les frère et sœur auteurs de quelques chansons que je connaissais sans savoir que c'était d'eux. Julia a une voix extrêmement particulière, un brin bizarre - tout pour me plaire, d'autant qu'elle la maîtrise et la laisse aller à la fois, donnant un mélange savoureux qui fonctionne très bien, notamment sur sa reprise de "You're the one that I want" (qui rappelle un peu la version de Pauline Croze). Angus a, quant à lui, une bonne voix de chanteur mais, en comparaison, elle paraît un peu banale, et leur partage quasiment équitable de chansons menées par lui et par elle crée un déséquilibre ; je me retrouvais à attendre celles de Julia plus que celles d'Angus. Par ailleurs, l'éclairage était très mauvais : heureusement qu'il y avait les écrans ou je n'aurais rien vu et aurais vite abandonné...

Sur la Grande Scène alors que la nuit tombe arrive Portishead. La voix n'a pas vieilli, toujours aussi puissante, et les tubes fonctionnent avec grâce. La musique est envoûtante, hypnotisante, et a gardé ses airs novateurs de l'époque. Le tout est très intéressant, malgré une certaine froideur du groupe qui ne communique pas du tout avec le public. Reste une envie d'en découvrir davantage.

Ensuite, je regarde et écoute de loin Beirut au Chapiteau, avec mes BOTTES VACHE. (oui j'ai des bottes vache) (non parce que c'est pas tout ça mais c'est que c'est un peu boueux par ici) (mes bottes sont magnifiques elles viennent du stand milk). Beirut propose une musique rafraîchissante, qui change du reste, avec beaucoup de cuivres, et une voix qui m'a rappelé celle d'Antony Hegarty. J'y rejetterai sans doute une oreille, mais ma mauvaise place m'a plutôt conduit vers le Club Tent où j'ai pu découvrir June & Lula. Un duo de filles très sympa, les deux voix s'accordent très bien à la manière d'un Mansfield.TYA, c'est frais, agréable, les chanteuses sont sympas, nous font participer à un gospel, font passer quelques messages anti-homophobie (d'ailleurs cette année au Paléo il y a PLEIN DE PEDES c'est un truc de dingue). Bref un bon moment.

Enfin, la soirée se termine sur la Grande Scène avec The Chemical Brothers. Un son fort, électro, dansant, puissant, qui se marie à merveille avec les visuels diffusés sur les grands écrans et qui occultent complètement les DJ, alors qu'on aurait parfois bien aimé voir comment la magie est opérée... Mais le parallèle entre ces vidéos sur écran géant et cette musique électronique était passionnant et m'a laissé un très bon souvenir.

C'est donc une soirée sans fautes que ce deuxième jour de Paléo !
Ce soir, petite soirée avec surtout PJ Harvey et The Do...

mercredi 20 juillet 2011

Paléo 2011, Premier jour : Guitares & Mise en jambe

Et voilà, c'est reparti, c'est mon cinquième PaléoFestival, et peut-être le dernier... Pour les plus incultes ou ceux sûrement plus nombreux qui arrêtent d'écouter ma voix nasillarde au bout de quelque temps, le Paléo est un festival de musique, le deuxième plus grand européen, qui a lieu à Nyon, en Suisse. Sept scènes, 225 000 spectateurs, six jours, une plaine gigantesque.

A cause de souci de transports, je suis arrivé plus tard que prévu en terre helvète et j'ai filé directement sur la plaine de l'Asse pour retrouver, malgré une boue inhabituelle due à un temps aussi peu clément que la météo parisienne, cette chaleureuse impression d'être un peu rentré à la maison.

Pas le temps de flâner pour découvrir le Village du Monde cette année dédié à l'Afrique Australe ou à la nouvelle création architecturale des étudiants suisses, on file directement assister à la fin du concert de Philippe Katerine au Chapiteau. Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. Je suis arrivé directement pendant "Marine Le Pen" (youpi, les Google bots vont me répertorier et m'amener plein de fans du FN ; kikoo les fachos!). Le chanteur était coiffé d'une grande fleur dans les cheveux, maquillé d'yeux noirs sur ses paupières closes, et exhibait régulièrement sa "tablette de chocolat... mousse au chocolat". Le concert était finalement d'un absurde maîtrisé, comme toute la création de Katerine. J'ai apprécié de voir que malgré sa fantaisie habituelle, tout était quand même relativement géré, elle n'était pas un prétexte au n'importe-quoi. C'est ainsi que s'enchaînent sans souci ma préférée "Excuse-moi", des chorégraphies et costumes improbables, une compo à partir du jingle d'ouverture d'ordinateur Windows, quelques bribes de chansons et le très attendu "Louxor J'adore", le tout avec une voix plutôt pas mal. Agréable aussi l'impression qu'à travers le personnage, le chanteur est réellement heureux et touché du succès qu'il reçoit, comme si sa part déjantée répondait contre toute attente à celle, plus enfouie, du public. Une réussite, j'aurais aimé en voir plus.

Ensuite, j'ai très soigneusement évité Cali dont le pseudo-engagement m'exaspère malgré nos valeurs communes (désolé les fachos) (excusez l'emploi de ce terme, j'ai reregardé "Le Nom Des Gens" cette semaine, "la gauche c'est bien, la droite c'est des fachos, faut pas transiger là-dessus, sinon c'est la fin de tout"). De ce que j'en ai entendu de loin, les anciennes chansons semblaient bien réarrangées, mais ça n'a pas été suffisant à amener ma flammekueche devant le Perpignanais.

Puis, retour au Chapiteau pour The Nationals, un groupe très rock que je ne connaissais pas. Une voix forte et grave portée par un chanteur charismatique perce plus facilement que les instruments auquel le son du Chapiteau ne rend absolument pas justice, notamment pour les cuivres, presque inaudibles. Les chansons s'enchaînent sans trop de mal, toujours très rock, bien instrumentées et jolies, entre planantes et sombres. Malheureusement, aucune ne sort du lot, et très vite, elles commencent à se ressembler un peu trop... me conduisant à aller rejoindre Florent Marchet au Club Tent. Le public y est beaucoup plus clairsemé. Les quelques premières chansons ne me convainquent pas trop, me rappelant un peu trop la "Nouvelle Scène Française" d'il y a quelques années et qui a fait son temps. Heureusement, ensuite viennent des morceaux beaucoup plus intéressants musicalement, avec une sonorité beaucoup plus électro qui a dû sûrement plaire à mon côté PIFBP. De plus, les paroles quittaient le côté "petite histoire Bénabar" pour rejoindre des textes plus profonds et plus touchants. Le tout porté par de jolis effets de lumière, le jeune chanteur s'avère prometteur.

Enfin, le grand concert de la soirée, sur la Grande Scène, était Jack Johnson. Une belle gueule, une guitare sèche, des accompagnements simples et efficaces. Sa maîtrise sur son instrument et sur sa voix était plaisante, mais globalement, le concert manque d'originalité, et très vite, le même syndrome que The Nationals s'applique, les chansons s'enchaînent un peu trop facilement, sans grande différence. Cependant, sa musique relève d'un charme certain et fort agréable.

C'est ainsi une "petite soirée" qui s'achève, mais le Festival, toujours aussi bien géré, et qui a même fait quelques très rares entorses à son incroyable stabilité dans le choix des multiples stands, promet une semaine fort agréable.

jeudi 14 juillet 2011

"Le Gamin Au Vélo", Jean-Pierre et Luc Dardenne

Le premier film des frères Dardenne que j'aie vu met en scène Cyril, 11 ans, abandonné par son père, placé en foyer pour enfants, et accueilli par Samantha, une jeune coiffeuse. Si le scénario n'a, en soi, rien d'original, le traitement très sincère et réaliste qui lui est donné corrige et dépasse cela. Ainsi, les quelques situations sans surprise sont largement compensées par la justesse des scènes, dont certaines n'hésitent pas à briser certains tabous habituels : automutilation, violence, comportement du père. Par ailleurs, la narration prend une forme assez particulière avec de nombreuses ellipses, pourtant rarement gênantes. Cécile de France y trouve là un rôle adulte, qu'elle habite avec talent, tout comme le jeune Thomas Doret, impressionnant de subtilité. On regrettera juste une fin un peu rapide, facile et manquant de subtilité. Cela dit, le souvenir que laisse ce film est avant tout une jolie impression de vérité, comme un sourire honnête.

"Le Nom des Gens", Michel Leclerc

Une autre très bonne surprise. Je n'avais pas autant apprécié une comédie française depuis... aussi loin que je puisse me souvenir ?! J'en avais lancé le visionnage d'un œil distrait, ne pensant pas tout regarder d'un coup : le synopsis tel qu'il était présenté sur les sites web de cinéma à l'époque de sa sortie m'avait rebuté. En réalité, le rythme soutenu des dialogues et des situations m'a suffisamment captivé pour que l'heure trente-huit est passée en un clin d'oeil - et en plein écran.


"Le nom des gens" est une comédie qui réussit l'exploit de traiter avec brio et brillance de thèmes sérieux aussi nombreux que polémiques : la Shoah, l'antisémitisme, l'Islam et l'islamophobie, les abus sexuels, les convictions et la tolérance politiques, le fascisme, la gauche, la droite, le milieu et tout ce qui va avec. Une superbe recette de la catastrophe totale : et pourtant, c'est un pari plus que remporté. Tant et si bien que c'est sans la moindre surprise que, lors du générique de fin, on apprend que Michel Leclerc et Baya Kasmi ont remporté le Grand Prix du meilleur scénariste de 2008. En effet, le scénario est la plus grande force du film : autour de l'histoire d'amour principale s'entremêlent tous ces glissants sujets dans une harmonie parfaite, rythmée et maîtrisée avec un soin qui apparaît comme naturel et spontané. C'est sans le moindre à-coup que le récit file du début à la fin, nous mène par le bout du nez à travers toutes les identités rencontrées, les clichés et les caricatures dénonçant les réalités.


Avec une narration aussi subtilement gérée, la fin un peu trop brutale n'apparaît donc que plus abrupte, et c'est bien là l'un des rares défauts du scénario : lors du dernier quart d'heure, les ellipses s'enchaînent, ne laissant pas le temps à l'évolution des sentiments des personnages de s'installer, et obligeant de manière peu habile le spectateur à s'adapter à la vitesse accélérée de l'histoire, rendant la conclusion un peu prématurée, moins développée que le reste, et peut-être plus facile qu'elle n'est en réalité.

Malgré cela, c'est bien la justesse du traitement de ces sujets polémiques variés qui marque dans ce film. Si les détracteurs reprocheront la place accordée à chacun et qui peut paraître simpliste si on regarde trop vite, c'est qu'ils n'auront pas saisi le côté très humble et simple du film, qui ne prétend pas être plus que ce qu'il est ; et il est déjà beaucoup. Par ailleurs, les clichés sont allégés par certaines phrases qui témoignent d'une profondeur rare dans la comédie. Cela compense quelque peu la présence de certaines séquences un peu superflues, se voulant comiques (Sara Forestier nue dans le métro) ou clin d'oeil (cameo de Lionel Jospin), mais qui font tache face à la multitude de scènes qui dénotent par leur audacité dans l'écriture et la réalisation.


Sara Forestier offre une performance agréable, dont le peu de surjeu est compensé par la fraîcheur et la vivacité qu'elle apporte à son personnage. En face, le calme amusé de Jacques Gamblin s'y allie dans une dynamique pleine d'alchimie. C'est en fait toute une galerie de personnages colorés qu'ils rencontrent, et qui participe au charme du film, chacun amenant sa pierre différente et particulière à un grand édifice qui réunit tous les problèmes identitaires sous la même égide de tolérance et d'humour.

"Une Séparation", Asghar Farhadi

"Une Séparation" est un film qui vogue entre le drame de moeurs et une sorte de thriller judiciaire avec une aisance remarquable. Il apporte qui plus est une lumière troublante de sincérité sur la vie en Iran, loin des considérations polémiques habituellement rattachées à ce pays. Ici, c'est un débat éthique universel qui se met en place à travers les intérêts de deux partis de classes sociales différentes, l'un constamment soucieux d'être sous-estimé, et l'autre piégé entre sa réticence à condamner et son besoin de sauver sa famille. Le scénario distille les éléments de l'affaire, la rendant toujours plus haletante dans un rythme soutenu qui ne laisse la place à aucune longueur. Ce qui marque surtout, c'est l'importance de la subjectivité de chacun : les deux points de vue sont compréhensibles et recevables, il devient clair que l'affaire n'est sûrement qu'un grand malentendu, mais l'enjeu pour chacun est tel que leurs vies en seront bouleversées et qu'ils devront se battre pour leurs intérêts. Pourtant, impossible de discerner avec clarté quelle position la justice devrait prendre, car personne n'est le coupable, personne n'a de mauvaise intention, chacun se bat juste pour survivre, tout en rechignant à faire souffrir l'autre dans la bataille judiciaire. Chaque acte sonne autant comme une attaque éperdue que comme un désespoir profond. Le récit est qui plus est clairsemé de sujets familiaux là encore très universels, tels que le divorce, la sénilité, la grossesse, alimentés par l'intrigue principale et traités avec une belle cohérence. Le tout est relevé par les performances puissantes des acteurs, dressant des personnages injuriés et injuriant, sans cesse déchirés par les autres ou par eux-mêmes dans cette lutte sans vainqueur.

"A Single Man", Tom Ford

Dans les années 1960, un professeur d'université homosexuel, après avoir perdu l'amour de sa vie dans un accident de voiture, perd aussi l'envie de vivre et décide de régler toutes ses affaires en une dernière journée.


C'est dans un univers grisâtre que Colin Firth, qui a bien vieilli depuis "Bridget Jones" mais qui livre ici une performance spectaculaire de justesse et d'abandon de soi, plante le personnage millimétré de George Falconer, en ses qualités de professeur respecté, de meilleur ami adulé, d'amant rajeuni par la fougue de son élu, de fiotte détestée par ses voisins et d'homme prêt à se dévoiler tel qu'il est, maintenant que plus rien n'a d'importance. C'est tout autant de facettes qui dressent un portrait riche et fort permettant une identification ténue au personnage et renforçant ainsi l'intérêt du film, le tout transpercé par cette tragique prévision du suicide qui fait tout apparaître d'un jour nouveau.

Ces différentes identités de George Falconer se révèlent d'autant plus précisément dans ses interactions, avec les quelques personnages (dont le faible nombre rend le fonctionnement impeccable du scénario d'autant plus méritoire), bien sûr portés par l'excellent jeu de la flamboyante Julianne Moore et du sincère Nicholas Hoult, ou encore par l'apparition remarquée du magnifique Lee Pace (LEE JE T'AIME EPOUSE MOI!!). Dans chacune de ces relations, courte ou longue, que le personnage entretient à travers cette journée fatidique, sont traités en profondeur les thèmes sous-jacents ; on pense notamment à la passion dans l'amitié qu'il entretient avec Charley, dont les sentiments varient entre l'amitié, l'amour, la jalousie et la rage. Ou encore l'admiration polie pour le beau Carlos, les souvenirs mélancoliques de son Jim, et enfin, bien sûr, et c'est peut-être le plus troublant, le charme innocent de Kenny. Les dialogues sont excellents et sont la base de la qualité du film, parce qu'ils permettent le développement harmonieux de tous les personnages, la caractérisation de George et la riche construction de la narration. C'est une forte poésie qui ressort d'un récit marqué par de nombreux moments prenants par leur simplicité et leur justesse.


C'est souvent pour ces instants que Tom Ford lève le gris de sa photographie qui se colore jusqu'à saturation, comme insufflée de vie à nouveau, pendant quelques secondes insuffisantes, par un procédé cinématographique intéressant mais parfois trop utilisé. C'est d'ailleurs là un des très rares reproches qu'on pourra faire à une réalisation à la fois sobre et inventive, discrète et torturée, tout comme son personnage principal, qui évolue dans des décors années 60 qui contribuent largement au charme esthétique du film.


Si on pourrait reprocher à première vue une fin qui tomberait trop à point, le second visionnage corrigera ce point de vue erroné tant plusieurs indices sont dispersés avec goût et subtilité dans tout le métrage. Ne reste alors que l'émotion pure face à une telle précision dans la beauté des sentiments.